De Meursault à Malraux, « La Grande Vadrouille » en 50 mots-clés

Immortelle comédie cinématographique, La Grande Vadrouille a fait de Meursault un lieu aussi célèbre pour sa kommandantur en flammes que pour son chardonnay de légende. Les 3 et 4 septembre, le village fêtera le souvenir d’un tournage vieux d’un demi-siècle. A cette occasion, dijonbeaunemag.fr vous donne 50 mots-clés pour tout savoir sur les dessous d’un film culte.

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Par Dominique Bruillot
Pour Dijon-Beaune Mag

Age (faux). Louis de Funès assure au major Achbach qu’il est né en 1914, et donc qu’il a 28 ans au moment où se passe l’action. L’acteur a en réalité 52 ans l’année du tournage.

Allemagne. Réalisée plus de 20 ans après la fin des conflits, La Grande Vadrouille fut la première comédie traitant de la Seconde Guerre mondiale à être diffusée en Allemagne,
où elle reçut un bon accueil.

Asquins (Yonne). Lieu de tournage du transfert des Anglais dans des tonneaux, à 130 kilomètres de Meursault.

Audience. Diffusé, rediffusé, le film ne lasse pas. En 2009, pour sa 15e diffusion sur TF1, il a été vu par plus de neuf millions de téléspectateurs, établissant le record de l’année. En décembre 2014, il faisait encore 28,5 % de la part d’audience, avec plus de 7,2 millions de téléspectateurs.

Berlioz. Pianiste émérite, Louis de Funès, qui joue Stanislas Lefort, a réellement dirigé La Marche hongroise de La Dam­nation de Faust d’Hector Berlioz dans le film. Il fut même acclamé pour cela par les musiciens de l’orchestre de l’Opéra !

« Bah, vous chaussez du combien ?
          – C’est du comme vous. »

Boeing B-17. Au tout début du film, les héros anglais volent dans un Avro Lancaster. Plus loin, c’est un Boeing B-17 que l’on voit, celui-là même qui participera au tournage de Memphis Belle en 1990, poursuivant ainsi sa vie bien remplie d’avion de collection.

Bourvil. Il joue le rôle d’Augustin Bouvet, peintre en bâtiment. C’est sur sa nacelle que l’aviateur anglais Peter Cunningham (Claudio Brook) termine son saut.

Chapeau (Vincent). Son ouvrage paru en 2002 aux éditions Hors Collection fait référence. Sur la route de « La Grande Vadrouille » sera d’ailleurs réédité en septembre, pour le cinquantième anniver­saire du film.

Château fort de Meursault. A ne pas confondre avec le Châ­teau de Meursault, célèbre pour sa Paulée annuelle. Le château médiéval, devenu au XIXème siècle Hôtel de Ville, sert de siège à la kommandantur dans le film.

Crédit agricole. Bien qu’éteinte, l’enseigne de la banque qui a pignon sur rue à Noyers-sur-Serein (où sont tournées certaines scènes nocturnes censées se passer à Meursault) est parfois visible dans le film.

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En 2006, les pompiers s’étaient déjà mobilisés pour reconstituer la fameuse scène de l’incendie de la Kommandantur.

De Funès (Louis). Le quelque peu acariâtre Stanislas Lefort est chef d’orchestre à l’Opéra de Paris. C’est dans sa loge que l’aviateur Alan MacIntosh (Mike Marshall) vient se cacher.

Der des der. Après avoir été déjà réunis par Gérard Oury dans Le Corniaud deux ans plus tôt, et avoir vécu d’autres belles aventures communes, dont La Traversée de Paris, Bourvil et de Funès disaient en plaisantant que La Grande Vadrouille serait leur dernier film ensemble. Parole hélas prémonitoire : le cancer eut raison de Bourvil avant le tournage de La Folie des grandeurs, où il aurait dû tenir le rôle de Blaze, le valet.

Dubois (Marie). Les yeux bleus de la blonde Juliette font chavirer le cœur du peintre joué par Bourvil. L’actrice Marie Dubois retrouvera l’année suivante Belmondo dans Le Voleur de Louis Malle. Une époque sacrée pour le cinéma français.

Gonflés à bloc. Le très décalé Gonflés à bloc, réalisé en 1969 par Ken Annakin, avec entre autres Bourvil et Marie Dubois, ainsi que Mireille Darc et Tony Curtis, reprend en l’amplifiant la scène des lits intervertis dans un hôtel.

Grosso (Guy). Il joue le musicien qui parle tout le temps dans La Grande Vadrouille. Guy Grosso, ou l’inséparable complice de Michel Modo.

« Comment ça « merde alors » ! But alors, you are french ? »

Hennin. La coiffure traditionnelle des sœurs hospitalières, ressuscitée par le film. Elle est d’origine flamande.

