Plus de 300 000 euros investis dans la carrière de Villars-Fontaine

Villars-Fontaine veut investir 308 000 euros dans la carrière dont elle est désormais la propriétaire. La petite commune de 146 habitants présente son projet ce soir à la communauté de communes de Nuits-Gevrey-Chambertin.

Par Dominique Bruillot

Pour se rendre à Villars-Fontaine depuis Nuits-Saint-Georges, on passe par devant. La carrière abandonnée dont la petite commune de 146 habitants s’est portée acquéreur dès novembre 2015, avait été évaluée à près de 40 000 euros (soit 1 euro le m²) par le service des Domaines. À surface égale, 2400 fois moins qu’un m² de quelques grands crus voisins ! Tout est donc relatif dans la Côte et l’arrière-Côte.

Depuis, on connaît un bout de son histoire. Il aura fallu des mois de procédure et de patience pour conclure réellement l’affaire et réunir les co-propriétaires du site, une société en liquidation et une famille locale. Dans l’attente de cette régularisation, Pierre Lignier, maire de Villars, avait obtenu un accord amiable permettant à sa commune d’entamer les travaux nécessaires (à hauteur de 35 000 euros) au bon déroulement de l’édition 2016 de Vill’Art, son festival de street-art. Au bout du chemin parcouru, un belle mise en lumière des parois de la carrière avec les œuvres d’artistes en résidence dont personne aujourd’hui ne conteste l’originalité et le talent.

Plaies patrimoniales

En toile de fond de cette insolite aventure minérale, un enjeu qui concerne directement les Climats. Vill’Art apporte un éclairage sur un élément sensible du dossier des Climats de Bourgogne : l’intégration dans le périmètre de reclassement des paysages carriers entre Ladoix-Serrigny et Nuits-Saint-Georges.  La communauté de communes de Nuits-Saint-Georges, alors présidée par Alain Cartron, maire de Nuits, avait en son temps dépêché le cabinet Vincent Mayot pour s’intéresser de près à la question. « De notre côté, on a foncé et pris la décision de créer ici les conditions de réalisation de notre festival », explique le sniper culturel Pierre Lignier, « grâce à cela, on a été pris en compte par les Climats, le Pays Beaunois, les fonds européens, etc. »

Car réhabiliter une carrière n’a rien d’une opération neutre. Si cela est prévu avant son ouverture, avec des provisions que l’exploitant se doit de réserver, à Villars-Fontaine, la défaillance dudit exploitant a plongé le site dans l’oubli. Le projet culturel d’en faire un espace et une scène de référence à l’échelle de la grande région BFC, a réveillé les attentions et permis de poser un regard différent, quasi patrimonial, sur ces plaies ouvertes de la Côte, qui ont leur part à dire dans l’organisation paysagère locale. Après tout, la pierre n’est-elle pas fondatrice de notre richesse viti-culturelle?

Astro et Zago

Pablito Zago offrira aux visiteurs de Vill’Art une représentation graphique des coteaux et des toits de Beaune, un peu sur ce même modèle.

Le coût de cette pérennisation du site ? 308 000 euros en l’occurrence, pour englober l’acquisition (40 000), l’électrification (120 000), la sécurisation (25 000) et tout le reste. Villars-Fontaine s’est engagé dans une première phase du travail et assume les risques. En 2017, du 20 au 27 août, Vill’Art compte prouver qu’il n’est plus un festival imaginé sur un coin de table et mérite, désormais, la considération due à son rang, y compris parmi les ayatollahs de l’art qui font et défont les choses au gré de leurs humeurs.

Dans le casting à venir, on sait déjà qu’il y aura quelques pointures pour défier l’immensité des parois de la carrière, comme Astro et ses enivrantes perspectives, ou encore le déroutant Pablito Zago et son univers flamboyant. Un mini village de silhouettes moulées dans le plâtre assurera aussi l’environnement de ces nouvelles performances promises.

Le genre d’œuvre d’Astro, magnifique trompe l’œil en perspective.

Pour boucler la boucle, Villars-Fontaine compte réunir des fonds en provenance du Département, de la Région et de l’Europe. Ce soir, la petite commune présentera aussi son projet à la nouvelle communauté de communes qui regroupe depuis quelques mois les anciennes « comcom » de Nuits-Saint-Georges et Gevrey-Chambertin sous la présidence de Christophe Lucand. En jeu : une subvention de 50 000 euros qui permettra à la jolie carrière de poursuivre son réveil. Derrière l’art et la manière, il y a toujours un peu d’argent qui sommeille.

Vill’Art édition 2017 – du 20 au 27 août
Plus d’informations sur le site de Vill’Art.

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