Au pauvre diable, un grand magasin à la Zola

© Clement Bonvalot

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Au pauvre diable est l’un des derniers témoins de l’émergence des grands magasins, au tout début du XIXème siècle. Son nom lui a survécu, il reste accroché pour l’éternité sur sa façade, rue de la Liberté. Une nouvelle histoire étonnante que nous inspire la Petite histoire de l’architecture depuis l’an 1000, guide édité par le CAUE (Conseil en Architecture, Urbanisme et Environnement) de Côte-d’Or.

A un demi-siècle près, Émile Zola n’aurait sûrement pas boudé le grand magasin Au pauvre diable de la rue de la Liberté à Dijon, et on imagine assez aisément Octave Mouret ( Propriétaire du magasin Au Bonheur des Dames dans le roman éponyme) arpenter les rayons de ce monstre du commerce, aussi imposant que surprenant.

© dijon1900.blogspot.fr

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Si les grands magasins ont connu leur essor entre les années 1870-1880, Au Pauvre diable, rue de la Liberté, fait un peu figure de dernier des Mohicans. Et si l’enseigne fut créée en 1831, le bâtiment de style « grand magasin » fut érigé en 1875 par un ancien chef de rayon du Printemps parisien, et l’édifice actuel, avec sa tour d’angle date de 1924, construit par Léon Lamaizière, architecte de la Société des magasins modernes, qui érigea une trentaine de bâtiments similaires en France.
Sous sa devise « omnia labore » – on arrive à tout par le travail – choisie par Georges Gérault, administrateur au XIXème siècle, le magasin situé au Coin du Miroir s’agrandit en 1924 lors de l’élargissement de la rue de la Liberté, mais conserva son nom, qui aujourd’hui paraît un peu étrange. Il rejoint cependant ceux de l’époque (Au quat’sous, Au diable par la queue, Au bon marché, Au gagne Petit), qui visaient une clientèle peu fortunée et marquent les débuts du commerce de masse. Au pauvre diable affichait d’ailleurs, dans les années 20 son titre de « grand magasin de nouveauté, les plus important de la région. »
Racheté en 1999 par une enseigne nationale, les deux parties, distantes d’un demi-siècle sont encore identifiables. Tandis que les bâtiments d’origine sont d’un style épuré, la partie récente avec sa rotonde surplombée d’un dôme disproportionné est largement influencée par le mouvement « Arts appliqués » ou « Style 1925 », appelé aujourd’hui Art déco. Une influence que l’on retrouve à l’intérieur du bâtiment à travers les balcons et la ferronnerie que l’on peut d’ailleurs voir dans le film Vaudeville, tourné par Jean Marboeuf en 1986.