En qualité de directeur de cabinet d’EDF Bourgogne-Franche-Comté, il fut le cofondateur inspiré de l’association Bourgogne Franche-Comté Mobilité Électrique (BFCME). Pour Thierry Brossier, pas de doute, l’électrique roule sur la bonne voie. Interview.

Thierry Brossier est convaincu de l’usage d’un véhicule éléctrique. © Jonas Jacquel

L’État envoie des messages forts (Loi LOM, primes…). Pendant ce temps, plus un spot publicitaire ne fait l’impasse sur le sujet. L’électrique vit-il la meilleure période de sa jeune vie ?
Oui, nous pouvons dire qu’en 2020 le virage du véhicule électrique est véritablement pris. Nous sommes passés de 2% de part de marché en 2019 à 10% en octobre. Les ventes de voitures électriques et hybrides rechargeables connaissent une progression de 200% par rapport à octobre 2019 alors que le marché automobile décline de 9%.  

En quoi cet e-Day à Prenois permettra de passer à la vitesse supérieure au niveau régional ?
La manifestation e-Day du 15 octobre a été cette année le plus grand rassemblement sur la mobilité électrique dans notre région et certainement en France. Dans le plus grand respect d’un protocole sanitaire très strict, ce sont 500 décideurs publics et privés de Bourgogne-Franche-Comté et au-delà qui ont pu participer à une plénière et des ateliers très pratiques pour convertir leur flottes à l’électrique. Avec 33 partenaires, l’association Bourgogne-Franche-Comté Mobilité Electrique (BFCME), dont EDF est un des membres fondateurs, a également pu faire découvrir 60 voitures, des vélos, des motos électriques ainsi que des bornes et des services… Plus de 1000 essais ont été réalisés sur le mythique circuit de Dijon-Prenois. 

Justement, Dijon-Prenois, par ses convictions et ce qu’il véhicule de patrimonial, peut-il devenir une place forte de cette nouvelle attitude ?
Nous avons eu une véritable démarche partenariale avec l’équipe du circuit de Dijon-Prenois pour organiser l’e-Day pour la première fois dans cette configuration. On peut dire que l’on a bien décliné le slogan du circuit « the past meets the future » ! 

Le circuit Dijon-Prenois accueillait, le 15 octobre 2020, le premier e-Day régional consacré à la voiture électrique. ©BFCME

Cas pratique : Claude Laroche considère la proposition électrique. Seulement, il habite en appartement à Quetigny et se trouve un peu contrarié, encore et toujours, par le prix d’achat. Que dire à notre ami Claude ?
Il faut dire que c’est le moment d’acheter ou d’opter pour une formule LLD/LOA. Pour gommer la différence de prix entre une voiture électrique et une voiture thermique, l’État accompagne les particuliers avec une prime de 6000 € qui devrait exceptionnellement repasser à 7000 € suite à un vote début décembre et qui serait valable jusqu’en juin 2021. Si Claude a un véhicule ancien (diesel < 2011 ou essence < 2006), il pourra en plus bénéficier de la prime à la conversion de 2500 € au minimum. Mais, c’est à l’usage que le véhicule électrique devient très économique puisque le coût pour 100km est de 2,50 € d’électricité contre environ 8 € pour l’essence. À cela, il faut ajouter la carte grise gratuite dans notre région et un coût d’entretien réduit d’au moins 30%. Une récente disposition permettra même aux assureurs de baisser les cotisations par la suppression d’une taxe.

La voiture électrique est encore perçue comme une gentille citadine faisant peu de kilomètres. Dans ce contexte, la mobilité rurale fait-elle l’objet d’une attention particulière ?
Alors là, il faut tordre le cou à cette idée reçue, à savoir que la voiture électrique serait pour la ville. Aujourd’hui, les voitures électriques ont 300, 400, voire plus de 500 km d’autonomie, elles peuvent donc couvrir de très larges besoins quotidiens en se chargeant au domicile, souvent une maison en milieu rural. Et n’oublions pas que plus la voiture électrique roule, plus elle est rentable, ajouté au confort exceptionnel qu’elle procure.

Dans tout ça, EDF veut être l’énergéticien leader de la mobilité électrique. C’est à dire ?
EDF est le premier producteur d’électricité décarbonée en Europe. Il a pour ambition d’être leader dans le domaine de la mobilité électrique dès 2022 en France, Italie, Royaume-Uni et Belgique, en étant premier fournisseur d’électricité pour voitures électriques, premier exploitant de réseaux de bornes de charge et leader du « smart charging ». Pour cela, EDF a développé une série d’offres en s’appuyant sur sa filiale IZIVIA pour les professionnels et sur son service en ligne pour les particuliers avec IZI by EDF.  

La Chine est le constructeur incontesté des batteries au lithium. À 10 000 km d’ici, le Burgo-comtois peut-il s’en satisfaire ? 
Cette situation est en train d’évoluer et sur ce sujet, l’Europe a classé dès mi 2019 cette filière technologique comme stratégique avec l’ambition de maîtriser toute la chaîne, depuis l’approvisionnement des matériaux jusqu’au recyclage. Des usines de fabrication de batteries s’implantent actuellement dans plusieurs pays d’Europe, dont la France.

Le V2G promet de faire de la voiture électrique une sorte de réserve à énergie pour nos maisons. Votre champ d’action dépasse-t-il finalement le cadre strict de la mobilité ?
Une voiture est généralement immobilisée 95 % du temps. Il en est de même pour les véhicules professionnels la nuit ou le week-end. Si ces véhicules sont connectés à une borne, alors, leur batterie devient un nouveau composant du réseau. On peut par exemple charger ces batteries lors de surabondances de productions éolienne ou photovoltaïque et décharger celles-ci lors des pics de consommation qui se produisent généralement en fin de journée. Les voitures électriques contribuent ainsi à lisser « la courbe de charge » : on peut dire qu’elles sont les meilleures amies des énergies renouvelables intermittentes. EDF propose déjà aux entreprises des bornes V2G, du « véhicule au réseau ».

Dijon Métropole fait le pari de l’hydrogène. Ailleurs, on parle aussi de batteries sodium… La réponse au défi technologique de la mobilité doit-elle être avant tout celle de l’humilité ?
La lutte contre le réchauffement climatique nous impose de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Le moteur électrique est une excellente réponse puisqu’il n’émet ni gaz, ni particule. Il peut être alimenté à partir d’une batterie ou d’une pile à combustible elle-même alimentée par de l’hydrogène. En fait, ces deux technologies ne s’opposent pas mais sont complémentaires. En simplifiant un peu, on peut considérer que les batteries conviennent très bien pour les véhicules légers même s’il y a aussi des bus, des camions alimentés par des batteries… et que l’hydrogène est pertinent sur les véhicules lourds ou à fort taux d’usage tels que des trains ou des bus sur des grandes lignes. Toutes ces technologies vont encore progresser pour apporter toujours plus de performance avec des prix en baisse.

À titre personnel, considérant votre expérience en la matière, que peut bien apporter un mode de vie « full électrique » dans tous les aspects de son quotidien ?
Que du bonheur ! D’abord par le confort de conduite tout en souplesse, sans à-coup, avec de franches accélérations et également la satisfaction de ne pas polluer l’air, d’être silencieux et économe en énergie grâce notamment à sa récupération à la décélération qui recharge la batterie. Et si je n’ai qu’un conseil à donner, c’est : « Essayez les véhicules électriques pour vous faire votre propre opinion basée sur l’expérience. »    

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