Qui est Edouard Mognetti, nouveau directeur de la Cité des Climats ?

Enfant de la Marine, fan invétéré de rugby et de la Bourgogne, Édouard Mognetti vogue vers une ambitieuse mission au service de la Cité des Climats et ses trois sites de Beaune, Chablis et Mâcon, dont il prendra la direction générale officiellement le 24 novembre. 

Edouard Mognetti est le nouveau directeur général délégué à la Cité des Climats et vins de Bourgogne. ©Jean-Luc Petit/DBM

Il a grandi face à la rade de Toulon, « dans le cliché absolu de l’enfant de marin », bercé par le cliquetis des haubans, les récits d’un père commando marine et le pilou-pilou de Mayol. Quand on lui a demandé, pour les besoins de la photo, d’apporter un objet qui le caractérisait, Édouard Mognetti a donc assez logiquement fait pencher son cœur vers « ce cadeau de mariage, symbolique de guide et de transmission familiale ; un objet beau et rassurant, que j’aime garder près de moi ». 

Chaleur naturelle, épaules de rugbyman, le gaillard a la Méditerranée dans les veines mais a jeté l’ancre en Bourgogne, où il se sent « adopté, comme à la maison ». À 38 ans, il s’apprête à prendre la barre de la Cité des Climats et vins de Bourgogne, avec ses trois sites à Beaune, Chablis et Mâcon. Le 24 novembre, il en deviendra officiellement le directeur général délégué, après avoir dirigé pendant un an et demi la School of Wine de la Burgundy School of Business (BSB), dont il est lui-même diplômé. 

Après des études de droit à l’université de Bourgogne, puis un mastère spécialisé en commerce international des vins et spiritueux, il fait ses premiers pas professionnels chez Veuve Ambal. 

« C’est là que j’ai découvert la Bourgogne du quotidien, celle des vignerons et des petits villages », raconte-t-il. La côte est petite, les amitiés se tissent. Les Marie Bonnetain, Frédérick Buisson, Mathieu Collardot, Adèle Matrot, Thibault Jacquet… « tous ont nourri ma passion du vin », confie-t-il.

Président-joueur de Loire

Puis ce fut l’exode, boussole vers le nord, en remontant le cours de la Loire. Sept années à la tête de l’interprofession des vins du Centre-Loire et ses huit AOP, deux IGP pour plus de 700 structures, d’abord comme directeur adjoint puis directeur, lui ont forgé une solide vision des intérêts d’une filière. Au passage, il croise chez InterLoire un certain Sylvain Naulin, aujourd’hui directeur du Comité Bourgogne. La Bourgogne est un aimant.

Édouard Mognetti enfile alors une étonnante casquette de président-joueur au Rugby sancerrois, en Fédérale 3… Le demi d’ouverture – ou trois-quarts centre selon les besoins – s’épanouit alors dans « ce vrai rugby de clocher, 300 licenciés pour un budget de 110 000 euros à gérer au cordeau, contre 300 000 à 400 000 euros pour des clubs de ce niveau ». Son nouvel employeur appréciera le CV.

Sans surprise, le capitaine s’épanouit dans la culture du collectif et la quête de sens. « J’ai besoin de me sentir utile. Ce poste au sein de la Cité représentait un superbe défi pédagogique, économique, mais aussi pour la “cause Bourgogne”.»

Bras culturel de l’interprofession

Depuis son ouverture, la Cité des Climats et vins de Bourgogne n’a pas encore trouvé son rythme de croisière. Un audit a permis d’en tirer les enseignements de façon pragmatique, actant un changement de direction et un rapprochement structurel avec le Comité Bourgogne, qui souhaite désormais présenter la Cité comme « le nouveau bras armé culturel de l’interprofession ».

Laurent Delaunay, président du Comité Bourgogne, le reconnaît sans se cacher derrière la mêlée : « Un des péchés originaux a été de penser que nous étions une institution et que le simple fait d’ouvrir ferait affluer les visiteurs. C’est plus compliqué que cela : le contexte est concurrentiel, les visiteurs qui viennent en Bourgogne ont le choix entre beaucoup d’activités. La qualité des parcours ou la réussite architecturale n’est pas remise en question, loin s’en faut. Il faut donc être plus dynamique d’un point de vue commercial. » Dont acte. 

Le virage stratégique est engagé. Les trois sites devraient friser les 100 000 visiteurs en 2025, pour un chiffre d’affaires proche de 2 millions d’euros, avec l’ambition de doubler la mise d’ici 2028. L’objectif : atteindre 130 000 visiteurs et miser sur l’effet tour-opérateurs.

Cette relance passe par une stratégie plus lisible et plus ouverte, « avec des synergies renforcées entre la Cité et le Comité Bourgogne, un nouvel élan pour l’École des Vins – atout majeur de la Cité – et un axe fort sur l’expérience visiteur », veut croire le dirigeant, qui compte bien mobiliser ses (vieilles) connaissances du tissu viticole.

Synergies à l’horizon

Parfois perçue comme un « machin » de plus, la Cité doit aussi cultiver la pédagogie vis-à-vis de la filière. « Que les acteurs de la vigne et du vin se l’approprient, se reconnaissent dans ces valeurs de partage, et soient eux aussi les premiers promoteurs de cet outil pédagogique », plaide Édouard Mognetti.

Avec son allure de gendre idéal et son français châtié, il n’est pas dupe de la première image qu’il peut renvoyer. Mais l’homme n’a rien d’un gestionnaire distant : « Généralement, j’évoque mes années rugby au CS Nuits, ça brise la glace avec les vignerons », sourit-il.

La dynamique est déjà meilleure. Le projet de relance adopté au printemps porte déjà ses fruits : +15 % de fréquentation sur juillet-août. Il faudra aussi compter sur les synergies avec la partie privée de la Cité et ses halles événementielles et œnotouristiques. Sur le terrain voisin du site beaunois, en direction de l’hôtel Voco, le chantier peine à se décanter, qui plus est en période électorale. Mais patience : il y a bien un jour où les astres beaunois s’aligneront. Et la boussole d’Édouard Mognetti, elle, indique déjà le cap de la bonne espérance.