Stéphan Bourcieu : « BSB marchera sur deux jambes à Dijon et Lyon »

Le directeur général de Burgundy School of Business (BSB) est dijonnais depuis plus de quinze ans mais lyonnais de cœur. Avec J’ai toujours préféré la rue Édouard Herriot, Stéphan Bourcieu fait découvrir la grande et petite histoire de sa ville sous un angle intime. Cela sans perdre de vue les grands enjeux territoriaux de son école, justement destinée à devenir bi-campus entre Dijon et Lyon. Entretien en descendant la Saône. 

Stéphan Bourcieu dirige BSB – Burgundy School of Business depuis 2006. Une expansion du campus lyonnais né en 2013 est prévue ces prochaines années. © Sensation Web

DijonBeaune.fr : Les directeurs de grandes écoles écrivent plutôt des odes à la réussite qu’à leur ville d’origine. Pourquoi cet ouvrage ?
Stéphan Bourcieu : Je n’ai pas écrit cet ouvrage en tant que directeur d’école mais en tant que Lyonnais de cœur. J’aime ma ville depuis cinquante ans. Et j’ai souhaité partager avec les Lyonnais comme les non-Lyonnais ma vision, mon expérience, ma curiosité sur Lyon. C’est une ville extraordinaire par son destin, par son histoire, par son patrimoine, par sa géographie – trois cours d’eau : le Rhône, la Saône et le Beaujolais ! –, par ses personnalités… mais aussi par des choses du quotidien qui m’ont marquées.

Un peu d’anthropologie. Un Lyonnais n’est pas un Dijonnais et vice versa. Les distinguez-vous dans la façon que chacun a de vivre sa ville ?
Il n’y a pas un Lyonnais mais des Lyonnais. De même, il n’y a pas un Dijonnais mais des Dijonnais, même si la diversité est probablement moins grande car le brassage est moins fort. Dans les deux cas on peut noter un attachement très fort à la ville avec une petite différence : le Lyonnais est exclusivement lyonnais – il n’est ni rhodanien, ni rhône-alpin – alors que le Dijonnais est « fier d’être bourguignon ». Je crois même que cela se dit en chantant

Lyon et Dijon se partagent le statut de Cité de la gastronomie, avec plus ou moins de bonheur pour l’instant. Quel est votre regard sur chacune ?
Je connais mal la Cité de la gastronomie lyonnaise donc il m’est difficile de comparer. La seule chose que je peux dire sur la Cité lyonnaise, c’est que l’Hôtel-Dieu est un lieu magique. Maintenant, il s’agit de lui donner une nouvelle âme*… Dans un Hôtel-Dieu, cela doit être jouable. Sur la Cité de la gastronomie et du vin dijonnaise, c’est un lieu où je vais régulièrement et que j’apprécie. La dimension expérientielle est essentielle dans l’approche de la gastronomie. Plus elle sera présente, plus le lieu sera attractif.

📚 J’ai toujours préféré la rue Édouard Herriot, par Stéphan Bourcieu, éditions Baudelaire, 112 pages, 13 euros.

La gentille cité des ducs est devenue une métropole à la mode, qui revendique un certain appétit. Depuis que vous la connaissez, quel changement vous a le plus marqué ?
Que de changements en 17 ans ! Le tramway a changé beaucoup de choses dans la structuration de la ville, tout comme la piétonisation du centre-ville. L’université et les écoles ont beaucoup progressé également avec une belle visibilité internationale. Enfin les investissements réalisés comme le Musée des Beaux-Arts, la piscine olympique, le stade Gaston-Gérard ont permis à Dijon de rattraper son retard en matière d‘équipements par rapport à d’autres métropoles. Ne manque plus qu’une patinoire digne de ce nom. Dijon a tout d’une grande.

Sur quel terrain peut-elle encore progresser ?
Se faire connaître au niveau national en particulier. L’enjeu est vraiment de donner une notoriété plus forte à notre métropole, elle le mérite. Il me semble qu’il faut continuer d’agir sur tous les leviers : culture, enseignement, sport, économie, écologie, qualité de vie – un vrai atout – et peut-être pousser les curseurs dans un domaine en particulier (un grand événement récurrent ?) pour obtenir une réelle visibilité nationale.

