La Bourgogne qu’il faut lire cet été

Suivant à la trace les maquisards russes perdus dans nos contrées, partageant les déambulations d’une curieuse dans les cabarets parisiens, s’interrogeant sur les secrets d’une abbaye cistercienne ou se laissant embarquer par la verve inépuisable de Lucette Desvignes, la littérature bourguignonne estivale, Editions de l’Armançon en tête, a toujours de belles pages à offrir. Il est encore temps de se cultiver en passant par la case plaisir avant la rentrée et ses promesses de tracas. Morceaux choisis par nos experts.

Par Emmanuelle de Jesus et Antoine Gavory, Proscriptum
Pour Bourgogne Magazine

La douzième carte –  Michel Rederon

la-douzieme-carteC’est l’histoire d’un homme, Luc, qui veut savoir d’où il vient. Qui est son grand-père? Pierre, dont on dit qu’il a participé au massacre d’une famille pendant la guerre avec d’autres soudards, ou Marcello, le héros parti faire fortune au Laos? Cerné par trois femmes –Isabelle l’ambitieuse, Hélène, la grand-mère alourdie de non-dits, et la timide Louise–, Luc s’acharne. Sa quête aboutira peut-être, mais surtout, elle lui permettra d’assumer enfin qui il est et ce qu’il veut vraiment. Roman de la construction d’un homme, c’est aussi une belle réussite dans le dialogue entre passé et présent.
Editions de l’Armançon, 17,50 euros

Maquisards russes en Bourgogne – Gérard Soufflet

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C’est un pan d’histoire peu exploré que Gérard Soufflet met ici au jour: l’engagement en 1943-1944 de Soviétiques évadés d’un camp allemand et qui, formant un maquis, se sont engagés dans la Résistance. Fort documenté, ce livre revient sur plusieurs épisodes de la Seconde Guerre mondiale et dévoile les dessous de certains événements «restés jusque-là inexpliqués». Synthèse d’un travail de recherche, ce livre est à réserver à ceux que l’histoire passionne, car il est dépourvu de tout romanesque : les faits, les faits, rien que les faits, et des témoignages!
Editions de l’Armançon, 22,50 euros

Sous le nom de Clotilde – Michèle Dassas

sous-le-nom-de-clotildeJules Payan, rentier et insouciant, tombe sous le charme d’une belle brodeuse atterrie on ne sait comment au soleil de Marseille. Mais alors qu’il est décidé à se déclarer, Clotilde est retrouvée morte dans sa chambre, des suites d’un avortement raté… Désespéré, hanté par le souvenir de la disparue, Jules se lance sur les traces de son passé. Il découvre que Clotilde s’appelait en fait Adeline, était née dans une famille paysanne de Villeneuve-sur-Yonne, puis montée à Paris comme brodeuse. Fine et cultivée, elle avait découvert le monde des cabarets grâce à son amie Marie, serveuse et chanteuse. Voilà un beau portrait de femme dans un Paris qui se transforme par la volonté du baron Haussmann.
Marivole, 20 euros

Il ny a pas de passé simple – François-Henri Soulié

pas-de-passe-simpleJournaliste stagiaire au Courrier du Sud-Ouest, le jeune Skander Corsaro réalise un reportage culturel sur l’abbaye cistercienne de Morlan. Quarante-huit heures après la parution de son article, un cadavre est retrouvé au pied d’un échafaudage, dans la nef. Skander Corsaro est alors pris dans un engrenage infernal dont le premier rouage remonte à l’occupation nazie… À moins que tout n’ait commencé encore bien plus tôt, en 1789, avec l’assassinat du dernier prieur de l’abbaye? Peut-être que Blb, le poisson jaune de Skander, connaît la solution. Ce serait tellement rassurant, si les poissons savaient tout, comme dans la chanson d’Iggy Pop… Il n’y a pas de passé simple est le premier volet d’une série d’aventures trépidantes dont Skander Corsaro est le héros.
Editions du Masque, 7,90 euros

Opération croquemonsieur et autres humoresques – Lucette Desvignes

operation-croque-monsieurA 90 ans, Lucette Desvignes s’affirme de plus en plus comme une vieille dame tout à fait indigne et fière de l’être, armée d’une ironie lucide dont elle use à loisir à l’égard de ses contemporains dans ce nouveau recueil de nouvelles, mais dont elle se réserve aussi les plus belles saillies, ne s’épargnant aucunement. Son écriture, fine et drôle, ne doit pas faire oublier ses faits d’armes: multidiplômée (licenciée en droit, agrégée d’anglais et docteur ès lettres), elle a l’honneur de voir ses écrits faire l’objet d’études aux Etats-Unis (Lucette Desvignes studies), où son théâtre, jamais joué en France, est même traduit! Auteur de multiples romans (Ah, L’Histoire de Colombe, quelle merveille!) et nouvelles, Lucette Desvignes a aussi son blog, qu’elle alimente régulièrement de sa verve inimitable. Ajoutons à tout cela que, pour l’avoir rencontrée chez elle, à Dijon, où elle vit entourée de chats, les auteurs de ce billet peuvent témoigner qu’elle est d’une politesse exquise et d’un humour ravageur. Alors, lisez Lucette!
Editions de l’Armançon, 15 euros

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