La Noue, 40 ans d’apprentissage(s)

À l’origine exploitation fermière sur un terrain inondable, La Noue avait tout d’un terrain fertile pour faire germer une graine d’apprentis. 25 000 au total, rien que ça. Alors qu’une nouvelle ère est promise au CFA, devenu tout récemment l’École des Métiers, retour sur quarante ans d’apprentissage(s).

Par François-Marie Lapchine
Photos d’archives : Danièle Dailloux

Bien avant la construction du CFA, le site de la Noue était considéré comme une terre à inondation (d’où l’origine gauloise de son nom) et l’un des lieux de passage de l’invasion romaine. La ferme de La Noue, qui existe encore aujourd’hui, apparaît au XIVe siècle, sous le règne de Charles VI, dit le Bien Aimé. À peine un siècle plus tard, on découvre que son propriétaire, Jean de Saulx, chancelier de Bourgogne, payait pour sa grange une redevance au seigneur de Dijon de cinq esmines (mesures de grains) par an.

Côté paysage, non loin de la ferme, deux rangées de maisons bordaient la route, la zone la moins instable. Autour, on découvrait quelques arbres fruitiers, du chaume, de la sauge et de l’herbe à chats (la cataire), sans oublier les cultures maraîchères et les vignes qui feront la renommée du lieu. On venait à La Noue pour chasser, acheter des fruits et des légumes et goûter le vin, celui qui ne se consomme que sur place ! Au XVIIIe siècle, si le servage de corps était aboli, les paysans restaient encore accablés par les droits féodaux. Quelle histoire et quel terreau d’activités prédestinés pour, près de trois siècles après, voir germer la graine de l’apprentissage et d’un savoir-faire libre, partagé et productif !

Électricité, mécanique et carrosserie

Jusqu’à la Révolution, les jeunes sont pris en charge par les corporations qui deviendront, beaucoup plus tard, les syndicats professionnels. Un système aboli en 1791 par la loi Le Chapelier. La France sera alors le seul pays en Europe à vouloir séparer enseignement technique et production. Créées en 1925, les chambres de métiers se chargeront de l’organisation de l’apprentissage, du contrat à l’examen de fin de formation, le CAP (certificat d’aptitude professionnelle), sans pour autant régler le problème de la rémunération des apprentis et de leur formation.

À l’époque, les cours se feront principalement par correspondance et le soir après les heures de travail. En Côte-d’Or, dans les années 60, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dijon proposera des cours théoriques dans des locaux appartenant à la ville et des cours pratiques à l’atelier-école de Longvic, avec au programme, électricité, mécanique et carrosserie.

1976, et La Noue s’éveilla

En 1966, les premiers Centres de Formation d’Apprentis voient le jour. Très vite, leurs effectifs passent de 350 000 à moins de 250 000. En cause, les filières artisanales, délaissées au profit du baccalauréat général. Pour contrer cette chute inexorable, suite à un accord professionnel, le 16 juillet 1971, est votée la loi Delors. Elle intègre le financement des employeurs pour la formation technologique et organise la formation continue. Mais la chute des contrats d’apprentissage va se poursuivre jusqu’en 1975…

Action, réaction : après avoir présenté plusieurs études et projets, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dijon prend l’initiative de la création du CFA La Noue. Les travaux débutent en 1975 sur la zone industrielle de Longvic. Les nouveaux locaux ouvriront leurs portes aux apprentis du département le 12 janvier 1976 et seront inaugurés le 23 avril de la même année. Objectif pour les entreprises : compléter la formation des jeunes en contrat d’apprentissage. À l’ouverture, ils seront 1 200, venus pour se former à une trentaine de métiers. Au départ, on ne compte que quatre bâtiments, celui de l’administration et des salles de cours, celui des métiers de bouche, du foyer et du self, les ateliers, et un premier bâtiment d’hébergement. Une annexe fonctionne à Beaune pour la mécanique auto, la vente et la cuisine.

Le jour de l’inauguration du CFA La Noue, des centaines de jeunes découvraient une école tournée vers l’apprentissage. Avant d’enfiler, pour certains, leur habit de travail et de se confronter aux métiers de bouche, de mécanique, de beauté…

Difficile décollage

1978,  phase deux avec la construction du gymnase, d’un atelier mécanique auto, d’une extension pour deux salles de cours et d’un deuxième bâtiment d’hébergement.
En 1984, le CFA, alors géré par la CCI, choisit d’être indépendant en créant l’AGD, Association de gestion et de développement, qui assure la gestion et le financement du centre. Elle a pour but également de favoriser l’apprentissage et l’accueil de personnes en difficulté pour toutes ces activités (industrielles, artisanales, commerciales et agricoles). Suite à la loi sur la régionalisation qui donne compétence aux régions en matière d’apprentissage, l’AGD du CFA La Noue va signer une convention avec le Conseil régional qui lui assurera une subvention pour son fonctionnement et ses investissements. L’apprentissage est le premier secteur d’intervention des conseils régionaux. Malgré toutes ces nouvelles applications et les efforts de tous les partenaires, les effectifs ne décollent pas. Même la loi du 23 juillet 1987 portée par Philippe Seguin, alors ministre des affaires sociales et de l’emploi, n’enraye pas la baisse du nombre d’apprentis. Tout juste change-t-elle notre regard sur la formation, en ouvrant l’accès à l’apprentissage à tous les diplômes, du CAP à celui d’ingénieur.

À la croisée des chemins

Au carrefour de ces constats, La Noue plie mais ne rompt pas. La diversité de ses formations permet d’atteindre dans ses meilleures années plus de 1 900 apprentis. Rattrapé par de sérieuses difficultés économiques au cours de ces 15 dernières années, il doit vite innover et faire des choix. Avec le nouveau directeur Alain Tomczak dès 2013, l’association de gestion de développement met en pratique un véritable plan de redressement. Il faut restructurer le centre et réduire le nombre des filières si l’on veut retrouver l’équilibre. Le CFA, qui accueille alors 1 500 jeunes, doit très vite adapter ses formations aux nouveaux besoins des entreprises.

Cofinancé par le Conseil régional, le fonds social européen, certaines entreprises (par l’intermédiaire de la taxe d’apprentissage), les membres de l’association et les organismes consulaires, l’établissement opère son grand changement. Pour son 40e anniversaire, en 2016, le CFA s’offre un projet de renouveau sur cinq ans. Modernisation des locaux, du bâtiment des métiers de bouche, agrandissement de l’accueil, nouvelle installation des ateliers de fleuristerie, de couture, d’optique-lunetterie… Tous seront équipés des matériels les plus performants. Les bâtiments d’hébergement sont aussi en pleine mutation, ils vont devenir de véritables hôtels avec 150 chambres individuelles. Il sera possible de les réserver, même pour une nuit, et ainsi pouvoir accueillir d’autres étudiants venus de France et de l’étranger.

Surtout, cette impressionnante transformation arrive à point nommé, alors que l’apprentissage voit ses grilles de lectures complètement transformées. Il sera temps, au gré des grandes nouveautés de l’École des Métiers, de le mesurer.

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