Entre centre-ville et Cité de la gastronomie, la rue Monge attend son heure. Profitant de cette géographie avantageuse et bravant le contexte, quelques commerces dont un restaurant viennent de s’y installer et croient en 2021. Pour d’autres, le ressenti est tempéré : le coup de jeune annoncé laisse place au flottement.

Depuis le bas de la rue Monge, on distingue l’ancienne chapelle de l’hôpital général de Dijon, devenue Maison du projet de la Cité de la gastronomie et du vin. © Jean-Luc Petit

Et si la rue Monge retrouvait son lustre passé ? L’ancienne grande rue commerçante, qui depuis longtemps fait la jonction entre un Dijon populaire et un autre plus cossu, frémit. De nouveaux commerçants tentent leur chance, jeunes en outre. De quoi donner un coup de fouet à l’attractivité du coin, dans l’attente de la Cité de la gastronomie et du vin, qui ne manquera pas d’assurer de nouveaux flux de circulation et de parachever la mue de Monge.

Du côte de Chez Pierre et Jules, au 39 de la rue, l’heure est aux derniers coups de peinture. Deux camarades d’école hôtelière, Jules Rat et Pierre-Hugo Serra s’apprêtent à ouvrir, dès le 20 janvier si possible. Ils font quasiment face à leur collègue de fourchette, le néobistrot à succès Parapluie. « Nous sommes des amis un peu globe-trotters, et avons rapporté de nombreux ingrédients et recettes de nos voyages. Nous allons proposer une cuisine associant inspiration bourguignonne et aspirations exotiques, dans notre bar à tapas imaginé comme un izakaya japonais (ndlr, bar où l’on déguste de petites assiettes en sirotant une bière ou un saké) », détaille Pierre. Le midi, le duo assurera un service menu unique, qui changera tous les jours. Bar et formule tapas tous les soirs du mardi au samedi. Le dimanche, ce sera brunch. « Nous avons choisi la rue Monge, car il nous semble qu’elle se transforme, ce qui sera plus vrai encore après l’ouverture de la Cité de la gastronomie », poursuit-il, conscient aussi d’étoffer la jolie offre gourmande proposée dans la rue (Le Sauvage est une institution et le Pourquoi Pas ? une valeur sûre de la ville).

Les deux amis Jules et Pierre-Hugo, ici en plein travaux, viennent de s’installer au numéro 39 de la rue Monge, dans une artère promise à un nouveau destin dès fin 2021. © Jean-Luc Petit

Pour dandys et baroudeurs

Un peu plus bas dans la rue, Gilles Benoit mise également sur le regain de passants, ainsi que sur le développement d’une cohabitation plus harmonieuse entre piétons et voitures. La chose est toujours en projet au sein de la municipalité, mais celle-ci n’a encore rien de concret à annoncer sur le sujet. Verra-t-on un jour aboutir cette idée d’une zone mixte, qui rendrait l’artère plus agréable sans pour autant obérer sa nature circulatoire ? Gilles a ouvert, en septembre, son atelier de cordonnier, Dandys & Baroudeurs. Outre les classiques du métier, il propose un service de personnalisation de sneakers, en collaboration avec une amie artiste. Pour quelques dizaines d’euros, il redonne vie à une ancienne paire de basket qui deviendra un modèle unique. Au sein de sa boutique, très déco, entre moutarde et cassis, il explique avoir choisi cette implantation pour le passage. « Ma boutique était avant rue Pasteur, près de la place Wilson. À Monge, il y a plus de public, et un public plus jeune », note-t-il avec satisfaction.

Gilles Benoit dans son atelier de cordonnier, Dandys & Baroudeurs, où il propose un service de personnalisation de sneakers, en collaboration avec une amie artiste. © Jean-Luc Petit

Pour le moment, un peu moins centrale

Deux implantations, même prometteuses, ne doivent pas occulter les difficultés d’une rue un peu oubliée, surtout dans sa partie basse. Derrière son comptoir du Vieux Millésime, Ludovic Flexas estime que le quartier Monge a perdu de l’attractivité depuis l’inauguration du tram. « Elle est devenue moins centrale, d’autant que le parking gratuit autour de l’ancien hôpital a disparu », assure-t-il. Les fermetures cet été d’Ô gré du vin, un caviste spécialisé dans les vins nature, et d’une pizzeria tendraient à lui donner raison. Ludovic, passionné de vin et de MMA – il pratique les deux assidûment et séparément – est installé depuis 2003. Il a acquis une belle réputation sur la place, et gère un business confortable. Il en est convaincu, rue Monge comme ailleurs à Dijon, il faut absolument miser sur la compétence et l’excellence pour attirer le chaland. « Pour réussir au centre-ville, il faut être hyper pointu sur ce que tu vends. Nous ne disposerons jamais des facilités d’accès des commerces de périphérie avec parking et caddies. » Ainsi vont la vie et la lente mue de Monge.   

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