Sully Santenov. À Dijon, la santé se donne un lieu pour changer d’échelle

Pensé comme un accélérateur de talents, d’innovations et de coopérations, le futur bâtiment Sully Santenov doit incarner le nouveau visage de la filière santé dijonnaise. À travers ce projet de 9 100 m², porté par Dijon Métropole et le cluster Santenov Dijon Bourgogne, la capitale régionale entend franchir un cap dans l’organisation, la visibilité et l’attractivité de son écosystème scientifique et industriel.

© Patriarche

À Dijon, la santé n’est plus seulement un secteur performant : elle se structure désormais autour d’un lieu. Avec le lancement du chantier de Sully Santenov, dont les travaux débuteront fin février, la métropole se dote d’un équipement conçu pour rassembler ce qui, jusqu’ici, fonctionnait surtout en réseau. « Nous sommes à la fin d’un premier processus et au début d’un nouveau », résume François Rebsamen, président de Dijon Métropole. « Ce projet ambitieux marque une étape décisive pour le développement économique et l’attractivité du territoire, au service de l’une de nos trois filières créatrices de valeur : la santé. »

Imaginé dès l’origine comme un bâtiment totem, Sully Santenov regroupera sur environ 9 100 m² le cluster santé, des infrastructures d’innovation, des espaces dédiés aux startups et trois écoles de formation aux métiers de la santé et des bio-industries. L’objectif est clair : décloisonner. « Écoles, acteurs de la recherche, entreprises à différents niveaux de maturité : toutes les expertises doivent se nourrir mutuellement », insiste François Rebsamen. « Le dialogue entre formation, recherche et monde économique est un enjeu clé de compétitivité. »

« Fédérer les forces publiques et privées dans le domaine de la santé »

Cette ambition s’appuie sur un socle déjà solide. Créé en 2021, le cluster Santenov est devenu Santenov Dijon Bourgogne après sa fusion avec BFCare. En un an, il a structuré et animé un écosystème porté notamment par l’université Bourgogne Europe et le CHU de Dijon, premier employeur public de la région. « Notre ADN, c’est de fédérer les forces publiques et privées dans le domaine de la santé », explique Pascal Auzière, président de Santenov. « Plus de 1 000 chercheurs travaillent dans les laboratoires bourguignons. Il était temps qu’ils rencontrent davantage les entreprises. »

Car le tissu économique est à la hauteur. La filière santé représente près de 14 000 emplois publics et privés sur la métropole. Autour de grands noms comme Urgo, premier employeur privé local avec 1 200 salariés, Delpharm, Crossject ou AdhexPharma, gravitent 170 entreprises privées du médicament et des services associés. « Elles sont en progression de 12,5 % depuis 2019, ce qui est un vrai signe de dynamisme », souligne Pascal Auzière. Au total, près de 9 000 collaborateurs génèrent un chiffre d’affaires cumulé d’environ 9 milliards d’euros.

Sully Santenov entend devenir le point de convergence de cet écosystème. Le bâtiment accueillera une vingtaine de startups, accompagnées notamment par le Génopôle, ainsi que plusieurs centaines étudiants formés sur le territoire aux métiers de la santé, de la médecine à l’ingénierie, en passant par la formation professionnelle continue. « Aujourd’hui, nous n’avons pas de lieu pour nous retrouver, échanger et symboliser la qualité de l’écosystème », observe Pascal Auzière. « Ce bâtiment envoie un message fort sur l’attractivité des métiers de la santé. »

Un pôle formation

Les trois écoles qui s’y installeront illustrent cette diversité de parcours. L’EBI, école de biologie industrielle, y ouvrira son premier campus hors de Cergy, avec 1 300 m² dédiés et un objectif d’environ 180 étudiants. « Ce projet s’inscrit dans notre développement national », souligne sa direction. Le groupe IMT, spécialiste de la formation aux processus pharmaceutiques et industriels, formera principalement des techniciens et opérateurs de production. Le CESI, déjà implanté à Dijon depuis 2014, investira 3 500 m² pour développer ses formations d’ingénieurs et de cadres, du bac+3 au bac+8. « La cohérence de l’ensemble autour de la thématique santé est remarquable », assure Benoît Thomazo, directeur général de Walter.

Cette filiale de l’agence d’architecture Patriarche assurera l’exploitation et l’animation du site. « Le bâtiment est pensé pour une forte intensité d’usage », explique Damien Patriarche, président de l’agence. « Un même mètre carré sera utilisé bien plus qu’un mètre carré classique : c’est de la vraie écologie. » Le rez-de-chaussée sera dédié à l’animation, aux événements, aux séminaires et à la restauration. Les niveaux intermédiaires accueilleront les écoles, tandis que les étages supérieurs proposeront des plateaux de laboratoires « plug & work » pour des projets sur cycles courts, puis des espaces plus pérennes pour des entreprises matures. « L’idée est de permettre aux startups de grandir sans quitter le territoire », résume Benoît Thomazo.

Un investissement public de 16 millions d’euros

Le projet repose sur un partenariat public-privé et un montage financier qualifié de « complexe mais réussi » par ses promoteurs. Les investisseurs sont réunis au sein de la société Santenov Sully 4A, associant Batifranc (25 %), la Banque des Territoires (31 %), Patriarche et la Caisse de Crédit Agricole (31 %). « Batifranc est un investisseur bancaire de long terme, engagé au service des territoires », précise Jean-Christophe Lagrange, qui représente les investisseurs. Le bâtiment sera réalisé par Bart et Léon Grosse, avec des façades en bois biosourcé conçues par Techniwood, récemment intégré au groupe.

Côté public, Dijon Métropole est fortement engagée, aux côtés de la Région Bourgogne-Franche-Comté. « Nous avons signé avec la Métropole un programme « Territoires en actions » à hauteur de 16 millions d’euros », rappelle Arnaud Marthey, conseiller régional. « Sur Sully Santenov, la Région contribue notamment à l’animation du lieu à hauteur de 650 000 euros. »

Au-delà du béton et des mètres carrés, Sully Santenov se veut une vitrine et un levier. « C’est un outil stratégique pour l’innovation », résume François Rebsamen. « Un lieu capable de rendre visible la puissance scientifique et médicale du territoire, et de préparer la filière santé dijonnaise à franchir une nouvelle étape. »