Face à l’interdiction des offices, l’Église s’invente de nouvelles liturgies numériques. TV, téléphone, internet… la voix de Dieu multiplie les chemins pour toucher les fidèles, surtout en cette semaine sainte d’avant Pâques. Parmi d’autres, la paroisse de Meursault-Nolay propose des messes en direct et d’étonnantes chroniques quotidiennes diffusées sur YouTube. 

Vicaire de la paroisse de Meursault-Nolay, le père Jean-Philippe Nollé livre des chroniques quotidiennes dans un style bien à lui. Capture d’écran © YouTube / Prêtre pour Vous

Par Geoffroy Morhain

Plan fixe : dans un hamac accroché au flanc d’une église, un jeune prêtre en soutane se prélasse avec une bouée de plage derrière lui. Bande son : une musique de film genre comédie italienne sur laquelle, les yeux fermés, notre Dom Camillo se met à parler : « Oh, Seigneur ! La vie de prêtre à la campagne, c’est vraiment pas facile. Pourquoi donc m’avez-vous envoyé dans ce trou paumé ? (…) Je n’ai pas toujours écouté mon supérieur, mais je n’ai tué personne. Franchement, je ne méritais pas tout ça. » 

Wesh mes frères !

Ainsi commence le 16e épisode de la chronique « Un peu d’amour chaque jour », que le père Jean-Philippe Nollé met en ligne sur YouTube depuis le 24 mars. Une chronique à sa façon où il n’hésite pas à se mettre en scène, avec un ton décalé et une bonne dose d’humour, loin des canons habituels de la communication du clergé. Pour une fois qu’on peut rire avec (et pas de) la religion.

Après un petit sketch d’introduction où il salue ses auditeurs par un « Wesh wesh mes frères ! » parodique ou scande un Alléluia façon rappeur, ses prières récitées prennent pour cadre le beau territoire de Meursault, du climat des Charrons sur les hauts de la commune à l’oratoire du Petit Roi de Grâce en passant par le pupitre du chantre de la chorale. S’en suit toujours un message universel, une parabole sur la vie, qui prend corps à partir de la citation d’un illustre laïc, de Saint-Exupéry à Coco Chanel en passant par Albert Einstein. Une phrase du grand savant, « Une table, une chaise, une corbeille à fruits et un violon : de quoi d’autre un homme aurait-il besoin pour être heureux ? », rejoint ainsi la philosophie plus prosaïque de l’ours Baloo (« Il en faut peu pour être heureux »).

« Profitons de cette période pour plonger
dans notre propre vie en apprenant à l’aimer. »

Une maxime que notre prêtre vidéaste replace sous le prisme du confinement, fustigeant au passage les mirages de la société de consommation : « Profitons de cette période pour vivre dans le présent, pour couper les ponts avec ces vies rêvées mais irréelles, pour plonger dans notre propre vie en apprenant à l’aimer. » Pour finir ce rendez-vous en ligne, l’instant musical du jour, sélectionné par ses soins, est offert par lien interposé entre un air d’opéra, un concerto de guitare et un morceau de musique sacrée.

Messes en ligne

Vicaire de la paroisse de Meursault-Nolay, c’est-à-dire prêtre assistant le curé, en l’occurrence le père Dominique Garnier, Jean-Philippe Nollé a mis sa jeunesse (28 ans), sa culture et son DUT Informatique au service de son ministère. Pour conserver le lien avec les ouailles d’ici et d’ailleurs, en plus de ces chroniques quotidiennes, il diffusera également sur YouTube tous les offices de la Semaine sainte, ainsi que les messes dominicales durant tout le confinement : « La première messe mise en ligne a fait environ 70 vues en direct, mais en est à presque un millier maintenant. La deuxième a enregistré 150 vues sur le coup, soit bien plus qu’à l’église si on considère qu’il y a 2 à 3 personnes en moyenne devant chaque écran. »

Les retransmissions devraient toutefois cesser après le confinement car « comme les concerts, la messe est toujours mieux en direct. Et puis il existe des chaines de télévision nationales pour ça, ce n’est pas la vocation d’une paroisse comme la nôtre ».

