Vins : cocktails explosifs !

Par Yves Remord

2013-10-17-Bordeaux_cocktails

Le service marketing du CIVB, équivalent bordelais du BIVB, suggère aux journalistes de promouvoir des cocktails réalisés avec des bordeaux. Dans un contexte où beaucoup veulent la peau de nos raisins, alors même que certains sénateurs pensent à une reconnaissance par l’Unesco de nos vins, plutôt explosifs ces cocktails !

Les menaces qui pèsent sur le vin (voir notre article Qui veut assassiner Bacchus ?) ont des répercussions inattendues. Dans l’Aude, la viticulture occupe le premier rang de l’économie départementale. Le sénateur local Roland Courteau entre en résistance et milite pour que le vin soit reconnu patrimoine culturel de la France. Sans chercher midi à quatorze heures, le parlementaire PS, dont on espère qu’il fera des émules par chez nous (à droite comme à gauche), rappelle simplement que le vin fait partie intégrante du repas gastronomique des Français, lui-même inscrit par l’Unesco (et sous la pression du sobre Nicolas Sarkozy) sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité.

C’est simple, clair et net comme de l’eau de roche. Or, dans le même temps, certaines institutions vineuses jouent avec le feu en proposant de concocter des cocktails avec le noble produit qu’elles sont censées défendre. L’info, relayée par nos amis de Bourgogne live, a ému le très sérieux chroniqueur Bruxellois de la Revue des vins de France, Fabrizio Bucella. Celui-ci l’a puisée avec effarement « dans un communiqué de presse qui, je crois, dit encore ce dernier, n’a été diffusé qu’à l’attention des chroniqueurs de vin belges ou résidant en Belgique. »

Total délire

On a vérifié. Notre confrère est carrément en deçà de la vérité. Pour trouver la réponse, il suffit de se rendre sur le site officiel du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux. Tout y est, glaçons compris.

Le CIVB, alter-ego girondin de notre BIVB, suggère en effet de mettre du vin de ses vignes dans des cocktails aux relents très exotiques. Genre Le dragon rose, fait de bordeaux clairet, de gingembre, d’un extrait de coriandre et d’un quartier de pamplemousse rose. Ou encore Le Gargantua, qui réunit deux gouttes d’extrait de chorizo avec 10 cl d’un bordeaux rouge puissant et tannique. Un délire total. Une histoire belge qui pousse Fabrizio Bucella à imaginer que « les responsables marketing du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux devaient être sacrément pleins quand ils ont sorti cette belle idée. » On le comprend. Comment, après ça, défendre l’idée que le vin n’a rien à voir avec les autres alcools ? Comment ne pas le mettre encore un peu plus dans le collimateur de ses insatiables détracteurs ?

A lire le CV de François Jumeau, le nouveau directeur marketing du CIVB, ceci peut expliquer cela. Après Moët-Hennesy, ce brillant diplômé de l’ESC Reims est passé par Coca-Cola et Kronenbourg, deux grandes marques dont chacun appréciera le raffinement et la dimension culturelle. De quoi rendre explosifs certains cocktails. Si on en parle aujourd’hui, c’est dans l’espoir que l’initiative bordelaise soit prise comme le pire des exemples en Bourgogne. Dans le berceau du pinot noir et du chardonnay, le contraire aurait l’effet d’une bombe, dégâts collatéraux compris.

http://www.huffingtonpost.fr/fabrizio-bucella/cocktails-vins-bordeaux_b_4108135.html

http://www.lindependant.fr/2013/10/18/le-senateur-audois-roland-courteau-propose-une-loi-pour-que-le-vin-soit-reconnu-patrimoine-culturel-de-la-france,1801715.php

http://www.agence-fleurie.com/2011/09/francois-jumeau-directeur-marketing-civb/

http://www.bordeaux.com/fr/blog/des-cocktails-tres-bordeaux/

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