Pour les dix ans du MuséoParc Alésia, DBM fait sa grande rétrospective. Après deux années logiquement archéo-centrées (2013 et 2014), le MuséoParc Alésia s’attaque à nos vieilles légendes et idées reçues autour des Gaulois et des Romains. Et dévoile, en l’espace de trois ans, des expositions ludiques, bien dans son style décalé…

Prenant appui sur l’œuvre d’Uderzo et Goscinny, « Astérix à Alésia, du mythe à la réalité » (2015) s’attache à chasser les idées reçues. Albert Uderzo est venu en personne, le jour de ses 88 ans, pour inaugurer ce grand saut dans le monde de la BD. © Guillaume Rapita

Bienvenue en 2015. Une année de fous et de furieux, accablante d’un bout à l’autre, entre les attentats de Charlie Hebdo et ceux du 13-Novembre, le tout sur fond de crise migratoire sans précédent. BB King a définitivement le blues, alors qu’une guerre des étoiles se superpose à l’affaire, Star Wars signant son grand retour en salles après dix ans de disette. En Côte-d’Or, une autre saga est en train de se jouer. Alésia a trois ans. Il veut passer à la vitesse supérieure dans son rôle pédago-ludique. « Les visiteurs sont venus, ont vu, et sont parfois repartis avec leur cortège d’idées reçues sur les Gaulois. Cela nous a donné envie de nous y attaquer », pose Stéphanie Focé. La responsable accueil et développement est arrivée aux fondations du centre d’interprétation, fin 2007.

Uderzo himself

Avec « Astérix à Alésia, du mythe à la réalité », elle et son équipe s’attaquent à une montagne du genre, rien de moins que l’album français le plus vendu au monde. « Le risque était de démonter l’œuvre, mais les Éditions Albert René ont compris notre approche constructive et ont vite accepté d’être partenaires. » L’occasion, par une savante confrontation entre les bulles et les études scientifiques, de dépeindre nos ancêtres sous une autre forme que des guerriers n’écoutant que leurs instincts primaires, habitant dans des huttes rondes, qui terminent toujours leur journée en croquant dans une cuisse de sanglier (en réalité un animal très respecté).

L’expo a ouvert le 25 avril, en présence d’Uderzo himself, le jour de ses 88 printemps. « Il nous a confié qu’il voulait venir au MuséoParc depuis longtemps », se rappelle Stéphanie, toute heureuse d’accueillir le vénérable VIP. Je lui ai donné le bras et marchais avec beaucoup de précaution, sans doute un peu trop. Uderzo m’a lancé : « Vous savez, ma petite dame, on peut aller plus vite… » Grand enfant devant l’Eternel, l’auteur a pris beaucoup de plaisir à confronter son imaginaire poétique à la vérité certes plus clinique des experts. Au final, cette expo « basée sur un genre littéraire universel collait parfaitement à nos objectifs intergénérationnels ».

« Blockbuster » et nouveau directeur

Le millésime 2016 est un peu du même tonneau – invention gauloise – et s’intéresse à « L’histoire de France racontée par la publicité ». Encore des mythes passés à la moulinette, tant nos Gaulois ont été servis à toutes les sauces du marketing cocorico, d’Air France aux cigarettes. Jeanne d’Arc, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon Ier, les Poilus de 14-18, Marianne complètent la proposition. « La Bibliothèque Forney nous avait fourni un superbe fonds documentaire, avec affiches très révélatrice de leur époque. » Le MuséoParc avait carrément recréé sur place un quai de métro, un salon sixties et un cul de bus pour servir son propos. « Des expositions « blockbuster » de cette nature, en milieu rural, c’était déjà quelque chose. Le soutien constant du Conseil départemental est un aspect non négligeable », apprécie avec le recul Stéphanie.

2016 sonne aussi et surtout l’arrivée d’un nouveau directeur. Laurent de Froberville dépose les armes après de bons et loyaux services, remplacé par le légionnaire Michel Rouger, qui débarque en fin d’année, avec comme faits d’armes dix années à créer et gérer le musée de la Grande Guerre de Meaux. 2017 sera donc la véritable année complète pour cet homme de terrain, « après avoir vu comment marchait la maison » dit-il. L’expo « Un Gaulois dans mon cartable » complète le triptyque sur les mythes et légendes. Elle décortique la représentation de nos ancêtres dans les manuels. « Encore plus touchy, note-t-on à Alésia, car on touchait au travail des éditeurs, à la littérature existante, en introduisant une notion de vrai/faux. »

Là encore, la scénographie joue avec nos sentiments. « On a recréé une salle de classe à l’ancienne, pour que le visiteur soit acteur de sa visite, joue son rôle dans la reconstitution de l’histoire », retrace Michel Rouger, qui ne peut s’empêcher d’y voir une préfiguration du MuséoParc Alésia tel qu’il existe aujourd’hui. « Après ces trois années, l’équipe a pris conscience que nous avions une matière formidable, avec laquelle on pouvait s’amuser au sens noble du terme. Bref, faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux. »

Nouvelle ère en approche

Cette approche décomplexée se vérifie sur les réseaux sociaux, avec l’arrivée d’un contenu vidéo souvent barré. À ce jeu, le directeur ne recule devant aucune mise en scène, tant qu’il y a toujours quelque chose à transmettre. « On m’avait dit « tu viens d’arriver, t’es le boss, prend la parole ! », je ne me suis pas gêné », sourit l’intéressé.

Pas du genre à se cacher derrière son bouclier arverne, Michel Rouger explique enfin que ces années ont vu lentement la fréquentation s’effriter, pour tomber à 65 000 visiteurs en 2017. « Ce métier demande de l’humilité et nous avons fait notre autocritique, notamment en matière de communication et de proposition. Après ces cinq premières années, nous avons voulons changer d’ère. » Et de prendre le taureau par les cornes, avec l’arrivée dès 2018 du MuséoFab, constitué d’ateliers thématiques. Un carton. Mais ceci est une autre histoire, digne d’Uderzo et son compère Goscinny. À suivre au prochain tome !

10 ans d’Alésia, les épisodes
🏺 #1 2012 : l’odyssée du MuséoParc
🏺 #2 2013-2014 : fouilles, Dieux et compagnie
🏺 #3 2015-2016-2017 : mythes à la moulinette
🏺 #4 2018-2019 : famille et compagnie (à venir)

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