À Prémeaux-Prissey, Jean-Charles Rion dirige un domaine traditionnel de quelque 9 hectares morcelés entre appellations régionales et grands crus, guidé par le respect des anciens. Ce fan de mécanique et de course auto est donc un vigneron tout-terroir !

Les Rion viennent de Vosne-Romanée depuis qu’un certain Pierre, ancien métayer du château de la Berchère, y a élu domicile à la toute fin du XIXe siècle. Dans les années 50, le petits-fils Daniel Rion héritera de 2 hectares de vignes lui permettant de passer successivement de la polyculture à la vente de raisins pour le négoce, puis à la mise en bouteille et la vente directe dans les années 70.
« Il n’y avait pas encore l’autoroute, tout passait par la Nationale, ma grand-mère a reçu au domaine jusqu’à ses 85 ans », retrace le petit-fils Jean-Charles, dont le papa Olivier avait repris avec ses frères et sœur l’exploitation familiale portée à 18 hectares.
Le sens de la terre
Après le décès du grand-père en 2018, par le jeu des successions parfois peu réjouissantes en Bourgogne, Jean-Charles a fini par intégrer en 2022 quelques vignes familiales à sa propre entité lancée huit ans plus tôt. Le vigneron millésime 1986, est resté marqué par ces aïeux « très terriens, qui vivaient simplement ».
Son propre père, éternel amoureux du travail de la vigne, donne encore la main pour s’occuper. « Dès qu’il peut en tailler un bout… », sourit le responsable du domaine couvrant désormais 9,5 hectares, sis à Prémeaux-Prissey, dans une cuverie des années 80 qui lorgne la belle parcelle de Côte-de-Nuits-Villages « Au Leurey ».
Aligoté aux grands crus
Une large palette d’appellations compose ce domaine attaché à la lutte raisonnée, aux rendements « maîtrisés dès l’ébourgeonnage, sans excéder 35 hl/hectare pour les rouges et 45 en blanc, ce qui permet de produire du vin de qualité, proposé à des tarifs abordables, sans épuiser le terroir ». La palette est représentative d’un domaine traditionnel de la côte, allant du Bourgogne Aligoté (10 euros départ cave) à 200 euros pour les rares grands crus issus de deux parcelles paternelles acquises au milieu des années 90 : 18 ares de Clos-Vougeot et 15 ares d’Echezeaux.
Entre les deux, on retiendra notamment ce Nuits-Saint-Georges « Les Terres Blanches » produit en versions rouge et blanc, un clin d’œil aux Hautes-Côtes de Nuits – « la famille maternelle étant de Marey-les-Fussey » –, une incartade en Côte de Beaune avec ce Savigny-lès-Beaune « Les Picotins », et les magnifiques climats Chambolle-Musigny « Aux Beaux Bruns » et Vosne-Romanée « Les Beaux-Monts » en versions village et premier cru pour ce dernier. Lequel a toujours une saveur particulière.
« Le grand-père y a fourni un travail de titan, en rachetant plusieurs petites parcelles pour en faire un bloc de 2 hectares à l’époque. J’en ai conservé 47 ares de village et 26 ares de premier cru », détaille l’ancien élève de la Viti à Beaune et de l’IUVV de Dijon, toujours disponible lui aussi pour recevoir au domaine. Heureux, également, de dévoiler le design de ses nouvelles étiquettes, signe que le domaine amorce un virage important de sa jeune vie.

La Mercedes du grand-père !
Les virages, Jean-Charles maitrise. Si la cuverie est impeccable, ce passionné de mécanique a en revanche rempli son garage d’une vie de passion. Il est aussi un grand pratiquant de tout ce qui a deux ou quatre roues. Récemment champion nord-est de kart cross, ces bolides tout-terrain propulsés jusqu’à 160 km/h par des moteurs de 850 cm3, il va même prochainement concourir aux championnats de France en Bretagne. On est loin du calme des vignes en plein hiver !
« Je suis un fan de vieilles Porsche », glisse aussi ce propriétaire d’une magnifique 914 de 1973. Les amateurs apprécieront. L’auto, un peu comme la vigne, présente parfois de troublants signes du destin. Alors qu’il flânait sur Leboncoin, le papa de Jean-Charles est tombé sur une annonce vendant, à Marseille, une vieille Mercedes 300. « C’était celle du grand-père, achetée en 1986 au Garage Aubin de Nuits ! » Devinez qui l’a rachetée…


