Philippe Chautard incarne la quatrième génération de la très convoitée Maison Louis Picamelot. Sans successeur, il a décidé de confier les clés de ce fleuron du Crémant de Bourgogne à la Maison Louis Jadot. Le futur retraité de la bulle raconte les coulisses de cette transmission douce pour DijonBeaune.fr.

Propos recueillis par Alexis Cappellaro
La maison Louis Picamelot fête son centenaire cette année. Pourquoi était-ce le moment pour vous, acteur de la quatrième génération, de transmettre cette histoire familiale ?
Philippe Chautard : « Après 45 ans au service de notre maison familiale, et sans succession, le temps était venu de transmettre le flambeau. Pourtant, pris dans le tourbillon du quotidien et de la passion pour mon métier, je n’y pensais pas vraiment. J’ai commencé à me poser la question il y a trois ans, lorsqu’un gros acteur économique français dans le domaine des vins et effervescents nous a démarché.
Cela n’a pas abouti ?
Non, leur projet pour la Maison Louis Picamelot ne correspondait pas à ce que nous imaginions pour l’avenir de notre maison. Comme les nouvelles vont vite, huit autres très belles maisons bourguignonnes et champenoises nous ont rapidement approché. C’est à ce moment que j’ai pris conscience de l’engouement autour du Crémant du Bourgogne, et pour Picamelot. L’heure était venue de préparer la suite…
Louis Picamelot ce sont des équipes, un outil de production, un beau siège troglodyte à Rully, 19 ha de vignes… La transaction concerne-t-elle tout cela « d’un seul tenant » ?
Il était essentiel que l’ensemble des composantes de notre domaine soient transmises et restent à Rully. Nos collaborateurs, nos vignes et notre outil de production sont intimement liés à l’élaboration des grands Crémants de Bourgogne. La Maison Louis Jadot a la volonté de conserver l’identité de notre maison, et nos employés.
Et vous, comment appréhendez-vous cet après ? Souhaitez-vous rester un gardien du temple ?
N’étant pas producteurs de vins effervescents, ils m’ont demandé de rester en place pour les accompagner dans la transition. Ce retrait en douceur était essentiel pour moi. Aujourd’hui, nous laissons à la Maison Louis Jadot un stock allant des millésimes 2017 à 2025, garantissant un approvisionnement de qualité à nos fidèles clients pour les années à venir.
Le pape des Climats de Bourgogne Aubert de Villaine aurait aiguillé votre réflexion. Dans quelle mesure ?
Cet homme exceptionnel est sans nul doute l’homme le plus respecté dans le monde du vin. Il a toujours été une oreille attentive et d’un soutien précieux, notamment dans notre projet de faire revivre un vignoble oublié depuis 1226 à Talant (ndlr, la commune fait partie de la « zone écrin » des Climats du vignoble de Bourgogne, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco). Aubert de Villaine fait partie de ces personnalités qui ont énormément comptés dans ma vie professionnelle, mais il n’a pas eu de rôle dans notre rapprochement avec la Maison Louis Jadot.
Tout au long de votre carrière, vous avez croisé la route de nombreuses personnalités du monde du vin et de la gastronomie, qui sont devenues des ambassadeurs du Crémant de Bourgogne…
Jacques Lameloise (Maison Lameloise, Chagny) et Gérard Margeon (chef sommelier des restaurants Alain Ducasse) ont été les premiers restaurateurs triplement étoilés à ouvrir leurs portes à nos Crémants de Bourgogne. Depuis, beaucoup d’autres sommeliers leur ont emboité le pas. Je leur suis très reconnaissant. Je pense aussi à des plus jeunes comme Jérôme Brochot (Restaurant Jérôme Brochot, Montceau-les-Mines), Cédric Burtin (Restaurant Cédric Burtin, Saint-Rémy), Alain Jacquier dont le groupe hôtelier est resté un client fidèle… »



