Quelques 40 000 animaux de compagnie sont victimes d’abandon chaque été, dont beaucoup sur des aires d’autoroutes. La société APRR (Autoroutes Paris Rhin Rhône) s’engage pour la quatrième année de suite auprès de la Société protectrice des animaux via le hashtag #APRRcontrelabandon.

L’abandon d’animaux sur les aires d’autoroute en France est encore une pratique courante, contrairement à ce que l’on peut imaginer. L’été en est le pire des symboles. © D.R

« À l’heure où les refuges sont saturés, faisons de cet été post Covid-19 le premier sans abandon d’animaux sur nos autoroutes », déclarait Philippe Nourry, président-directeur général d’APRR, dans une tribune publiée le 5 juillet dernier sur le HuffPost. Une promesse vaine, tant le mal est profond et la pratique répandue, mais révélatrice de la volonté d’APRR d’apporter sa pierre à l’édifice pour construire durablement un avenir sans souffrance animale. 

« La désinvolture joue un grand rôle dans l’abandon sur la voie publique ou dans la nature (un acte qui relève du délit pénal). Cela provient de l’idée reçue qu’il n’est pas grave d’abandonner son animal sur une aire d’autoroute, par exemple, car il y aura bien quelqu’un pour le recueillir », poursuit la tribune, cosignée par Jacques-Charles Fombonne, le président bénévole de la Société protectrice des animaux (SPA). Il est vrai que ce n’est malheureusement pas le salaud de service qui abandonne, c’est le voisin, le cousin, madame ou monsieur Tout-le-Monde… et que les changements de comportement ne se feront pas sans éducation. 

Abandon d’animaux sur l’autoroute, fruit d’idées reçues

En attendant, la SPA fait dans le pragmatisme en proposant aux propriétaires souhaitant se débarrasser de leur animal domestique des rendez-vous dans ses refuges afin de le faire dans de « meilleures conditions ». Car tout animal trouvé sur la voie publique doit suivre un parcours du combattant : confié à la fourrière par le maire ou la gendarmerie, où son maitre a huit jours pour le récupérer, il sera ensuite conduit dans un refuge de la SPA pour une possible adoption, voire une euthanasie, exclusivement en cas d’impératif comportemental ou médical. Réel facteur de souffrance, cette épreuve est forcément traumatisante pour un chien ou un chat, sans même parler des mauvais traitements ou des mutilations que certains subissent, pour faire disparaitre leur tatouage par exemple.

Les aires d’autoroutes pet friendly sont un signe encourageant pour éviter l’abandon d’animaux. Changer les mentalités demeure un long voyage. © D.R

Patrouilleurs sauveteurs

Sur le terrain, ce sont les patrouilleurs des autoroutes du groupe APRR qui sont directement confrontés au problème : « Je trouve au moins trois ou quatre animaux abandonnés chaque été, un chiffre relativement constant depuis plusieurs années. Ça parait peu comme ça, mais multiplié par le nombre de patrouilleurs qui interviennent sur le réseau, ça fait beaucoup, beaucoup trop, témoigne Bruno Chapel, qui intervient depuis 30 ans sur l’A6 autour de Pouilly-en-Auxois. En tout cas, on ne prend jamais ça à la légère, autant par rapport à la vie de l’animal qu’on prend en charge, qu’à la sécurité des automobilistes, car la divagation d’un chien ou d’un chat à proximité d’une voie d’autoroute constitue un réel danger. » 

 « Je trouve au moins trois ou quatre animaux abandonnés chaque été. Ça parait peu comme ça, mais multiplié par le nombre de patrouilleurs qui interviennent sur le réseau, ça fait beaucoup trop. »

Parfois, heureusement, l’histoire finit bien : « L’an dernier, j’ai trouvé un adorable petit chien bâtard attaché à un arbre sur une aire de services, qui m’a fait la fête quand je me suis approché de lui. Comme le veut la loi, ce sont les gendarmes qui l’ont pris en charge avant qu’il atterrisse à la SPA en attente d’une hypothétique adoption. C’est alors que j’ai proposé à un couple d’amis qui venait de perdre leur chien de le prendre. Et ça a marché ! Il ont fait les démarches nécéssaires pour récupérer ce petit chien baptisé Tomy qui leur a tout de suite plu. C’est une grande satisfaction de savoir qu’il a retrouvé une famille et qu’il vit heureux désormais. » 

100 000 euros récoltés en trois ans

La communication digitale d’APRR prend également le relais cet été. Depuis le 20 juin, une vaste campagne de sensibilisation est diffusée sur les réseaux sociaux, qui prévoit le versement d’un euro à la SPA à chaque partage de la vidéo par les internautes, avec un objectif de 40 000 euros collectés, ce qui représente l’équivalent de 80 000 repas pour les animaux. « Fin juillet, nous en étions déjà à près de 30 000 partages (ndlr, l’objectif a été atteint le 21 août), précise Nicolas Contant, chef du pôle Communication digitale chez APRR. D’ores et déjà, nous avons récolté 100 000 euros ces trois dernières années pour la SPA, un montant qui correspond à la prise en charge complète de 500 chiens, de leur recueil à leur adoption. » 

En 2020, la campagne de sensibilisation #APRRcontrelabandon s’appuie aussi sur le système de navigation Waze, qui comptabilise plus de 13 millions d’utilisateurs en France. Tout au long du trajet de l’automobiliste, les pins sponsorisés habituellement présents dans l’application afficheront de vrais animaux ayant été abandonnés sur les aires d’autoroutes à proximité, avec le témoignage des patrouilleurs qui les ont sauvés. Sur les aires d’autoroutes de Mâcon Saint-Albain, du Jura et de la Porte de la Drôme, des aires « pet-friendly » proposent notamment  des conseils sur l’éducation des animaux domestiques, et un parcours d’agility en libre-service pour s’initier au dressage canin tout en s’amusant. 

Autant d’actions qui, souhaitons-le, permettront de donner à la SPA plus de moyens pour assurer sa mission d’urgence face à l’abandon récurrent d’animaux domestiques durant la saison estivale. Et, plus durablement, de changer les mentalités afin que le bien-être animal soit mieux pris en compte. Même par l’autoroute, le trajet risque d’être encore long…   

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