Dijon Beaune Mag
Avec près de 90 hectares mobilisables à court et moyen terme, de nouveaux parcs d’activités et une stratégie assumée de diversification, Dijon Métropole veut changer de dimension économique et s’imposer comme une métropole d’équilibre attractive pour les entreprises et les talents. Son bras armé Dijon Bourgogne Invest suit naturellement tout cela de près.

À Dijon, la bataille de l’attractivité économique se joue désormais autant sur le récit territorial que sur la disponibilité du foncier. Face à la raréfaction des terrains dans de nombreuses métropoles françaises, Dijon Bourgogne Invest, l’agence d’attractivité de la métropole, met en avant un argument devenu stratégique : la capacité à accueillir rapidement de nouveaux projets industriels, tertiaires ou technologiques.
« Nous avons aujourd’hui une offre plus profonde et plus large qu’il y a quelques années », résume Stéphane Bossavit, directeur général de l’agence. Profonde, d’abord, avec « près de 90 hectares disponibles à court et moyen terme », principalement au sein de l’Écoparc Dijon Bourgogne, vaste zone d’activités développée à l’est de l’agglomération depuis 2007.
Large ensuite, grâce à une diversification des solutions proposées aux entreprises : achat, location, immobilier tertiaire ou locaux d’activités. Avenue de Stalingrad au nord de la métropole, la construction du Veellage, un parc d’activités de 20 000 m² (surface de plancher à terme), construit par Proudreed pour environ 30 millions d’euros, illustre cette diversification de l’offre.
Cette montée en puissance foncière traduit une stratégie plus globale portée par Dijon Métropole, qui cherche à renforcer sa place dans le paysage des métropoles intermédiaires françaises. « Dijon est aujourd’hui compétitive face à des métropoles intermédiaires qui comptent, comme Orléans, Nancy ou Tours », estime Stéphane Bossavit.
Les chiffres illustrent le poids croissant des zones d’activités dans l’économie locale. Environ 50 000 personnes y travaillent, soit près de la moitié de l’emploi privé métropolitain. Certaines zones atteignent une taille critique, comme Cap Nord et ses 12 000 emplois, ou la zone industrielle de Longvic/Ouges, l’une des plus importantes de Bourgogne-Franche-Comté.
Mais cette dynamique s’accompagne d’un changement de modèle. Initialement organisées autour de spécialisations sectorielles, les zones d’activités évoluent vers des formats hybrides mêlant industrie, tertiaire et services.
« Les zones mono-thématiques ne correspondent plus aux attentes actuelles des investisseurs », observe l’agence d’attractivité. À Écoparc Dijon Bourgogne, des entreprises industrielles comme Eurogerm côtoient ainsi des activités tertiaires comme l’assureur Pacifica.

La métropole mise également sur des « sites totems » destinés à faire émerger ou à renforcer des filières stratégiques, notamment dans la santé, l’agroalimentaire ou le numérique. Le modèle d’AgrOnov, à Bretenière, a inspiré deux autres projets de sites totems, Technov (lire encadré en fin d’article) et Santenov, consacrés aux filières numérique et santé. Ces deux investissements, de l’ordre respectivement de 14 et 20 millions d’euros, sortiront de terre début 2028 et proposeront des baux flexibles pour accueillir start-ups et jeunes entreprises innovantes. « Ces filières représentent environ un tiers des entreprises que nous accompagnons chaque année », souligne le directeur de Dijon Bourgogne Invest.
L’enjeu est aussi de mieux équilibrer le développement territorial. Aujourd’hui, près de 80% des transactions immobilières économiques se concentrent au nord de l’agglomération. Les nouvelles zones d’activité de Beauregard et l’Écoparc visent justement à renforcer l’attractivité du sud et de l’est dijonnais. À Beauregard, une quinzaine d’hectares restent disponibles immédiatement, autour du nouveau siège social et usine de l’intralogisticien Savoye, un investissement de 40 millions d’euros inauguré en mai dernier. L’Écoparc met à disposition, à compter de cette année, « 60 ha commercialisables à terme sur la phase 2 », bientôt renforcés par un nouvel échangeur routier.
Au-delà du foncier, Dijon cherche à valoriser sa qualité de vie et sa zone d’emploi de 403 000 habitants (Insee). « Si j’avais une usine employant 150 personnes à créer, je serais fou de ne pas regarder Dijon », appuie Stéphane Bossavit, mettant en avant la position géographique, l’enseignement supérieur et la capacité à attirer des cadres par la qualité de vie et les services proposés.
La métropole revendique aussi une culture de l’expérimentation industrielle. Des projets emblématiques, à l’image de l’usine verticale d’AdhexPharma à Chenôve, ou de La Canopée, « plus haut bâtiment tertiaire de France en bois et paille» au sein du parc d’activités de l’Europe, illustrent cette volonté de limiter l’emprise foncière tout en innovant.
La métropole doit également travailler sur le vieillissement des zones d’activités plus anciennes, qui méritent une rénovation. « Ces zones rencontrent des problématiques de voirie, d’aménagement, de bâtiments devenus obsolètes, de besoin de services mutualisés. Il va y avoir un enjeu dans les prochaines années pour les remettre à niveau », estime encore Stéphane Bossavit. Dans un contexte de concurrence accrue entre territoires, Dijon entend ainsi construire une trajectoire singulière.
« La métropole doit assumer d’être une centralité économique capable de rayonner au-delà de ses frontières », plaide enfin le bras armé économique de la métropole bourguignonne. Un récit que Dijon veut désormais transformer en réalité industrielle.
Depuis 2024, Dijon Métropole est dotée d’une société d’économie mixte patrimoniale (Sempat) : Dijon Bourgogne Business Building, nom de code D3B. Cette structure présidée par Catherine Petitjean et dirigée par Bernard Bletton est capable d’investir directement dans l’immobilier économique afin d’accompagner le développement des filières stratégiques et répondre aux besoins des entreprises. La Sempat prévoit le développement d’environ 15 000 m2 d’immobilier économique d’ici 2028, avec une capacité d’investissement pouvant atteindre 15 millions d’euros en fonds propres.
Son premier projet emblématique porte un nom : Technov. Implanté au cœur du secteur Novarea, à proximité du campus universitaire et du CHU, ce futur bâtiment de 6 000 m2 est présenté comme le « bâtiment totem du numérique ». Pensé pour accueillir entreprises technologiques, start-ups, écoles du numérique et espaces d’innovation, il vise à favoriser les synergies entre formation, recherche et développement économique.
Estimé entre 13 et 14 millions d’euros, Technov est développé par GA Smart Building, promoteur retenu par Dijon Métropole, tandis que sa conception architecturale a été confiée au cabinet dijonnais Studio Mustard. Le projet misera sur une construction hors site, la géothermie, le photovoltaïque et des matériaux bas carbone. Son ouverture est attendue début 2028.