À la marge de sa 60e vente des vins à quasi huis clos, DijonBeaune.fr passe en revue l’appellation Nuits-Saint-Georges à travers plusieurs mots ou chiffres clés. Épisode 2 : de pierres en climats, l’expression d’un grand terroir.

Épisode 1 > Nuits, sa ville, son appellation : l’essentiel

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Avec 41 climats premiers crus, Nuits-Saint-Georges est la championne de la Côte de Nuits en la matière. Cette constellation situe le niveau général du terroir.

Calcaire

Tout, à Nuits, rappelle la minéralité et les millions d’année de sédiments ayant enrichi le coteau. Le calcaire de Comblanchien est ainsi omniprésent dans le sous-sol. On compte nombre de carrières encore en exploitation dans le coin (et nous sommes tout proches de la fameuse Karrière de Villars-Fontaine). Cette roche très compacte s’étire sur le front de taille jusqu’à la carrière souterraine des Perrières au milieu de l’appellation. C’est la zone des climats premiers crus Pruliers, Roncières ou Poirets. Un peu plus au sud, la combe des Vallerots fixe un nouveau cap géologique : le calcaire blanc y est dominant, formant des petits ronds semblables à des œufs de poissons (oolithes). Viendra enfin le calcaire rose de Prémeaux, un peu moins dur, reconnaissable par sa teinte gris-rosé et ses rognons siliceux (chailles).

Combe

La combe des Vallerots joue un rôle micro-climatique et géologique essentiel : cette trouée apporte fraicheur et cailloutis liés à des milliers d’années d’érosion. La structure du sol s’en retrouve différente. Les vins qui y naissent sont généralement plus amples, avec un ossature tannique mais assouplie par une exposition favorable : on est en présence des premiers crus remarquables d’élégance : Vaucrains, Cailles, Chabœuf… Au pied du coteau, les argiles commencent à succéder au calcaire. Ils sont marqués par l’oxyde de fer, de couleur rougeâtre. Ici s’épanouit le légendaire climat des Saint-Georges.

La partie centrale de l’appellation, qui se prolonge au sud avec Prémeaux-Prissey. © BIVB

Hautes-Côtes

Les Hautes-Côtes, qu’elles soient de Nuits ou de Beaune, échappent rarement à la caricature. On les définit volontiers comme « l’autre Bourgogne », ce pays des vignes hautes et des esprits libres. Il y a un peu de ça, tout de même. Menacé de disparaître, le vignoble des Hautes-Côte de Nuits a conservé une identité à part, entre combes et collines, grâce à des vignerons patients et inspirés. De la côte de Gevrey-Chambertin jusqu’au bois de Corton, ces quelque 760 hectares (rouges et rosés en majorité) de vignes « de l’autre coteau » profitent de belles expositions et d’une part de spiritualité indéniable. On est ici au pays des sires de Vergy et de l’Abbaye de Saint-Vivant.

Clos

Prémeaux-Prissey (qui n’a pas d’AOC communale propre) termine l’appellation au sud. Son terroir est principalement composé de clos, souvent en monopole. Partout ou le regard se pose, il est arrêté par des murs de pierre ou des portes indiquant leur appartenance. Avant le village, le clos des Forêts Saint-Georges (7ha) se distingue. Monopole du domaine de l’Arlot, on appelle plus communément ce climat Les Forêts, car il n’a de clos que le nom. Viennent ensuite le clos des Corvées (monopole domaine Prieuré-Roch), que l’on trouve aussi ailleurs sous le nom de clos des Corvées Pagets ou Corvées Pagets. Plus près des maisons, le confidentiel clos Saint-Marc (0,93 ha, plus petit monopole du village, propriété du domaine Rion) est à touche-touche avec le bien plus grand clos des Argillières (ou Les Argillières tout court). À la sortie du village, le Clos de l’Arlot (monopole du domaine éponyme) et le Clos de la Maréchale referment la marche. Ce dernier constitue le plus grand monopole de Côte-d’Or (9,5ha). La famille Mugnier en avait fait l’acquisition en 1902, avant de la céder sous contrat de fermage durant un demi-siècle. Si bien qu’à la réintégration du clos dans le giron familial, en 2003, le domaine est passé d’un coup de 4 à 14 hectares !

Prémeaux-Prissey et ses clos. © BIVB Aurélien Ibanez

Saint-Georges

« Le Saint-Georges est supérieur aux autres vins de cette côte (…) il doit cette qualité à deux causes : la première, c’est que le vin du Saint-Georges ne se fait qu’avec des raisins de ce climat ; la seconde, c’est sa belle exposition. Mais quant aux qualités intimes du vin, c’est la même chose. Le Saint-Georges a seulement plus de finesse, plus de bouquet et beaucoup plus de délicatesse », avance déjà le docteur-agronome Denis Morelot dans Statistique de la Vigne dans le département de la Côte-d’Or (1832). En 1892, Nuits-sous-Beaune prend son indépendance, intégrant le nom de son cru le plus prestigieux, elle devient Nuits-Saint-Georges. Toutes les communes de la côte (Gevrey et son Chambertin, Vosne et sa Romanée…) ayant opéré ce rapprochement ont vu leur climat de cœur sacré grand cru dans les années 1930, à l’heure des AOC. Toutes, sauf une… Pour un faisceau de raisons extérieures à sa qualité – la rigueur des anciens étant une partie de l’explication – le climat des Saints-Georges n’a jamais obtenu la distinction suprême. Identifié dès 1110, idéalement positionné au milieu du coteau, dans un secteur argileux, ce climat délivre des vins que l’on décrit volontiers comme puissants, racés, austères dans leur prime jeunesse. Ils méritent patience et compréhension avant que leurs tannins ne s’arrondissent et que la fraîcheur du fruit ne revienne à la surface. Un climat de seigneur assurément.

Les Perrières

Les Perrières sont partout chez elles en Bourgogne. Gevrey, Beaune, Meursault, Pommard, Corton, Pouilly-Fuissé… Normal : le mot évoque la pierre, cette si précieuse pierre extraite au nom des bâtis vignerons (murs, cabottes, celliers…). À Nuits, c’est pareil : le seul premier cru en blanc de l’appellation se situe non loin de la route des carrières de Chaux, qui date du XIXe siècle, et traverse un ancien district carrier. La carrière des Porrets n’est pas loin. Son calcaire blanc se retrouve dans de nombreuses habitations du village. Les murs immaculés de l’église Saint-Symphorien en attestent. Le cellier et la cuverie du château du Clos de Vougeot peuvent en dire autant. L’oolithe blanche, transformée sous forme de plaquettes, s’est aussi retrouvée sur les toitures traditionnelles en lave, comme c’est également le cas dans la demeure de la confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Climat bourguignon s’il en est, « Les Perrières » fait directement écho à la minéralité omniprésente à Nuits-Saint-Georges. © Michel Joly

Les Didiers

Il s’agit du monopole du domaine des Hospices de Nuits. Sur 2,5 hectares, contigüe aux Saint-Georges sur toute sa hauteur, ce premier cru est l’un des climats nuitons les plus nobles avec également les Vaucrains, les Cailles, les Pruliers… Les Didiers évoque aussi le nom de l’un des deux nouveaux Ehpad de l’hôpital Saint-Laurent, avec Les Vignerondes, autre climat situé plus au nord, côté Vosne. Riches de sens et de sensualité sont nos climats !

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