Tout travail mérite paiement

© Château de la Crée

© Château de la Crée

Payer pour faire le job, ça existe. Le phénomène se développe dans le domaine de l’œnotourisme, tant le travail dans les vignes suscite de l’intérêt auprès des épicuriens du monde entier. A Santenay, le joli château de la Crée tenu par un couple d’origine suisse est à la pointe de cette tendance. Mais pas seulement.

Il appartint autrefois à Nicolas Rolin, créateur des Hospices de Beaune, chancelier de Philippe le Bon, le plus « vinophile » des ducs de Bourgogne. Le château de la Crée à Santenay n’a pratiquement gardé de ses origines qu’un long entonnoir de pierre reliant le salon au cellier, servant notamment à transporter les moûts. Il est depuis 2004 la propriété d’un couple d’origine suisse, Béatrice et Nicolas Ryhiner. Placé sous la bénédiction de la Montagne des trois croix, sa ceinture de vignes, le Clos du château, représente 1,4 hectares parmi la dizaine que compte le domaine. 18 appellations, de la côte de Beaune en principal, sont ici produites.
« Les terres sont labourées, amendées avec du crottin ou du fumier et les traitements de la vigne sont réduits au strict nécessaire, avec des rendements limités », lit-on au hasard des commentaires publiés sur la toile. Un discours finalement très répandu de nos jours en Bourgogne, que porte avec conviction la jeune œnologue maison, Aline Beauné.

« Ils sont fous ces touristes ! »

Ce rapport à la nature mérite partage. Surtout dans un lieu qui cumule les atouts du patrimoine et du vin, terreau même de la convivialité. On peut donc, quelle que soit la saison, participer aux travaux de la vigne. Initiation à la taille en janvier et février ; débutage, attachage, griffage et ébourgeonnage de mars à mai ; traitement, accolage et rognage l’été ; sans oublier les vendanges et la suppression des entre-cœurs. Le tout pour 55 à 65 euros par personne.
On vous entend déjà crier: « quoi, payer pour bosser, ils sont fous ces touristes ! » Ben, oui et non. D’abord, ces demi-journées sont suivies d’une visite de la cuverie et de la cave d’élevage, mais aussi d’une dégustation des cinq cuvées de santenay du château. Il y a même le repas du midi en ce qui concerne les vendanges. Surtout, ce parcours initiatique, seule la pratique du terrain peut le procurer. Après ça, on vous l’assure, les bouteilles sont vécues différemment au moment de la dégustation.
Nicolas Ryhiner inscrit cette démarche dans une philosophie qu’il revendique. « Nous accueillons des gourmets du monde entier (Américains, Japonais, Brésiliens, Hollandais et Chinois), puis nous leur proposons un programme associant la gastronomie, le bien-être et l’initiation aux grands crus », confirme le propriétaire de La Crée. D’ailleurs, on peut pousser plus loin le bouchon de cet œnotourisme émergeant en privatisant le château pendant trois jours et deux nuits, billard, salle vidéo, piano et bibliothèque compris. Il en coûtera toutefois jusqu’à 3 100 euros toutes taxes comprises. Comme le travail dans la vigne, la vie de château a elle aussi un prix.

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