Chroniqueuse judiciaire, auteure connue pour ses romans noirs, Marie Vindy a vécu sobrement son confinement à Dijon. Mais ne se fait pas d’illusions sur le destin de la culture. © D.R.

Bientôt déconfinée de son appartement de Dijon, la romancière et chroniqueuse judiciaire Marie Vindy a « plutôt bien » traversé la situation. Même si à son goût, la culture et ceux qui en vivent sont les laissés pour compte dans l’affaire.

Propos recueillis par Antoine Gavory (ProScriptum)

Ce confinement est-il une source de travail, de doutes ou de questionnement ? 
J’ai l’habitude de travailler depuis chez moi. De plus, je sors d’un traitement contre le cancer, de juillet 2019 à février 2020, donc même si j’ai continué de travailler, question distanciation sociale j’avais pris un peu d’avance ! Des doutes, des inquiétudes oui, j’en ai eu, puisque toutes mes commandes de piges et chroniques judiciaires ont été suspendues. 

Alors, comment vit-on sa vie d’artiste ?
Heureusement, j’ai retrouvé du travail en freelance. C’est un projet que je connaissais depuis longtemps, mais le bon timing, ça c’est vraiment le coup de chance ! Ça m’a sauvé la vie, donc ça m’a mise de très bonne humeur. J’ai rejoint l’équipe d’une start-up basée à Dijon, Genario, qui travaille à la création d’un logiciel pour les écrivains, basé sur l’intelligence artificielle, une bibliothèque-museum, un outil participatif, etc. Je suis chargée, dans un premier temps, de faire des interviews d’auteurs. C’est passionnant. 

« J’avoue avoir eu un moment de sidération : quoi écrire d’autre ? Comment inventer une histoire dont le Covid-19 ne serait pas le sujet principal ? »

Il faut rompre la solitude, aussi…
J’ai vu quelques films que je n’avais pas eu le temps de voir, comme Melancholia de Lars von Trier. Sinon, pas de problème. Je suis avec mon mari et, une semaine sur deux, ma fille. Je vais marcher, comme avant, pour prendre l’air… Puis, j’ai 12 000 idées… Je suis juste contrariée de ne pas pouvoir aller comme je veux dans notre maison de campagne en Haute-Marne. À part ça,  ça va, ça se gère. On a depuis peu l’autorisation de monter son cheval. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir ma jument, mais ce week-end, je cavale !

Avez-vous l’intention d’écrire sur le confinement?
On me l’a proposé d’emblée, via les Nouvelles du Lendemain, un recueil hébergé sur le site de Cultura. Je voulais écrire sur la maladie, du coup, j’ai fait d’une pierre deux coups avec une nouvelle : L’homme qui marche. Mais j’avoue avoir eu un moment de sidération : quoi écrire d’autre ? Comment inventer une histoire dont le Covid-19 ne serait pas le sujet principal ? Comment, dans le même temps, intégrer cette nouvelle donne dans le contexte d’un récit ? Je n’ai pas de solution. On verra plus tard, quand on aura un peu de recul.

Justice soit-elle (2017, Plon) explore le monde des affaires non résolues de féminicides en Bourgogne en s’inspirant de l’affaire des disparues de l’A6. ©D.R.

Votre rapport à votre art et aux autres a-t-il évolué ?
Mon rapport à l’écriture, non. Mais le télétravail en équipe, les réunion, les « call et meeting » formation… tout ça, c’est assez nouveau. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est aussi une chance. L’équipe est jeune, les gens sont à Lyon, Paris, Londres, Bali ou… Dijon !

Quel est la première chose que vous avez envie de faire après ?
Apéro avec les potes. Et je dois avouer que les audiences correctionnelles me manquent…

« Du côté de l’édition, j’espère un tournant salvateur. Qu’on repense la chaîne du livre, qu’on vire tous ces intermédiaires qui se gavent… »

Dans ce nouveau contexte, quelle place donner à la culture ?
Y’a du boulot. Je pense que les gens se rendent compte de ce qui leur fait du bien et qui est irremplaçable : lire, regarder des films, des séries, des émissions, des documentaires… Ils regrettent peut-être les cinés et les salles de spectacles, mais ne mesurent pas bien la situation des artistes et des intermittents. Je ne crois pas que notre « public », hélas, sera derrière nous quand on demandera des comptes. Du côté de l’édition, j’espère un tournant salvateur : qu’on repense la chaîne du livre, qu’on vire tous ces intermédiaires qui se gavent…

Ce genre de sujet est-il assez considéré dans les mesures actuelles ? 
Non, sûrement pas. Ça montre l’incompétence de beaucoup de monde. Quand je vois les mesures prises, les efforts que l’on doit fournir pour espérer une miette, c’est à pleurer. Pour les auteurs, quand la perte des droits d’auteur doit pouvoir se mesurer en comparant le mois de mars 2019 avec mars 2020, tu comprends à quel point ceux qui nous dirigent n’y connaissent absolument rien. Mieux vaut ne compter que sur soi, comme d’habitude – ce qui est une réflexion bien libérale pour une gauchiste comme moi, c’est quand même un comble de penser ça ! En revanche, la situation des intermittents est catastrophique, l’incurie et le mépris du gouvernement honteux.

Comment voyez-vous votre avenir en tant qu’artiste ?
J’ai un livre de commande, donc non signé à mon nom, bloqué chez un éditeur qui va faire faillite ; un autre en relecture chez mon éditeur pour le polar… Tout va être repoussé, mais ça ne m’inquiète pas. J’ai envie d’écrire et toujours quelque chose à dire. On trouvera d’autres moyens d’exister, de rebondir.


BIO EXPRESS : MARIE VINDY
Née en 1972 à Dijon, Marie Vindy est l’auteure de plusieurs romans, chroniqueuse judiciaire et présidente de l’association Solidarité Femmes 21. Artiste plasticienne et professeur d’arts plastiques en collège pendant quelques années, elle se fait remarquer avec le thriller Une femme seule (2012, Fayard). Son dernier ouvrage Justice soit-elle (2017, Plon) explore le monde des affaires non résolues de féminicides en Bourgogne en s’inspirant de l’affaire des disparues de l’A6.

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