En amont de la prochaine édition de Livres en Vignes, les 27 et 28 septembre, dijonbeaune.fr se penche sur le cas du nouveau Prix du Clos de Vougeot. Une fois encore, après Gavodeau (Les Ignorants) en 2012 et Fred Renard (Chroniques de la vigne) en 2014, c’est une BD qui décroche le pompon sous la signature de Tolmer. S’agit-il d’un phénomène de mode ou les bulles ont-elles définitivement éclipsé la littérature autour du vin?

Par Dominique Bruillot

mimi fifi et glouglou

A croire que rien d’autre ne supplantera son efficacité. Depuis quelques années, la BD semble être le seul moyen pour établir un lien solide entre le vin et le grand public. En 2012, le jury du prix du Clos de Vougeot, a ainsi couronné Les Ignorants, la géniale production d’un Etienne Gavodeau ému à fleur de peau par son expérience inédite, un échange de vies entre lui, le dessinateur-scénariste et un vigneron quelque peu bourru aux entournures.

Cette escapade philosophique entre deux mondes, d’une écriture limpide et à l’humour bien pressé, nous fit soudainement prendre conscience que la bulle et le trait sont de nobles ambassadeurs pour le la planète vins. Et puis rebelote l’année dernière : c’est un « local » de l’étape, plutôt connu pour opérer dans d’autres sphères thématiques que le vin, qui est choisi. La poésie rondelette et touchante des Chroniques de la vigne du savignien Fred Bernard est l’hommage mûr du petit-fils à son grand-père vigneron (depuis disparu). Elle demeure, en toute objectivité et sans mauvaise intention, la preuve que les liens du sang forment, avec ceux du sol, un assemblage idéal en Bourgogne.

Du Bretecher en carafe

Alors, pour ce millésime 2014 de Livres en vignes, certains membres du jury ont brûlé un cierge en espérant vaincre le signe indien et ne pas avoir à consacrer, une fois de plus, cet art de la BD que d’aucuns considèrent toujours (à tort) comme mineur. Peine perdue. Parmi une quinzaine d’ouvrages, le jury s’est retrouvé confronté à de respectables et (très) académiques propos sur les cépages. Il y a surtout lu de l’inutile, survolé de l’indigeste et évacué l’incongru aussi sèchement qu’une bouteille bouchonnée.

Tout ne mérite pas d’être publié ni d’être jeté. Entre ces deux extrêmes, jaillit malgré tout ce joli travail de Charles Frankel sur les Vins de feu (éditions Dunod), qui éclaire la géologie d’un jour nouveau, à la lumière des éruptions volcaniques. Mais la discussion pour l’attribution du prix du Clos de Vougeot 2014 s’est concentrée, inévitablement, autour de deux bandes dessinées plutôt soignées: Un grand bourgogne oublié aux éditions Grand Angle et le Mimi, Fifi & Glouglou (sous-titré « Petit traité de dégustation ») de Michel Tolmer aux éditions de l’Epure.

Le premier, en toute franchise, ne brille pas par l’originalité de son histoire. Cette quête du Graal semble avoir été lue et relue. On doit pourtant reconnaître au dessinateur Boris Guilloteau et au scénariste Hervé Richez, aidés dans leur tâche par le vigneron Manu Guillot de Cruzille, un bel effort pédagogique sur une Bourgogne présentée comme différente, mais qui n’évite pas les poncifs d’un parcours jalonné de domaines déjà (sur)médiatisés.

Au bout du bout, on signe pour Mimi, Fifi et Glouglou. Les trois compères en dégustation vénèrent le vin comme des idiots savants. Ils l’aiment même un peu trop. Après quelques tirades prétentieuses que l’écrivain Gérard Oberlé aurait qualifié de « flatulences verbales du sommelier », le politiquement correct se fond tel un sucre dans la poire de Cazottes que ces héros se font servir en fin de ripailles dans le bouchon du coin. C’est ce politiquement non correct, bien servi par un trait dégagé qui, personnellement, nous a plus. Tolmer fait du Bretecher en carafe. Les planches se succèdent entre l’absurde et le génie d’un trio sans complexe.

Ces trois loustics en « beurdée », fort sympathiques malgré leurs nombreux défauts, nous ressemblent. Ils pensent tout connaître et tout savoir sur tout, mais se noient finalement dans le verre de leurs incertitudes. Mimi, Fifi et Glouglou, c’est nous !

Ed. L’Epure, 96 pages, 22 euros.

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