Sa longue silhouette vêtue de rouge et d’or a longtemps dominé les membres du grand conseil de la Confrérie des chevaliers du Tastevin. Ce n’était là qu’une partie visible de la vie peu ordinaire de Noël Leneuf, un personnage attachant et attaché à la Bourgogne, qui s’est éteint à l’âge de 95 ans. Ses obsèques auront lieu ce jeudi à 15h en l’église de Bligny-sur-Ouche. On y retrouvera bien évidemment des membres de sa chère Confrérie, mais aussi ses amis de l’Université et de la vie tout simplement.

© Jean-Luc Petit

Noël Leneuf s’est éteint dans les bras de sa fille médecin Patricia, qui l’aura accompagné jusqu’à son tout dernier souffle. Son frère (et confrère de France Inter) Stéphane, sa sœur Florence l’ont depuis rejoint, apportant ensemble le soutien dont Nicole, la maman, a plus que jamais besoin.
Il y a quelques années, dans un dossier consacré aux sort des personnes âgées, Dijon-Beaune Mag avait choisi Nicole et Noël Leneuf pour apporter le témoignage d’un couple exemplaire, dont le riche vécu n’a jamais entaché l’harmonie, bien au contraire. De l’Afrique à la Route des Grands Crus, l’histoire racontée alors par Geoffroy Morhain rappelle que la profondeur se niche souvent dans la simplicité. Nicole et Noël avaient alors 85 et 90 ans…


Out of Africa

Respectivement médecin et pédologue, Nicole et Noël Leneuf ne sont jamais complètement revenus de cette Afrique magique qui a été le cadre de vie de leurs plus belles années. Société coloniale, décolonisation, puis indépendance… en une trentaine d’années, ils ont traversé l’histoire du continent. Et en conservent des souvenirs plein la tête et les étagères de leur appartement dijonnais.

Par Geoffroy Morhain – Photo : Jean-Luc Petit

Dans l’ancien immeuble bourgeois du quartier Victor-Hugo où ils coulent paisiblement leurs vieux jours, Nicole et Noël savent qu’ils ne pourront éternellement continuer à vivre chez eux, ensemble et en toute indépendance ou presque. Il faut dire qu’à leur âge, leur situation fait office d’exception. A 90 ans, Noël a encore la main ferme et l’esprit alerte, même si sa mémoire lui joue parfois quelques tours pour les dates. Nicole quant à elle a su conserver une pétillance et une vivacité intellectuelle remarquables. A son grand désespoir, son physique par contre lui a joué quelques mauvais tours ces derniers temps : sa dernière sortie d’août 2011 dans la maison de famille d’Houlgate s’est tristement soldée par une jambe cassée. Depuis, rien ne va plus. La polyarthrite qui lui ronge les mains et les pieds l’immobilise de plus en plus, et sa dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) l’empêche désormais de s’adonner à sa passion pour la lecture et le Scrabble. « C’est la vieillesse, que voulez-vous, il faut faire avec ! », rétorque-t-elle avec une philosophie quelque peu résignée.

Fille d’ingénieur originaire de Normandie et installée en région parisienne, Nicole n’avait a priori que peu de chances de croiser un jour la route de Noël, un Bourguignon de la vallée de l’Ouche issu d’un modeste milieu agricole (son père était maréchal-ferrant). Ce sera finalement l’Afrique qui les réunira. Après une formation d’instituteur, Noël va reprendre des études de sciences de la terre après la guerre et s’orienter, sur les traces de son frère, vers une matière pleine d’avenir : la pédologie (étude des sols à des fins agricoles notamment). Une formation qui lui permettra d’intégrer l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer (Orstom) pour partir travailler à Douala (Cameroun) en 1948, avant d’être affecté au Tchad, au Togo, puis à Abidjan où il rencontre la femme de sa vie. Et fonde en 62 la première commanderie de la confrérie des Chevaliers du Tastevin en Afrique noire.

Objectif 60 ans de mariage 

De son côté, au sortir du lycée, Nicole s’oriente par vocation en fac de médecine, à une époque (nous sommes en 1946) où l’on ne compte qu’une soixantaine de femmes pour quelque 600 étudiants. Sa thèse en poche, une cousine qui travaille à l’Orstom l’informe que des postes sont à pourvoir… en Afrique. Destination la Côte-d’Ivoire, plus précisément le dispensaire du centre de recherche d’Adiopoumé, où elle rencontre un certain Leneuf. « J’ai rencontré ce grand escogriffe début 1954, s’amuse-t-elle. En juillet 55, on était mariés. »

S’ensuivront leurs plus belles années, lui spécialisé dans les cultures, elle dans les maladies tropicales. Ainsi que deux filles nées à Abidjan et un fils à Boulogne alors que Noël était revenu quelque temps à Paris pour passer sa thèse de docteur es sciences (il finira Doyen de la faculté des sciences d’Abidjan en 1964). Le retour à Dijon au début des années soixante-dix se fera sans douleur, mais avec le sentiment d’avoir été marqués à jamais par cette expérience africaine. Noël continuera à courir les terres – viticoles désormais – du monde entier, alors que Nicole se réorientera vers la santé scolaire, sans pour autant oublier le piment qui agrémentait leur existence d’expatriés.

Des souvenirs inoubliables qui rassemblent aujourd’hui nos deux tourtereaux dans leur quatrième âge, bien décidés à en partager d’autres encore et pouvoir souffler ensemble les 60 bougies de leurs noces de diamant.

One thought on “Noël Leneuf, des sols africains aux grands terroirs bourguignons”

  1. Bonjour,
    Je suis vraiment très triste, ce fut mon professeur, puis un vrai collaborateur des AOC avec sa charge d’expert très qualifié dans la délimitation des zones de production.
    J’adresse toutes mes sincères condoléances à sa famille et ma sympathie attristée.

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