Le confinement a profité à la télé du service public. France 3 Bourgogne-Franche-Comté se repositionne plus que jamais sur le terrain régional, dans la perspective d’une nouvelle grille dévoilée en janvier 2021. Samuel Peltier, un directeur régional fier de ses équipes, livre le récit d’une période décidément peu ordinaire.

En poste depuis septembre 2017, Samuel Peltier, le directeur régional de France 3 Bourgogne-Franche-Comté, mesure les efforts de la « grande famille de la télévision » pour poursuivre sa mission. / © C.Remondière

France 3 Bourgogne-Franche-Comté est une entreprise avec 220 personnes à bord. Comment la tornade du confinement a-t-elle été gérée ?
Samuel Peltier : La gestion de cette crise par France Télévisions a été exemplaire. Les bonnes décisions ont été prises tout de suite. Avec la présidente Delphine Ernotte et Laurence Mayerfeld, directrice du réseau régional, nous avions deux priorités : protéger nos salariés et assurer notre mission d’information.
À France 3 BFC, nous avons donc décidé dès le 17 mars de faire un JT grande région en unissant les forces de nos rédactions de Dijon et Besançon, et de fermer une de nos deux régies en alternance. Ce qui nous a permis de mettre un maximum de salariés à l’abri du virus et de continuer à informer sur le web et à la télé avec un minimum d’effectif. Je tiens vraiment à saluer l’exceptionnelle mobilisation de nos équipes et leur incroyable capacité d’adaptation dans tous les métiers. Je suis très fier de leur travail. Nous avons réussi à remplir notre mission avec seulement 15 % du personnel sur site et un grand nombre à distance. Beaucoup de salariés ont dû se mettre au télétravail dans l’urgence.

Les habitudes de travail ont changé. Sommes-nous dans un changement durable des comportements et du management ?
L’organisation mise en place dans l’urgence n’a pas vocation à perdurer. À partir du mardi 2 juin, nous allons d’ailleurs reprendre nos JT par antenne pour assurer la couverture du second tour des municipales. À France 3 nous avons un rôle majeur à jouer dans cette campagne inédite qui va se passer dans les médias, crise sanitaire oblige.
France 3 sera la chaîne du débat. À partir du 15 juin, nous proposerons tous les soirs à 18 heures un débat de 40 minutes. Neuf débats en Bourgogne, autant en Franche-Comté jusqu’au second tour, et bien sûr une soirée électorale dimanche 28 juin avec les résultats, les commentaires, des réactions avec de nombreux invités.

La télévision est une grande famille et quand on est loin de la famille, on est toujours un peu triste.
Samuel Peltier, directeur régional France 3 BFC

L’impact sanitaire a aussi concerné votre personnel. Quelles conclusions en tirer ?
Nous avons eu des malades du Covid-19, heureusement pas de cas graves. Il a fallu aussi protéger les salariés vulnérables. Nous avons tous été impactés dans nos vies d’une manière ou d’une autre par cette épidémie. Au minimum par le confinement, qui n’a pas été une période facile à vivre quand on travaille à distance et que l’on perd ce lien social essentiel avec les collègues. Le télétravail c’est bien, mais cinq jours par semaine, c’est beaucoup. La télévision est une grande famille et quand on est loin de la famille, on est toujours un peu triste. Personnellement, le contact direct avec les équipes m’a beaucoup manqué. Je pense que je ne suis pas le seul. J’ai hâte de retrouver tout le monde !

On a vu des adaptations formidables des programmes. Pascal Gervaize, depuis son lieu de confinement, s’est transformé en Jean-Michel Jarre de la réalisation…
À circonstance exceptionnelle, dispositif exceptionnel ! Nous avons voulu garder un lien avec les téléspectateurs de l’émission Ensemble c’est mieux, d’abord sur internet puis désormais avant les JT. En version confinée, depuis chez lui, Pascal posait les questions des internautes à ses experts avocat, jardinier, cuisinier, psychologue, coach, etc. Des questions qui concernaient tout le monde pendant le confinement. Je vous rassure, Pascal n’a pas l’intention à la rentrée de réaliser tout seul son émission. Merci à lui de l’avoir fait. Il sera très heureux en septembre de retrouver une régie et son plateau.

