Qui est Antonella Zedda, directrice de l’Opéra de Dijon ?

Directrice de l’Opéra de Dijon depuis l’automne 2025, Antonella Zedda se glisse modestement dans les pas de ses prédécesseurs, tout en affichant un style ouvert et généreux. L’ancienne violoniste signe à la pointe de son archet le « cœur battant » de l’Auditorium et du Grand Théâtre. 

Antonella Zedda est directrice de l’Opéra de Dijon depuis l’automne 2025. ©Edouard Barra/Opéra de Dijon

Orchestre des Champs-Elysées, Salle Pleyel, Philharmonie de Paris, Palazzetto Bru Zane à Venise : comment Dijon s’est-elle glissée dans cette belle partition ?

Je vais vous faire un aveu : je n’avais jamais postulé nulle part avant Dijon ! Italienne, je suis arrivée en France il y a 25 ans pour des études de littérature comparée à la Sorbonne, en me spécialisant parallèlement dans les instruments d’époque, parce que j’étais violoniste. J’ai travaillé à la coordination artistique de l’Orchestre des Champs-Elysées au début des années 2000. J’y ai découvert l’Auditorium de Dijon et ai trouvé le lieu incroyable, avant de découvrir le Grand Théâtre, en 2023, à l’occasion d’une production du Palazzetto Bru Zane. Quand l’annonce de recrutement est parue, je me suis dit qu’il fallait y aller !

Diriger l’Opéra de Dijon semble être, depuis de longues années, un exercice délicat. En avez-vous conscience ?

J’ai un regard positif et confiant. C’est une maison magnifique, les bases et les fondations sont solides, le soutien des tutelles a été indéfectible jusque-là, les équipes sont passionnées et expérimentées. La structure à deux salles, entre l’Auditorium et le Grand Théâtre, permet un champ d’actions très large. Pouvoir programmer de la musique de chambre ou des petits formats jazz au Grand Théâtre, et profiter d’un opéra, d’un concert symphonique ou d’un spectacle de danse dans une salle dont la qualité est reconnue nationalement, qui plus est en cœur de ville, c’est une chance. 

Comment s’approprier une programmation que l’on découvre ?

La saison 2025/2026 a été programmée par l’équipe précédente et je trouve que c’est une très belle saison. La suivante sera hybride, car l’opéra se programme deux à trois ans à l’avance. J’espère pouvoir commencer à intégrer quelques projets, faire des tests. Puis viendra 2027/2028, qui sera ma première saison, ou plutôt la nôtre, avec toutes les équipes. On ne travaille jamais seuls.

« Cœur battant » est le projet que vous avez porté dans le cadre de votre candidature. 

L’Opéra doit être un moteur de la programmation culturelle de la cité. Ce cœur bat toute l’année. Je ne vais pas tout révolutionner, mais ai l’intention d’ouvrir l’Opéra à la création, chercher des formats légers, comme cela se fait partout en France et en Europe. Je veux aussi amplifier le projet de chœur éphémère, aller chercher les pratiques amateurs aussi. Et surtout renforcer les collaborations avec les autres acteurs culturels. 

Dijon est-il un endroit idéal pour cela ?

Dijon peut s’appuyer sur une politique culturelle volontariste, très précieuse de nos jours. Le contexte économique est difficile, les subventions locales sont toutefois stables heureusement, mais les coûts augmentent. Le fait de créer des synergies pourra nous aider à porter ensemble des projets qui autrement ne peuvent pas exister. Cela vaut aussi pour la production lyrique. Je crois beaucoup aux coproductions.

Échange et ouverture, telle est votre marque de fabrique ?

Je rajouterais transmission. Nous devons nous adresser aux jeunes. Ils doivent être présents dans la programmation et dans la salle. Je pense qu’il peut y avoir une émulation pour des jeunes qui en voient d’autres sur le plateau, engagés dans une voie qui peut leur paraitre très éloignée. Je prends aussi l’exemple de l’atelier décor et costumes. C’est une chance d’avoir à Dijon ce savoir-faire, il faut absolument le conserver et en faire un axe de transmission fort. 

La jeunesse est donc un enjeu à part entière ?

Oui, il faut porter le bon message, avec du temps et de la médiation. Et rester attractifs avec des tarifs bas : 5,50 euros pour les étudiants, c’est un prix très bas par rapport au coût du plateau, mais c’est un investissement indispensable  à mon sens.

Sur un plan plus personnel enfin, avez-vous déjà quelques rituels ?

Lors de mes visites à Dijon, professionnelles ou personnelles, j’ai toujours trouvé qu’il y avait de bonnes ondes. J’ai très vite appris à découvrir le musée des Beaux-Arts, fantastique. J’aime aussi les halles, y faire mes courses. À la sortie de mon entretien, je suis allée directement voir la chouette, avec la main gauche comme on m’avait expliqué… La preuve que ça marche : je suis là devant vous !