Youri Lebault, l’agent double « 00 cep » des vins de Bourgogne

Beau joueur, il enfile volontiers son costume de James Bond pour incarner le « 00 cep » de la Route des Grands Crus. Mais cette posture de l’autodérision masque la véritable activité occulte du personnage. Agent double, Youri Lebault commet des infidélités : il transmet les bonnes infos du terroir bourguignon aux Américains. Vous avez dit « Climatgate »?

His name is Lebault. Youri Lebault. Depuis que des touristes américains lui disent, tout amusés, qu’il « look like Daniel Craig in Casino Royale », le guide, un temps peu convaincu, se laisse prendre au jeu avec humour. © Jonas Jacquel

Par Dominique Bruillot
Pour Dijon-Beaune Mag #66
Photos : Jonas Jacquel

« I have a dream : que les Bourguignons soient fiers d’être Bourguignons, car il ne faut pas que cela s’arrête au Tour de France ! » Entre deux commentaires avisés sur un puligny-montrachet 2011, Youri Lebault s’enflamme et prend la mesure de sa mission. Prêcher la bonne parole des terroirs est un travail d’agent double, car il faut aussi bien convaincre ceux qui les côtoient ici que séduire ceux qui viennent les comprendre de loin. Dans son activité quotidienne de professionnel haut de gamme du réceptif (sa couverture en réalité), l’agent 00Cep de la Bourgogne vise en effet une population en priorité : les Américains. Soit 90 % de la clientèle de sa société Bourgogne Gold Tour, qui s’est fait une spécialité de placer haut, voire très haut la barre de la découverte.

Curieux intelligents

Dans la discrétion amicale de sa cave personnelle au cœur de la Côte de Nuits, où certains clients devenus amis viennent en visite secrète, la Bourgogne défile entre les mots et les verres. Les restes bien alignés d’une grande verticale de grands crus, avec des étiquettes qui feraient rêver un escroc de la trempe de Rudy Kurniawan (*), attestent qu’on ne franchit pas l’Atlantique par hasard. Et que cette histoire d’amour entre Youri et les « States » est écrite depuis longtemps.

« Gamin, j’étais fan des Américains ; adolescent j’étais happé malgré moi par leur enthousiasme, leur ouverture d’esprit », avoue l’agent double, toujours impressionné par cette capacité qu’ont ses amis à dire « bravo ! » quand cela se mérite. Sur ce point, au regard de nos propres comportements, on ne peut pas lui donner complètement tort.

Sa clientèle, il est vrai, répond à certains critères. « Les Américains qui viennent ici sont en quête de culture, ils veulent comprendre, rencontrer des vignerons qui incarnent la belle mentalité de la Bourgogne », plaide encore Youri, pas fâché, avec son collaborateur Joachim Schäfer, de pouvoir partager un peu de l’intimité de ces curieux intelligents.

Loin des clichés qui le frappent, surtout à l’ère de Trump, l’Américain en pèlerinage dans la Côte pratique avec bonheur le cabotinage des caves, intégrant à chaque étape un peu plus de l’impressionnante subtilité qui fait sans doute de la Bourgogne le terroir le plus exceptionnel au monde. Sur la route tracée par Bourgogne Gold Tour, il découvre ainsi des ambassadeurs sincères et inspirés : les Frédéric Magnien, Benigne Jolliet (La Perrière) et Taupenot-Merme, les domaines du Cerberon ou du Moulin aux Moines, Cyprien du domaine Arlaud, etc. Tous incarnent avec bonheur la noble tradition bourguignonne du partage, celle qu’il faut absolument mettre sous cloche pour des siècles et des siècles. Amen.

D’où un travail d’équilibriste, car « le « Ricain » qui réfléchit ne fait pas de cinéma, j’adapte mon speech à son niveau de connaissance, avec sérieux, c’est ce qu’il attend, en toute décontraction ». Autrement dit, le rapport est cash et en même temps chaleureux : « Il veut que tu lui donnes de vraies réponses, mais aussi que tu le traites comme un ami. » L’exercice est d’autant plus délicat que, parfois, il peut tomber sur un authentique connaisseur en quête de perfectionnement, voire un agronome. « Là, tu lui montres que tu connais bien ton sujet, tu le séduis. L’Américain veut savoir si t’as des chevaux sous le capot ! » En l’occurrence, ça n’est vraiment pas le souci.

Youri Lebault en tournage pour un reportage de France Télévisions, devant les Hospices de Beaune. © Jonas Jacquel

« Parler à son cœur »

Pour résumer ce travail de fond réalisé dans l’ombre de la mission qu’il s’est finalement lui-même fixée (quelle nation libre pourrait le lui reprocher ?), l’agent 00Cep a une formule dont il a le secret : « Parler avec son cœur à son cœur. » Non sans la doubler d’une expression à la Jean-Claude Van Damme, livrée dans le style exubérant de ce dernier : « Switch off your brain ! ».

Youri l’artiste aime ainsi faire le show. Tantôt avec les mimiques de « Bébel », tantôt avec sa guitare et son répertoire revisité bourguignon. Il sait surtout que cette complicité développée avec son nouveau camarade de tournée des grands ducs peut aller loin : « Banquier, aventurier, homme d’affaires, en couple, en lune de miel ou avec sa petite famille, je m’arrange toujours pour lui faire déguster un verre. » Régulièrement aussi, ce sont des étudiants du prestigieux WSET (Wine & Spirit Education Trust), dont il fut membre en son temps, qui le choisissent pour faire étape en Bourgogne dans leur grand parcours initiatique.

Initiatique est d’ailleurs le mot qui semble le mieux convenir à la démarche de l’agent double 00Cep. Car au bout de ce périple qu’il fait vivre avec intensité, en cave comme entre les vignes, il y a quelque chose d’irremplaçable qui laisse alors place au silence : les paysages bourguignons. « Quand tu leur montres Orches ou la Combe de Lavaux, après une journée de découvertes et de bonheur, tu sais que plus rien ne pourra défaire ce que tu viens d’installer en eux. » Notez-le bien, son nom est Lebault. Youri Lebault.


(*) Rudy Kurniawan, alias « docteur Conti », expert et collectionneur de vins rares reconnu, était un faussaire d’origine chinoise arrêté en 2012 aux États-Unis, grâce notamment à la traque menée par le vigneron Laurent Ponsot de Morey-Saint-Denis.

One thought on “Youri Lebault, l’agent double « 00 cep » des vins de Bourgogne

  1. marie
    30/08/2017 à 11:27

    Bonjour
    J’étais la semaine dernière à Berlin et je suis tombée par hasard sur TV5 MONDE sur un reportage où Y. Lebault parlait entre autres, du Clos Vougeot en disant qu’on devait ce lieu aux BENEDICTINS.
    Ne s’agit il pas des cisterciens…?
    Marie

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