Le photographe Adrien Sauvage dans un bloc opératoire du CHU Dijon, avant Covid-19. © Sylvain Tessier

Assistant de régulation médicale au Samu et photographe indépendant, Adrien Sauvage connait le CHU Dijon sur le bout de l’objectif. Immergé trois jours dans les coulisses de l’hôpital, il témoigne de la réalité du Covid-19 en première ligne.

Par Geoffroy Morhain
Photos : Adrien Sauvage

Ce reportage hospitalier, Adrien Sauvage ne l’aurait probablement jamais fait sans un coup du destin survenu en 2013, alors qu’il a une vingtaine d’années : un accident de parapente qui va lui casser le dos, mais faire naitre en lui une vocation pour la photo médicale. Étudiant en CAP Photo, le jeune Saône-et-Loirien est alors pris en charge par le service des urgences du Creusot : « J’y ai été accueilli avec autant de professionnalisme que d’humanité, au point d’avoir envie de casser la mauvaise image dont pâtissent en général les Urgences. Ceux qui y travaillent font un métier difficile, avec beaucoup de pression, de temps de travail et de responsabilité, mais souvent peu de reconnaissance », plaide l’ex-patient.

La question de l’éthique

CAP en poche, Adrien poursuit ses études par un BTS Photographe en alternance au Cifa de Mercurey et aux Archives départementales de Côte-d’Or à Dijon. C’est là qu’il va vraiment prendre un virage, en choisissant la photographie en milieu hospitalier comme thème de son mémoire, plus précisément autour de la question « De quelle manière l’éthique influe-t-elle sur la destination de l’image ? ».

« L’acte photographique n’est que peu présent
dans ce milieu où il a tendance à évoquer un voyeurisme malsain. »

« La question de l’éthique est généralement assez présente en photographie, d’autant plus dans les milieux dits fermés. Et on peut considérer le milieu hospitalier comme l’un des plus fermés, ne serait-ce qu’au sein du corps soignant où les questions de morale, de déontologie et de secret médical imposent de nombreuses restrictions. C’est entre autres pour ces questions de discrétion que l’acte photographique n’est que peu présent dans ce milieu où il a tendance à évoquer un voyeurisme malsain. Il a pourtant un rôle crucial à jouer, tant les images réalisées peuvent avoir différentes destinations telles que la recherche, la communication, les soins d’un patient, ou encore un caractère documentaire offrant un regard inédit sur un milieu méconnu », rappelait l’étudiant en introduction dudit mémoire.

En parallèle de son apprentissage, il se plonge alors corps et âme au CHU de Dijon où, surtout la nuit, il découvre de l’intérieur le service des urgences et accompagne régulièrement le Smur (Service mobile d’urgence et de réanimation) en intervention. L’expérience débouchera sur la validation de son diplôme en 2017 et une première diffusion de son travail à travers une exposition et un livre sobrement intitulés « Une garde aux urgences ».

Un pied et un œil au CHU DIjon

Son histoire avec le CHU Dijon prend une nouvelle dimension l’année suivante, quand il apprend que le Samu recherche des assistants de régulation médicale (ARM), ceux qui répondent aux appels d’urgence et les orientent : « En tant que photographe, j’avais l’habitude d’attendre le départ des interventions du Smur en compagnie de l’équipe du Centre-15 qui les déclenche. Je connaissais donc déjà un peu le fonctionnement du métier d’assistant de régulation médicale et l’organisation du service. » Et de décrocher un poste d’ARM au centre hospitalier, qu’il cumule depuis deux ans avec son activité naissante de photographe médical. 

« Ces dernières semaines, depuis la grande salle vitrée de la régulation, je voyais passer devant mes yeux toute une agitation de pompiers masqués, d’ambulanciers en combinaisons intégrales, de brancards sous housse plastique… »

« Ces dernières semaines, depuis la grande salle vitrée de la régulation, je voyais passer devant mes yeux toute une agitation de pompiers masqués, d’ambulanciers en combinaisons intégrales, de brancards sous housse plastique… Et je me suis dit qu’il fallait absolument conserver une trace de cette situation exceptionnelle face à laquelle l’hôpital a dû entièrement se réorganiser. » Commande du CHU Dijon à l’appui, Adrien Sauvage a donc été missionné sur trois jours fin avril pour rendre compte de cette période de crise et de l’énorme dispositif Covid-19 mis en place par le CHU pour y répondre : des urgences au service de réanimation en passant par celui des maladies infectieuses, mais aussi par la blanchisserie (« une fourmilière entièrement automatisée où travaillent plus de 70 personnes »), la plateforme d’approvisionnement, le service de gestion des déchets, la pharmacie où sont notamment fabriqués des solutions hydroalcooliques… rien ne lui a échappé. Toujours avec la volonté de mettre en avant l’aspect humain de l’hôpital, la mobilisation et la solidarité de son personnel. 

Protections et précautions

Dans ces conditions, en plus de tout un attirail de protections, le photographe a dû prendre certaines précautions : « Il faut être curieux et discret, savoir se faire oublier. La présence d’un appareil photo dans un service hospitalier peut provoquer une certaine défiance, souvent plus de la part des soignants que des patients que je montre assez peu au final, autant pour des raisons de droit à l’image que de déontologie personnelle. »

Depuis, Adrien a retrouvé son poste au centre d’appel du 15, en attendant de pouvoir reprendre son activité photo en parallèle. Une niche dans laquelle il commence à se faire une place, entre reportages pour des cliniques, illustrations d’articles ou de sites spécialisés, visuels destinés à l’enseignement, gros plans chirurgicaux et portraits de praticiens… À l’aise sous la lumière orangée des lampes scialytiques des blocs opératoires, le photographe-soignant n’est pas prêt de sortir de l’hosto. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.


+ Voir sa page Facebook et www.adriensauvage.fr où sont disponibles ses deux premiers livres réalisés au CHU de Dijon, Une garde aux urgences et Dans le ventre de l’hôpital.

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