Hospices de Beaune. Rien n’a changé dans les Hospices de Beaune depuis la scène de la Grande Salle des pôvres. Les fugitifs anglais ont été les derniers pensionnaires de l’établis­sement, ladite salle ayant été fermée en 1955.

Hospitalières. Personnages récurrents des films de Gérard Oury, les religieuses de La Grande Vadrouille sont cette fois-ci des sœurs hospitalières, dont la tenue est spécifique à cet ordre beaunois créé par Nicolas Rolin en 1459.

Hôtel du Globe. Des milliers de touristes viennent chaque année à Meursault et cherchent en vain l’Hôtel du Globe. Et pour cause: cet établissement aujourd’hui disparu se cachait en réalité sous les arcades de la place de l’Hôtel-de-Ville à Noyers-sur-Serein, dans l’Yonne.

Improvisation. Il y en eut beaucoup sur le tournage. Mais la plus marquante est sans conteste cette scène où Bourvil porte Louis de Funès sur ses épaules. Elle fut tellement réussie qu’on la choisit pour l’affiche.

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La religieuse Marie-Odile, ressuscitée par les habitants de Meursault.

Incendie. A gauche de l’escalier de la mairie, au niveau de la cave, une porte neuve trahit l’histoire dans l’histoire. Dans la fameuse scène de l’incendie, la porte d’origine a en effet réellement brûlé.

Jeanne de Paris. Tourné en 1942, ce film racontait le courage d’une petite française, interprétée par Michèle Morgan, par ailleurs mère de Mike Marshall, lequel tient le rôle d’Alan MacIntosh dans La Grande Vadrouille. Jeanne de Paris aurait inspiré à certains égards le scénario de La Grande Vadrouille. L’humour a fait la différence.

Julienne (Rémy). Comme souvent dans les années 1960, le cascadeur Rémy Julienne est de la partie. C’est par exemple lui, le motard qui reçoit une citrouille lors de la célèbre course-poursuite.

Jullian (Marcel). Avec les frères Tabet, Georges et André, il est de l’équipe de scénaristes du film, aux côtés de Gérard Oury et de sa fille Danièle Thompson. Cet auteur prolifique sera aussi l’un des fondateurs de la chaîne Antenne 2.

Mai (31). Date du premier jour du tournage, en 1966.

« De moi vous osez vous fouter ? »

Marie-Odile. Sœur Marie-Odile, interprétée par Andréa Parisy, et sa charrette appartiennent désormais à la légende.

Marshall (Mike). Dans le film, il est Alan MacIntosh. Fils de Michèle Morgan, qui deviendra la compagne de Gérard Oury, il retrouve sa mère dans Le Tiroir secret (1986), une minisérie franco-allemande écrite par… Danièle Thompson, coscénariste de La Grande Vadrouille et fille de Gérard Oury !

Meursault. Le village viticole de la côte de Beaune célèbre le jubilé de La Grande Vadrouille les 3 et
4 septembre. Au programme : exposition d’affiches et de photos, de véhicules militaires et de voitures anciennes, reconstitution de scènes du film, rencontre avec Vincent Chapeau, projection du film sur grand écran, sans oublier, cela tombe sous le sens, une grande vadrouille dans les rues de Meursault.

Millésime. Au sein d’une décennie très irrégulière pour les vins de Bourgogne, le 1966, année du tournage, est, avec le 1961, l’un des deux meilleurs millésimes.

Modo (Michel). Celui qui joue le soldat qui louche retrouvera  son compère Grosso (Guy) dans la joyeuse galerie de personnages des gendarmes de Saint-Tropez, sous les ordres de l’impayable Louis de Funès.

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Secret de tournage : l’incendie de la Kommandantur (en réalité la mairie de Meursault) fut plus vrai que nature. Les fumigènes utilisés ont embrasé une porte et la lance à incendie dut être réellement utilisée. ©DR

Malraux (André). Pour ouvrir les portes de l’opéra Garnier, il a fallu séduire le ministre de la Culture. Selon toute apparence, André Malraux a pris plaisir à lire le scénario que lui avait envoyé Gérard Oury, puisqu’il a donné son accord.

Morgan (Michèle). « T’as d’beaux yeux, tu sais ! », lui déclarait Jean Gabin en 1937 dans Quai des brumes. La belle actrice rencontra Gérard Oury en 1957 et fut sa compagne jusqu’à la mort de celui-ci, en 2006.

Oury (Gérard). Avec Le Corniaud, tourné deux ans plus tôt avec le même duo d’acteurs, La Grande Vadrouille restera à jamais le plus grand succès du cinéaste. Sa révé­lation en tant qu’auteur comique, il la doit en partie à Louis de Funès, qui lui aurait dit : « Tu ne parvien­dras à t’exprimer vraiment que lorsque tu auras admis cette vérité-là ! » Bien vu.