Le père Nicodème Towanou, curé de Marsannay-la-Côte. ©D.R.

Prière collective au téléphone

À Marsannay, toujours dans les vignes, le père Nicodème Towanou a lui aussi changé ses habitudes pour garder le lien avec ses paroissiens : « Pendant ce temps de crise, il nous faut continuer à vivre pour Dieu, à demeurer chrétiens et à tenir ferme dans la foi pour triompher de ce qui semble vouloir arrêter nos célébrations, nos assemblées de prière, nos rencontres ordinaires. Voilà pourquoi nous avons mis en place des outils de communication comme les messages électroniques pour l’envoi des homélies dominicales et les conférences téléphoniques pour des temps de prière collective. » Avec succès : « Nous étions plus de 70 au rendez-vous samedi dernier. Ceci dit, nous atteignons les limites du système car certains ont du mal à se connecter, et il faut faire comprendre à l’assistance qu’elle ne doit pas chanter ni prier à voix haute si on veut éviter la cacophonie », explique ce prêtre originaire du Bénin.

« Le prêtre est déjà « un homme mis à part » qui a besoin de ce temps de retraite pour vivre en intimité avec Jésus-Christ afin de pouvoir en nourrir le peuple. »

À côté de ces moments de partage, chacun pourra se reconnecter à sa spiritualité, religieuse ou non, en ces temps d’isolement forcé. Et retrouver le moine qui dort quelque part en lui à travers la réflexion, la méditation ou l’introspection sinon la prière. En attendant le retour à des jours meilleurs, le symbole pascal de la résurrection prend une dimension toute particulière. Le curé de Marsannay considère le confinement comme « une grâce en quelque sorte » : « Ma vie de confiné est un peu nouvelle mais toujours ordinaire, car le prêtre est déjà « un homme mis à part » qui a besoin de ce temps de retraite pour vivre en intimité avec Jésus-Christ afin de pouvoir en nourrir le peuple. En ce moment, cette relation à Dieu est encore renforcée car le prêtre a davantage de temps à lui consacrer. »

Obsèques intimes du père Pierre Binet, lundi 6 avril, en la cathédrale Saint-Bénigne © Diocèse de Dijon

L’espoir d’un monde meilleur

De son côté, à Meursault, le père Jean-Philippe Nollé poursuit lui aussi sa vie de confiné entre cure et église fermée au public, prière, lecture et télécommunication. « Nos sorties sont rares, nous ne pouvons obtenir de dérogations que pour des obsèques ou le sacrement des malades. Et encore… Les cérémonies funéraires étant limitées à 20 personnes, beaucoup de familles se contentent d’une bénédiction au cimetière et remettent la messe à plus tard. Quant aux derniers sacrements, l’accès aux hôpitaux et aux Ehpad est très compliqué, même pour les aumôniers », se désole le jeune vicaire en espérant que toutes ces souffrances serviront à quelque chose.

« J’espère que cette pandémie ne passera pas sur la société comme de l’eau sur les plumes d’un canard, qu’on en tirera les leçons pour revenir à une société plus sage, où on prendra le temps de se souvenir des anciens, de ralentir, de faire attention aux autres… » Rien de moins sûr, prions !  


Paroisse de Meursault : messes en direct sur la chaine YouTube « Paroisses Meursault-Nolay » (jeudi 9 avril et vendredi 10 avril à 19h, samedi 11 avril à 21h, dimanche 12 avril à 11h) ; chroniques quotidienne sur la chaine YouTube « Prêtre pour vous ».
Paroisse de Marsannay : prière collective au téléphone les jeudi 9 avril à 19h et le samedi 11 avril à 18h – 01.79.97.40.67, code d’accès 766256# –
Diocèse de Dijon : liste des messes en direct proposées par les paroisses de Côte-d’Or sur diocese-dijon.com

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