Le jour où la Lino a relancé le mythe d’une cité dijonnaise antique

On connait mal l’histoire du peuplement de Dijon avant l’établissement de son castrum romain (IIIème siècle). En 2009, la découverte par les archéologues de l’Inrap d’un faubourg « industriel » sous le chantier de la Lino a relancé la question de l’existence d’une cité archéodijonnaise perdue. Une hypothèse séduisante, à prendre avec des pincettes… Immersion dans les racines celtes de la ville, dont la saga sur 20 siècles est à dévorer dans le Bourgogne Magazine n°52 !

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D’après Eric Chariot
Issu du dossier « Dijon, 20 siècle d’urbanisme »
Pour Bourgogne Magazine n°52
Photos : Inrap Dijon

Et si on jouait les archéo-Sherlock un moment ? Menons l’enquête sur le chantier de la Lino. Voici notre enquêteur en chef, Régis Labeaune, archéologue à l’Inrap (Institut national pour la recherche en archéologie préventive) et responsable des fouilles.

D’abord le lieu de l’action. La Peute-Combe, un lieu étroit, enserré entre deux collines, balayé sans cesse de vents mauvais et humides, étouffé régulièrement par les glissements de terrain. Pourquoi une poignée de Gaulois, 14 bâtiments en tout dont 7 d’habitation, s’est-elle installée là en 500 avant J.-C. ? Elle n’y est restée qu’une cinquantaine d’années, découragée sans doute par les conditions climatiques, mais aussi – on en découvre les traces sur les ruines – par l’avancée de la pente, qui obligeait régulièrement à consolider les murs pour éviter l’effondrement des baraquements. Alors bien sûr, à première vue quel intérêt ? Un tout petit village, rapidement abandonné, pas de pièce sublimissime à mettre dans un musée, pas de trésor incroyable à montrer, juste 2 kilos de ferrailles tordues récoltées dans les fouilles…

Quelques énigmes nous surprennent pourtant. Par exemple, ce village ne pouvait pas vivre en autonomie. Les silos aménagés pour le stockage alimentaire ne pouvaient en aucun cas permettre à cette population de subvenir à ses propres besoins. Elle devait forcément dépendre d’un ensemble plus grand qui lui fournissait de quoi vivre et avec lequel elle avait des échanges.

2 kilos de ferrailles tordues : tout un trésor !

3255_photo_ges-dijon2009-2Les fouilles révèlent aussi d’autres indices. Ici les traces d’un foyer, là, des pièces « ratées » de métallurgie, mises au rebut. Tout cela témoigne d’une activité industrielle, avec des métiers bien identifiés : forgeron, bijoutier, tisserand… Pas d’œuvre grandiose certes, mais ce n’est pas chez l’artisan que l’on retrouve ses plus belles pièces : il les a vendues. On ne découvre donc ici que des objets défectueux, dont les défauts nous renseignent sur les modes de production.

Boucles de ceintures, fibules, épingles… On devait confectionner ici des vêtements, des bijoux, des armes. Pour qui ? La découverte d’un morceau de parure de char nous éclaire. Dans les sociétés celtes, les riches dignitaires se faisaient enterrer avec un char complet, richement orné. On en a retrouvé près de 200 en Champagne-Ardenne. Un des plus beaux exemples est celui de la princesse de Vix, au nord du département, tout à fait contemporain de notre site de la Peute-Combe.

Résumons : nous avons là une sorte de « zone industrielle » qui semble rattachée à une ville ou un village plus grand, et qui fournit sans doute des personnes importantes. Seraient-ce les ateliers officiels d’une riche bourgade, fonctionnant sur le modèle des villages gaulois, avec un prince ou une princesse comme à Vix ? Dans cette hypothèse, il aurait existé dans la région dijonnaise une principauté celte plus importante qui fut l’ancêtre de Divio. Tout porte à le croire, mais mettre la main dessus est une autre question…

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