Pitch. En 1942, dans la France occupée, trois aviateurs anglais rescapés d’un bombardier abattu parviennent à échapper aux Alle­mands après un saut en parachute plutôt chaotique. Leurs chemins croi­sent ceux du tandem Bourvil-de Funès dans une épopée désopilante, dont une bonne part se déroule en Bourgogne.

Pierre-Perthuis. Dans ce village de l’Yonne, on trouve un magnifique pont jeté sur la Cure. C’est celui-là même que traversent Bourvil et de Funès déguisés en soldats allemands lorsqu’ils tentent de gagner la zone libre.

« Ils peuvent me tuer, je parlerai pas !
– Mais moi non plus, ils peuvent vous tuer, je ne parlerai pas ! »

Pouques-Lormes. La borne sur laquelle Stanislas Lefort est assis pourrait faire penser que la fameuse scène des chaussures a été tournée sur la N6. Il n’en est rien. Pour les besoins du tournage, c’est à Drémont, hameau au nord de Pouques-Lormes dans la Nièvre, qu’a été filmée la scène.

Renault 1906. La voiture de pompiers Renault 1906 qui tient la vedette lors de l’incendie de la kommandantur existe toujours. Elle sera d’ailleurs de sortie les 3 et 4 septembre, pour faire la belle.

Rochepot (la). Il aurait été dommage de se priver du paysage de carte postale qu’offre le château de La Rochepot. La scène du fourgon postal fut le prétexte choisi pour le montrer.

Santeny. Santeny-Servon, en Seine-et-Marne, où se trouve une ancienne gare ferroviaire de la ligne de Vincennes. C’est là que fut tournée la scène de l’arrestation de Peter, censée
se passer en gare de Vougeot.

Vougeot. Pourquoi n’avoir pas tourné dans la gare de Vougeot ? Parce que le tournage in situ aurait nécessité la fermeture de la ligne PLM (de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles) pendant une demi-journée.

Ski. La scène finale met en scène un planeur. A l’origine, il était question d’une fuite à ski, mais la météo et le budget en ont décidé autrement.

Sœurs. Dans le premier scénario proposé par Gérard Oury, les aviateurs étaient sauvés par deux sœurs jumelles. Dans la version finale, elles furent remplacées par Bourvil et de Funès.

Terry Thomas. L’inénarrable Sir Réginald, alias Big Moustache, commence son aventure sur le sol français dans le zoo de Vincennes. L’acteur retrouvera Bourvil en 1970 dans Le Mur de l’Atlantique.

Thomas (Denis). Sans l’engagement du conseiller départemental Denis Thomas, par ailleurs président de l’office de tourisme local, les célébrations du film culte de Gérard Oury n’auraient pas la même saveur. On lui doit aussi la Fête du train, à Meursault toujours, qui a attiré 8 000 personnes lors de sa dernière édition.

Thompson (Danièle). Fille de Gérard Oury et de l’actrice Jacqueline Roman, elle fut, à l’âge de 22 ans, la coscénariste de La Grande Vadrouille. En septembre, tandis que Meursault fêtera le cinquantenaire de ce tournage mythique, son nouveau film, consacré à Cézanne et Zola, sortira sur les écrans.

« If I go to the turkish bath, I risk, I risk énormément.
-Yes.
-But, if you, you go out, si vous sortez, the Germans, les Allemands, ils vont vous attraper vous allez parler, et moi I risk encore plus.
-Yes.
-Donc, I risk on the two tableaux ! »

Truites. Personne n’a pu recueillir leur témoignage, mais certaines truites de la Bouzaize furent pêchées par Louis de Funès qui trouva là un moyen de se détendre lors du tournage.

Un sur trois. La Grande Vadrouille a longtemps été le plus grand succès cinématographique français, avec 17 millions de tickets vendus dans le pays. Bien que détrôné par Bienvenue chez les Ch’tis en 2008, il demeure le film le plus vu : plus d’un Français sur trois a ri devant les tribulations du duo Bouvet-Lefort.

Vadrouille. « Promenade sans but précis », dit le dictionnaire Hachette.

Vézelay. Autre leurre cinématographique, la plaque éclairée par Augustin qui indique l’arrivée des héros du film à Meursault fut en fait apposée sur la Porte Neuve de Vézelay, théâtre de plusieurs  scènes nocturnes du film.

Zone libre. Les trois aviateurs anglais en fuite n’ont qu’un but dans leur « grande vadrouille » : gagner la zone libre. Rappelons que la ligne de démarcation séparant la zone libre de la zone occupée passait en 1942 à quelques kilomètres de Meursault, vers Chalon.

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