Mort de François Patriat : « Fanfan », un demi-siècle de Bourgogne politique

Ancien ministre puis patron d’une Bourgogne terrienne qui lui ressemblait, sénateur de la Côte-d’Or depuis 2008, François Patriat est mort ce mercredi 19 août à Dijon, à l’âge de 83 ans, des suites d’un grave accident de vélo survenu un mois plus tôt. Avec « Fanfan » disparaît l’un des grands acteurs de la vie publique régionale, homme de l’Auxois devenu intime dEmmanuel Macron.

François Patriat est mort à l’âge de 83 ans. © Nicolas Richoffer / CC BY-SA 4.0 – image recadrée et retouchée par DBM

Patriat, Rebsamen, Sauvadet : les dernières décennies en Côte-d’Or furent ainsi faites que, peu importe l’emplacement du passage à niveau politique, un François en cachait souvent un autre. Cette trinité, mélange aigre-doux d’oppositions et d’amitiés, raconte une bonne partie de l’histoire récente du département.

Le doyen des François, millésime 1943, aura presque connu toutes les vies politiques possibles, de la mairie de Chailly-sur-Armançon aux travées du Palais du Luxembourg : conseiller général de terrain, député, ministre, patron de la Bourgogne pendant douze ans puis sénateur.

L’homme avait, d’après tous ceux qui l’ont côtoyé, cette habileté à circuler entre les mondes. Natif de Semur-en-Auxois, le « Fanfan » des champs n’avait pas besoin de forcer sa nature. Le médecin vétérinaire connaissait les moindres villages et ses agriculteurs, trifouillait les vaches et causait recettes de morilles entre deux histoires grivoises racontées lors d’une partie de chasse.

Le « Fanfan » des villes n’était pas un autre homme. Passionné du débat politique, il s’intéressait au destin de la métropole naissante dijonnaise et aux grands projets régionaux, tout en arpentant les couloirs du pouvoir parisien. François Patriat aura finalement passé sa vie à faire le grand écart sans paraître changer de costume.

Du terrain au pouvoir

Cette double culture donne sa cohérence à un parcours politique d’une rare longévité. Conseiller général du canton de Pouilly-en-Auxois dès 1976, député de la Côte-d’Or à partir de 1981, maire de Chailly-sur-Armançon de 1989 à 2001, François Patriat appartient à cette génération d’élus dont l’assise nationale se construisait d’abord sur des kilomètres de terrain.

« Il en connaissait les villages, les forêts, les combes, les vignes, les femmes et les hommes », résume aujourd’hui François Rebsamen, qui retient d’un compagnon de route de plus de quarante ans le « panache », mais aussi « la fidélité et le temps long ».

Fidèle ne voulait pas dire pour autant accroché à sa chapelle. Celui qui s’amusait d’être « le seul spécimen rocardien-mitterrandiste », selon une savoureuse formule rapportée par Le Monde, sera bien des années plus tard l’un des premiers socialistes à miser sur Emmanuel Macron.

Il avait connu avant cela d’autres expériences au sommet de l’État, nommé par Lionel Jospin aux PME, au Commerce et à l’Artisanat au début des années 2000, avant de se voir confier en 2002, pour quelques semaines, un ministère presque cousu main : l’Agriculture et la Pêche.

Douze ans président de la Région Bourgogne

En 2004, François Patriat remporte la Région face à Jean-Pierre Soisson. Réélu en 2010, il présidera la Bourgogne jusqu’à sa fusion avec la Franche-Comté fin 2015. Douze années qui l’installent définitivement dans le paysage régional, à force de sillons tracés de Sens à Mâcon et de réseaux cultivés dans les mondes économique, agricole et viticole.

À Dijon aussi, son empreinte est bien réelle. François Rebsamen rappelle aujourd’hui son soutien au tramway, au développement de l’université de Bourgogne, à la renaissance du musée des Beaux-Arts ou encore aux investissements dans la culture, la recherche et la santé.

Présider une Région ne fit pas pour autant de Patriat un décentralisateur à tout crin. Sur l’agriculture notamment, il savait rappeler les collectivités régionales à leurs limites lorsqu’il estimait que l’État et l’Europe devaient garder la main.

En 2008, il avait ajouté le Sénat à ce parcours déjà bien rempli. C’est au Palais du Luxembourg que s’écrira le dernier chapitre de sa carrière.

Miraculé, puis fidèle de Macron

Ce dernier chapitre aurait pourtant pu ne jamais exister. En septembre 2016, sur l’A38 à hauteur de Pont-de-Pany, la voiture de François Patriat est percutée de plein fouet par un véhicule circulant à contresens. L’accident est terrible. Lui en réchappe et se dira « miraculé ».

Quelques mois plus tard, le voilà de nouveau au cœur du jeu politique. Il a repéré tôt Emmanuel Macron et sera l’un de ses soutiens de la première heure, avant même la victoire présidentielle de 2017. À 74 ans, Patriat participe ainsi à une nouvelle aventure politique et prend la tête du groupe de la majorité présidentielle au Sénat.

Une dernière fidélité, parfois caricaturée, qu’il assumera jusqu’au bout avec un esprit bien à lui. À l’annonce de sa disparition, Emmanuel Macron a naturellement partagé son émotion : « La Côte-d’Or et la Bourgogne perdent l’un de leurs plus fidèles serviteurs. La République, l’un de ses plus infatigables artisans. Pour ma part, je perds un ami cher. »

Le dernier tour de roue

François Sauvadet préfère, lui aussi, ramener « Fanfan » à sa terre. Adversaire politique historique mais compagnon de territoire, le président du Département salue un parcours qui « dépasse les clivages et les appartenances partisanes ».

Les deux hommes avaient notamment créé et coprésidé le Pays de l’Auxois-Morvan. « Il incarnait à lui seul l’identité (de la Bourgogne), comme Henri Vincenot », écrit François Sauvadet, avant de convoquer des souvenirs plus personnels entre deux amateurs de petite reine : « Nous partagions les mêmes routes, les mêmes cabanes de chasse, les mêmes fermes et le même amour du territoire. »

Après cinquante ans de mandats, « Fanfan » s’apprêtait pourtant à descendre de selle. Presque à contrecœur, tant il semblait doté d’une réserve inépuisable d’énergie politique et de force tranquille. Le 8 juillet, pour sa dernière intervention au Sénat, il avait annoncé qu’il ne solliciterait pas de nouveau mandat en septembre.

Neuf jours plus tard, le 17 juillet, le cycliste assidu était victime à Pouilly-en-Auxois d’un grave accident de vélo. François Patriat est mort un mois plus tard, ce mercredi 19 août, à l’hôpital de Dijon, à 83 ans. Il laisse son épouse Élisabeth, ses deux fils, Frédéric et Grégory, ainsi que ses petits-enfants.