Renforcée dans sa nature de « cœur battant de la Bourgogne solidaire » face à un marché des grands vins assagi, la vente des Hospices de Nuits (65e édition le 8 mars) poursuit ses ambitions sans folie des grandeurs.

Petit rappel de circonstance. Les Hospices de Nuits-Saint-Georges sont un établissement public de santé, disposant d’un domaine viticole, intégrés aux Hospices Civils de Beaune depuis 2016. Son nouvel hôpital Saint-Laurent, ouvert en 2018, est essentiellement composé de 120 lits en Ehpad répartis sur deux bâtiments (Les Didiers et Les Vignerondes), un pôle d’activités et de soins adaptés, un service de soins infirmiers à domicile et une petite activité d’hôpital de jour, en ce qui concerne les soins de suite et de réadaptation (SSR). 120 personnes travaillent sur le site nuiton, en plus d’une douzaine de médecins généralistes intervenant pour les Ehpad.
Saint-Laurent réhabilité
Cela n’est donc pas une petite affaire pour Guillaume Koch. Le directeur des Hospices Civils de Beaune et son équipe viennent de mener à terme, en lien avec la mairie, le dossier difficile de la vente de l’ancien hôpital, dont la transformation en logements a été confiée aux bons soins du groupe François 1er. « Notre rôle d’hôpital public est lié à la valorisation du patrimoine, il ne fallait pas laisser une friche au milieu de la ville », résume le directeur, qui continuera de veiller sur l’apothicairerie et ses pots ainsi que la chapelle désacralisée.
Les 2,7 millions d’euros récoltés par cette vente bâtimentaire, « serviront à abonder le plan d’investissement des Hospices Civils, avec le nouveau bâtiment hospitalier de Beaune, des projets à Seurre, et payer les amortissements du nouvel hôpital nuiton ».
Cette réhabilitation patrimoniale prévue pour 2028 va donner, tout comme le projet privé Crébillon, un sérieux coup de fouet à la cité nuitonne. « Le premier coup de pioche n’a pas encore été donné que tout ou presque a été prévendu », s’enthousiasme le maire sortant Alain Cartron, heureux de confier une commune qui se projette vers d’excitantes réalisations et a gardé le sens de la fête. Avec 5 000 personnes sur le week-end, entre le salon des vignerons, le salon du chocolat tout juste vingtenaire et le semi-marathon qui cartonne, Nuits se donne de l’air.

iDealwine, cœur vaillant
Acteur principal de la vente des vins, iDealwine continue de prendre ses marques en bon challenger français (lire encadré ci-dessous). La jeune maison de ventes s’est attachée à révéler « le secret le mieux gardé de la Bourgogne » pour sa première. Mission accomplie car la dernière édition, famélique côté production, a récolté plus de 850 000 euros, auxquels se sont ajoutés quelque 60 000 euros issus de la vente de millésimes du domaine à titre très exceptionnel. Ce qui témoignait déjà d’un bel esprit d’initiative. « +41 % du prix de la pièce et une ouverture vers de nouveau clients amateurs partout dans le monde », apprécie sobrement son président Cyrille Jomand.
Cette année, iDealwine se montre le cœur vaillant et déroule la thématique du « cœur battant de la Bourgogne solidaire ». L’opérateur souhaite continuer à ouvrir cette vente de façon raisonnable et ciblée. « Nous avons l’habitude de parler des acheteurs asiatiques et américains. Mais dans un contexte global de guerre tarifaire, il ne faut pas oublier l’Europe et regarder où sont nos forces plus près de nous. Nuits attire beaucoup d’amateurs d’Europe du Nord, d’Allemagne et d’Italie », note encore le commissaire-priseur.
« Les terroirs ont parlé »
Ce millésime 2025 a donc enfanté 80 pièces et 1 feuillette. Ses bouteilles arboreront une toute nouvelle étiquette au design épuré. Les petites évolutions vont bon train. Jean-Marc Moron apprécie. Après plus de trente ans de bons et loyaux services, le régisseur passe la main à Laurence Danel. La saison lui donne le sentiment du devoir accompli. « Les terroirs ont parlé, ils sont à leur place et montrent que ce millésime 2025 peu évident a malgré tout permis de faire de très grandes choses. Étant plutôt un Nuiton côté sud, dont le terroir offre généralement plus de structure et de puissance, je reconnais que le finage côté nord, sur les Murgers par exemple, est celui qui me ravit le plus à la dégustation. »
Les neuf premiers crus du domaine, dont le monopole Les Didiers, seront également assemblés au sein de la cuvée des bienfaiteurs. L’association Ani’nomade dirigée par Claire Mongeot en sera l’heureuse récipiendaire. En accompagnant les personnes hospitalisées, pensionnaires d’Ehpad ou bien en situation de rupture sociale, avec ses 142 adorables animaux de 17 espèces différentes, la structure dijonnaise égaye le quotidien de plus de 10 000 personnes chaque année. Tout cela réchauffe le cœur.
iDealwine, challenger « cocorico »
Le spécialiste du second marché du vin assume sans complexe son habit de challenger français au pays des enchères de vin. Après son baptême nuiton réussi l’an dernier, iDealwine avait même sérieusement travaillé son dossier pour candidater à la vente des Hospices de Beaune, finalement confiée pour cinq ans de plus à Sotheby’s. Son président et cofondateur Cyrille Jomand connait le supplément d’âme de la Bourgogne. Et son impact direct sur l’économie. « Elle représente 41 % de nos ventes en valeur, notre premier marché, avec 82 000 flacons aux enchères et 250 domaines bourguignons partenaires sur notre site en ligne. » Mais le marché des grands vins, « après une forte croissance jusqu’en 2022, connait des effets prix assez négatifs qui, on doit le dire, avaient relativement épargné la Bourgogne jusque-là ». C’est moins le cas. Les grands crus par exemple connaissent une inflexion à hauteur de -4 % sur l’année 2025. « Le signe d’un marché assagi, qu’un certain nombre d’acteurs appelaient de leurs vœux ». Cette stabilisation concerne les vins des Hospices de Nuits, qu’iDealwine s’attache à faire découvrir à son panel d’amateurs dans le monde entier. À chacun sa méthode. En incluant des vins des Hospices dans des dégustations sur la thématique Bourgogne, le spécialiste fait naturellement émerger le domaine nuiton, qui tient le haut du panier. « Les vins sont appréciés et reconnus comme de grands vins, ce qui est toujours le meilleur indicateur. »




