La Burgundy School of Business (BSB) se plie en quatre pour s’adapter au confinement. Elle doit aussi faire face à des situations d’urgence que vivent certains de ses 2800 protégés. 100 000 euros débloqués par la Fondation BSB devraient y aider. Stephan Bourcieu, le président du directoire de l’école, motive cette aide exceptionnelle.

Stephan Bourcieu, dirige la BSB (ex ESC Dijon) depuis 2006. ©D.R

Propos recueillis par Arnaud Morel

Comment la BSB s’est-elle adaptée au confinement décrété le 17 mars ?
Nous avons essayé d’anticiper la crise, en limitant les voyages pédagogiques quelques semaines avant le confinement. Et nous avons fermé l’école dès le 13 mars, à minuit. Durant une semaine, tout était suspendu tandis que nos équipes travaillaient au basculement de nos cours vers le numérique, et évaluaient les outils pour poursuivre les enseignements.

« Nous avons transformé 6000 heures de cours présentiels en 6000 heures de cours numériques. Un vrai travail de Romain. »

Qu’est-ce que cette bascule représente concrètement ?
C’est simple, nous avons transformé 6000 heures de cours présentiels en 6000 heures de cours numériques. Je puis vous assurer que ça a été un vrai travail de Romain ; je suis vraiment fier du travail réalisé par nos équipes, dont la motivation a été formidable. Concrètement, nous utilisons le logiciel Teams de Microsoft, pour les cours interactifs en visioconférence avec les groupes de classe. L’outil permet aussi d’échanger aisément des documents et de constituer des bases de connaissances thématiques. Nous diffusons aussi certains cours à partir de vidéos enregistrées par les enseignants. Nos étudiants ont également accès à du support en ligne et nous avons même développé un « chatbot » (ndlr, un « robot » textuel qui utilise une base de connaissances) pour répondre automatiquement aux questions les plus souvent posées par les étudiants, et ainsi libérer du temps pour nos enseignants. Au fil du temps, ce chatbot « auto-apprend » et peut répondre à des demandes de plus en plus variées.

Et comment les étudiants s’approprient-ils ces outils ?
Nous enregistrons des taux de suivi de 97%. Mais ce chiffre élevé cache une réalité sans doute plus disparate. Nous savons que 97% de nos étudiants assistent aux cours, posent des questions et répondent à des évaluations, mais nous sommes bien sûr incapables de vérifier leur attention réelle aux cours. Si ça se trouve, certains regardent Netflix dans un coin de leur écran, nous ne pouvons pas le savoir… Plus sérieusement, nous nous félicitons d’un taux de décrochage faible, qui concerne pour l’essentiel des étudiants internationaux qui sont repartis dans leur pays.

Combien coûte une scolarité chez vous ?
Cela dépend des cursus. Pour un Bachelor post-bac, il faut compter 7500 euros de scolarité par an, pendant trois ans. On grimpe à 11500 euros par an pour le master grande école. On me dit souvent que les écoles de commerce sont des écoles pour les gosses de riches. C’est vrai, nous avons des gosses de riches. Mais nous avons aussi des enfants de milieux bien moins favorisés, qui travaillent à côté pour financer leurs études.

Le campus fréquenté de l’école de commerce dijonnaise n’est plus qu’un souvenir. Après la fermeture le 13 mars dernier, 6000 h de cours ont dû être digitalisées en urgence. ©D.R

Gosses de riches ou pas, les cours sont presque terminés. Quid des examens ?
Effectivement, il reste deux semaines de cours, et nous sommes déjà entrés en phase d’examens pour certains étudiants. Ceux-ci se déroulent en ligne, comme les cours. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un outil utilisé pour les examens à distance avec certains étudiants étrangers, mais nous étendons celui-ci à tous nos examens, et là aussi ça représente vraiment beaucoup de travail.

Vous annoncez que la fondation BSB, qui regroupe vos donateurs et anciens étudiants, va distribuer des bourses « coup de pouce » à hauteur de 100 000 €. À quoi doivent répondre ces bourses ?
Notre fondation, qui soutient l’école depuis 2014, a collecté plus de 200 000 euros cette année pour aider des étudiants en difficulté, ou méritants. Grâce à elle, nous allons distribuer 325 000 euros en 2020 à nos élèves, dont, effectivement, 100 000 euros pour des bourses coup de pouce. Celles-ci sont destinées aux étudiants en difficulté du fait de la crise Covid-19. Nous allons aider 30 à 40 étudiants, à hauteur maximale de 5000 euros, avec des versements moyens autour de 3000 euros sans doute. Nous demandons aux étudiants de nous transmettre leurs dossiers avant le 4 mai prochain, et d’être le plus précis possible sur leur situation.

« Nous avons, par exemple, des élèves en stage à l’étranger, qui veulent rentrer mais dont le prix du billet d’avion a triplé ou quadruplé depuis le début de la crise. »

Les situations, justement, quelles sont-elles ?
Elles sont très variées, mais souvent caractérisées par l’urgence. Nous avons, par exemple, des élèves en stage à l’étranger, qui veulent rentrer mais dont le prix du billet d’avion a triplé ou quadruplé depuis le début de la crise. Nous avons aussi des élèves qui étaient en stage, et dont les stages ont brusquement cessé, ainsi que leur rémunération. Comment faire, alors, pour payer le loyer du studio parisien loué pour l’occasion ? Nous avons aussi eu des appels à l’aide d’étudiants qui se retrouvaient mal protégés dans certains stages, et nous demandaient comment améliorer les choses. Bref, nous avons environ un millier d’élèves en stage ou en césure à l’étranger, dont certains ont vraiment besoin de notre aide. 

Face à ce millier d’étudiants, 30 à 40 bourses, cela semble peu…
Vous avez raison. Je ne vous cache pas que le comité de sélection qui doit classer les demandes vit de vrais déchirements. Nous ne pourrons pas satisfaire toutes les demandes, mais nous nous efforçons de répondre aux plus pressantes. Dans le même temps, nous lançons un appel à tous nos donateurs et anciens élèves : si vous comptez nous aider, c’est sans doute le moment de le faire !

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