Vous avez intégré le bureau de Dijon Bourgogne Invest. Cette nouvelle agence d’attractivité a-t-elle vocation à se rapprocher des écoles dijonnaises ?
Je suis vice-président de DBI en charge de l’enseignement supérieur. Le simple fait que le président Jean-Philippe Girard, en accord avec le président de la Métropole François Rebsamen, ait souhaité nommer un vice-président avec cette prérogative dit toute la volonté de mettre en avant les écoles et l’université comme des atouts au service de l’attractivité du territoire. C’est un signal très fort ! 

Depuis 2006, Wendie Renard est à l’OL, Stéphan Bourcieu à BSB. En général, les écoles restent et les directeurs passent… À quoi est due cette longévité ?
« J’ai toujours préféré Wendie Renard à Samuel Umtiti », c’est le titre d’un chapitre de mon livre. Quand Umtiti est devenu une vedette en 2016, il a quitté l’OL pour rejoindre le FC Barcelone. Wendie a choisi de rester à l’OL et d’en faire le Barça du foot féminin ! C’est autrement plus remarquable. Je n’ai pas la prétention de me comparer à Wendie Renard mais comme elle (et son boss Jean-Michel Aulas), je crois dans le temps long, dans la durée pour structurer les fondamentaux. Mais pour cela, il faut avoir du temps et cela nécessite d’avoir la confiance de sa gouvernance. J’ai eu la chance depuis 17 ans d’avoir affaire à des présidents de CCI et d’école remarquables, toujours au soutien. Cela passe aussi par une équipe extraordinaire, investie, qui conserve son ADN d’humanité.

« Nous avions besoin d’un relai de croissance. Nous aurions pu aller à Hong Kong, à Casablanca ou à Paris. Nous avons choisi Lyon. »

BSB mise justement sur Lyon pour grandir. Quelles sont les vertus de cette stratégie territoriale ?
Dijon est fondamentale mais le marché régional est étroit. Nous avions besoin d’un relai de croissance. Nous aurions pu aller à Hong Kong, à Casablanca ou à Paris. Nous avons choisi Lyon. Pas que je sois Lyonnais amoureux de ma ville, mais parce que c’est une ville avec un potentiel de croissance très important et une concurrence qui reste supportable contrairement à Paris où toutes les écoles sont présentes et se bagarrent.

Cela concerne combien d’élèves ?
BSB comptait, en septembre dernier, 2400 élèves à Dijon et 850 à Lyon. À titre de comparaison en 2019 nous étions 215 à Lyon. Dans les années à venir, l’objectif est d’être à 2500 élèves à Dijon et 2000 à 2500 sur le campus de Lyon. À terme – 2028, 2030 ? – BSB marchera sur deux jambes équilibrées. Et peut-être que d’ici là nous aurons engagé d’autres projets de développement.

BSB va devenir une école de management bi-campus entre Dijon et Lyon. Sans oublier son antenne à Beaune, où est basée la School of Wine & Spirits Business (SWSB). ©D.R.

En traçant votre propre feuille de route, vous refusez de céder à la mode des fusions entre écoles françaises. Fierté lyonnaise ?
Peut-être, encore que le conseil de surveillance de l’école, très largement bourguignon est sur la même longueur d’onde. Nous n’avons pas voulu fusionner pour préserver l’ADN de notre école, cette culture de l’accompagnement et de la relation humaine qui n’est pas possible si l’on grandit trop et trop vite. 

Finalement, allez-vous toujours préférer la rue Sambin ? Ou en existe-t-il une autre à Dijon qui soit chère à votre cœur ?
Évidemment je suis très attaché à la rue Sambin, à tel point que nous réfléchissons actuellement à la manière de créer une « rue Sambin » sur le futur campus lyonnais que nous construisons et qui ouvrira en 2025. Mais entre nous, j’ai une tendresse particulière pour la rue des Godrans. La veille de mon premier jour à BSB en 2006, j’avais logé dans un hôtel de cette rue. Je l’avais arpentée toute la soirée en répétant le discours que je devais faire au personnel le lendemain. Finalement c’est là que tout a commencé pour moi à Dijon. C’était il y a 17 ans déjà.


* Après deux ans de fermeture contrainte faute de visiteurs, la Cité de la gastronomie lyonnaise a ouvert ses portes fin 2022 à l’Hôtel-Dieu, avec un nouveau projet.