© Clement Bonvalot
© Clement Bonvalot

La Bourgogne, comme de nombreuses contrées agricoles, a vu ses paysans et ses vignerons utiliser avec intelligence les pierres ôtées une à une des parcelles en édifiant des ouvrages en pierres sèches. Sur la côte viticole, les cabottes (cabanes) et les murgers (murs de clôture) en témoignent. Le 19 avril prochain, à l’occasion des rencontres régionales de la pierre sèche de Bourgogne, le public pourra se familiariser avec ce patrimoine grâce à des balades découvertes dans la région de Solutré en Saône-et-Loire.

Au commencement était… un problème: que faire des cailloux déterrés lors de la préparation d’une parcelle destinée à la vigne ou à la culture ? Plutôt que de s’en faire une montagne, le génie paysan a transformé l’écueil en avantage. Et c’est ainsi que de ces pierres il a bâti un royaume, une multitude d’ouvrages, construits sans mortier ni liant : la maçonnerie de pierres sèches était née.

En réalité, pour être tout à fait honnête, elle est l’héritière d’une tradition remontant au néolithique : en Europe, plusieurs bâtis de pierres sèches dateraient de 4000 ans avant Jésus-Christ, soit bien avant les pyramides d’Égypte! Le meilleur exemple est celui des tumulus funéraires mégalithiques de Bougon, dans les Charentes en France. Découvertes au XIXe siècle, ces constructions en pierres sèches ont été faites pour soutenir des dalles de pierre pesant entre 60 et 80 tonnes…

Mais revenons à la Bourgogne dont les ouvrages de pierres sèches sont particulièrement emblématiques de la côte viticole. Une balade dans les vignes permet aux visiteurs de s’émerveiller de la technique mise en œuvre sur les murgers (les murs de clôture des parcelles), mais surtout des ravissantes cabottes (on dira plutôt cadole en Saône-et-Loire et caborde dans le sud de l’Yonne), ces petits cabanons de pierres sèches propice à s’abriter de la pluie ou du soleil trop ardent lors des pauses, ou encore pour y serrer quelques outils…

Une journée découverte en Saône-et-Loire

Emerveillement, oui, car si l’ouvrage semble simple, voire grossier aux yeux du profane qui peut s’offusquer de ce puzzle de pierres laissées brutes, il requiert au contraire une technique sans faille. Foin des empileurs au poil dans la main et un œil sur la montre qui se contentent de monter deux parements en jolies pierres, emplissant le vide entre eux de caillasses: avec le temps, les murs de façade s’écartent, formant un ventre qui finit irrémédiablement par crever… Le vrai pierreux, lui, s’arme d’abord de patience: il a trié ses pierres selon leur calibre, a rejeté les « gelives » qui ne passeront pas l’hiver et il emboîte chaque pierre avec la concentration d’une marieuse présidant à des épousailles. Sommairement rectifiés à la massette parfois, les cailloux doivent se correspondre parfaitement, les façades extérieures liées à intervalles réguliers par des pierres larges qui éviteront le ventre, les petites pierres calées au centre pour former la fourrure, et obligation absolue: il faudra un chapeau à l’ouvrage. Laves de couvertine posées à plat ou à chant, elles protègent l’ouvrage de la sape de l’eau. Et l’on ne parle là que de murs: imaginez l’ingéniosité pour monter le toit à voûte des petites cabottes! Et pourtant, le génie paysan (les vignerons certes, mais aussi les cultivateurs ou les bergers qui s’en faisaient un abri dont l’ouverture tournait le dos aux vents dominants) a fait tout cela…

Les 17 et 18 avril prochain, les professionnels se retrouvent en Saône-et-Loire pour deux jours de conférences et de débats autour de cette technique traditionnelle mais aussi de son utilisation actuelle, de plus en plus prisée en restauration et de ses enjeux. Ces journées seront seront suivies le samedi 19 avril de balades découvertes autour de la pierre sèche ouvertes au grand public.

Renseignements au 03.85.35.82.81 (Grand Site de France Solutré Pouilly Vergisson) ou 03.85.27.03.20 (Pays d’Art et d’Histoire entre Cluny et Tournus)

 

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