L’arrivée de Bouygues chez TF1 avait coïncidé avec l’émergence du « JRI », journaliste reporter d’images qui travaille seul ses sujets. Cette crise amène-t-elle d’autres remises en question du même type ?  
Durant cette crise, les équipes de reportage n’ont pas été réduites à une personne. Elles ont toujours été composées de deux journalistes avec des contraintes fortes sur le terrain : des masques, des perches pour respecter la distance avec les micros lors des interviews. Des conditions difficiles qui n’ont pas empêché nos équipes de faire un excellent travail pour raconter, décrypter et expliquer la situation et la vie en Bourgogne-Franche-Comté à l’heure du Covid-19.

Doit-on envisager des mutations de métiers techniques notamment ?
Cette crise nous a obligés à nous adapter, à nous réinventer. Il faudra en faire le bilan. Il y aura forcément des choses à garder. Mais France Télévisions n’a pas attendu ce moment pour s’engager dans une profonde transformation pour coller aux nouvelles attentes de ses publics. Une réflexion sur son organisation et ses métiers était engagée. Elle est pour l’instant mise entre parenthèses.

Delphine Ernotte semble vouloir revenir sur les menaces de fermeture qui pesaient sur France 4 et France Ô. Les deux chaînes ont fait preuve de leur utilité durant le confinement. Le coronavirus les a donc sauvées ?
France 4 a joué un rôle formidable en matière d’éducation. Elle a proposé tous les jours des cours aux élèves de primaire, du collège et du lycée. Tous les élèves n’ont pas internet, mais tous ont la télévision. L’école est arrivée jusqu’à eux grâce à France 4. 
Quant à France Ô, elle a aussi joué un rôle essentiel en Outre-mer. Delphine Ernotte demande donc le maintien de ces deux chaînes, dont le gouvernement avait prévu la fermeture en août prochain.

La vraie rentrée pour France 3 BFC aura lieu en janvier 2021. Ce sera une étape importante pour le développement de France 3 en régions.
Samuel Peltier, directeur régional France 3 BFC

Avant la crise, les stations régionales semblaient destinées à renouer comme jamais avec leur ADN territorial. Cette tendance ne fait que se renforcer, non ?
Le service public sort renforcé de cette crise. Il a prouvé une fois de plus son utilité. Il a su être au rendez-vous, proposer une information de qualité, des programmes éducatifs, mais aussi divertissants. Le besoin de proximité s’est fait ressentir encore plus. France 3 était là. Les téléspectateurs aussi. Ils ont plébiscité nos JT. Sur l’ensemble de la France, le 12/13 a gagné 600 000 téléspectateurs et 1 million pour le 19/20. La tendance se confirme pour nous.

Septembre ne sera pas une vraie rentrée pour la télé. Son nouveau visage se dessine plutôt à l’horizon 2021…
Oui, la vraie rentrée pour France 3 BFC aura lieu en janvier 2021. Ce sera une étape importante pour le développement de France 3 en régions. L’objectif est de développer les programmes régionaux et de devenir à terme une vraie chaîne régionale en Bourgogne-Franche-Comté. Une chaîne régionale avec des décrochages nationaux. L’inverse du modèle actuel.

Internet joue un rôle croissant en écho avec la diffusion traditionnelle. Nous allons vers une télé régionale à la carte. Quelle sera demain la place du petit écran et du canal traditionnel ?
Cette crise sanitaire vient de prouver que la télévision n’est pas morte. Malgré l’explosion d’internet et des réseaux sociaux, la télévision a repris sa place au cœur des foyers. Avec le confinement, sa consommation a augmenté d’une heure par jour. Et le public s’est rajeuni. À nous maintenant de continuer à donner envie de la regarder.   

Propos recueillis par Dominique Bruillot

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