Le dirigeant d’AVS Communication et président du Cerclecom n’a pas vraiment eu le loisir de s’éparpiller pendant cette crise qui ne l’aura pas épargné. Arthur Deballon est resté au four et au moulin, en prenant soin d’en tirer quelques enseignements. Interview.

Après le chômage partiel de 27 salariés, AVS Communication reprend du poil de la bête. Naviguez-vous en zone verte, orange ou rouge ?
Nous avons en effet été officiellement bousculés par cette crise le 29 février, date de l’interdiction des événements réunissant plus de 5 000 personnes. Nos activités sont liées aux métiers de l’événementiel : le stand, la signalétique, les décors. Nous avons tenu jusqu’au 20 mars avant de passer en mode dégradé, faute de commandes. Depuis mi-avril, nous sommes dans une phase de remontée en puissance, pour espérer courant juin remettre tout le monde au front. En zone orange donc, faute de visibilité sur le retour à la normale.

Comment avez-vous pris soin de vos collaborateurs ?
lls voulaient – ou veulent à l’heure actuelle – vraiment revenir. J’ai focalisé mon action sur eux, en maintenant les salaires et communiqué en toute transparence sur notre état financier. Il fallait vite écarter un sujet majeur : la peur de perdre sa place dans l’entreprise. Nous n’avons pas mobilisé le fameux Prêt Garanti par l’État, fort d’un trésor de guerre accumulé ces dernières années. Un enseignement de cette gestion « en bon père de famille » que je dois à mon père. Mais écarter le sujet financier pour les salariés n’écarte finalement pas tout. La question de leur utilité pour l’entreprise prend ici tout son sens. Le gros du travail sera donc managérial.

Un temps seul au beau milieu de ses ateliers à Saint-Apollinaire, Arthur Deballon a  livré une première bataille sur le terrain des ressources humaines : rassurer son équipe, laquelle a très vite montré son envie de revenir.
© G.GIRARD / SENSATION WEB

L’hygiaphone Plexiglas est-il vraiment votre nouvel avenir ? 
Avec sa filiale Axo Agencement, spécialisé dans le design, la fabrication et pose de stand que j’ai repris il y a trois ans, AVS est en effet tourné vers l’événementiel au sens large. Ce moment interroge forcément sur le sens de nos actions, de nos choix commerciaux et marketing, mais je n’ai pas prévu de révolution. Il faut passer la crise en restant ce que nous sommes, des experts de leur secteur à la plus grande force de frappe de la région et au parc machine le plus large. Nous avons vendu des protections Plexiglas pour répondre à une attente nouvelle, forte. Notre stock de 400m2 a vite fondu et notre responsable des achats à mis la main sur 200m2 supplémentaires pendant le confinement. Pénurie oblige, il fallait aussi garder un peu de matière pour notre cœur de métier. Ce produit passager restera anecdotique, il aura surtout permis à beaucoup de nos clients de reprendre en toute sécurité. 

En quoi le sort des municipales joue-t-il sur une entreprise comme la vôtre ?
Mes deux sociétés travaillent beaucoup avec la commande publique et les périodes d’élections rendent obligatoire un temps où les besoins en communication visuelle diminuent. La vie ne s’arrête pas complètement pour eux mais tout est plus calculé, étudié et limité. Comme nos confrères des travaux publics le réclamaient, nos métiers se réjouissent d’un prochain tour pour l’instant prévu fin juin.

« Mon grand enseignement sera celui de la pauvreté des relations direction/collaborateurs, dans beaucoup d’exemples très proches. »

Il parait que cette crise est propice à la réflexion. Quel enseignement majeur en tirez-vous ?
J’ai la chance d’être papa de deux jeunes enfants. J’ai donc surtout passé un début de confinement avec eux, sans vraiment me laisser aller à des digressions. Nouvelle expertise à mettre sur LinkedIn ! Puis il a vite fallu remonter au front. La casse sera économique, avec des inégalités plus fortes. Mon grand enseignement sera celui de la pauvreté des relations direction/collaborateurs, dans beaucoup d’exemples très proches. La communication interne, le management sont vraiment le parent pauvre de l’entreprise et de nos organisations économiques. Des salariés laissés seuls, dans une forme non délimitée de télétravail, des enfants autour d’eux, devant travailler un peu le jour et un peu la nuit… Personne n’était prêt à vivre ce moment mais il fallait, je crois, en profiter pour se révéler.

Vous appartenez à une famille de serial entrepreneurs. Sans mauvais jeu de mot, les Deballon sont-ils plus à même de se regonfler le moral par nature ?
Mon père Eric avec AVS Réseaux et son activité de câblage informatique a repris la totalité de ses chantiers après quelques semaines d’arrêt, mon frère Pierre-Henri avec Weezevent et son activité de billetterie en ligne est lui plus impacté. Je crois que nous trois sommes en phase, nous ne révolutionnerons pas nos métiers. En revanche, nous sommes des combattants par nature. Nous avions été touchés par une crise bien plus forte fin 2009, quand mon frère était revenu à Dijon pour sauver AVS d’une mort annoncée. Nous sortirons plus forts de ce moment, comme nous sommes déjà sortis plus forts de cette ancienne histoire.

Arthur et Pierre-Henri, autour du patriarche Eric Deballon. © C.REMONDIÈRE

Votre autre casquette, c’est Cerclecom. L’association fête ses dix ans, regorge de vitalité avec 165 adhérents. Le confinement a donné lieu à d’improbables webinars et appels interposés…
165 adhérents et une équipe de sept membres du conseil d’administration dont je suis fier. Ils ont su se réinventer et très vite rebondir. Nous avons publié chaque jour une interview vidéo de nos adhérents communicants pendant le confinement (ndlr, voir ci-dessous la nôtre !). Le postulat était simple : faisons connaissance, sortons des bonnes pratiques dans un format brut, sans montage, avec des défauts. L’engagement du public a été fort et l’impact pour Cerclecom s’est traduit par de nouveaux adhérents et une image hautement valorisée. D’autres ont reproduit ce concept et j’ai même un doute que mon frère ne s’en soit pas inspiré pour sa société, où il continue de recevoir ses clients dans des Facebook Live tous les jours à 15h !

Il y a eu l’opération masques et chocolats, une délicate attention. Mais Cerclecom compte-t-il s’arrêter au symbolisme ?
Envoyer à tous nos adhérents un masque siglé et une tablette de chocolat produite par Sébastien Hénon était un symbole, car nous restons des communicants. Comme en 2016 quand nous avons défendu le « small business act » en leur distribuant des préservatifs pour leur rappeler que nous les protégions. La politique et la communication, c’est aussi le symbole. Cela dit, nous travaillons à un Cerclecom 3.0 car cette période tombe à point, si l’on peut dire ça comme ça. Le nouveau conseil d’administration venait d’être élu et nous cherchions notre ADN. L’été sera profitable et la rentrée certainement le début de notre mue.

« Finalement, et je ne le pensais pas non plus, le télétravail n’était pas institué chez les communicants. »

Dans l’équation du nouveau monde, le télétravail est un début de solution. Le monde de la com peut-il tirer son épingle du jeu ? 
Le télétravail est devenu pendant trois mois la règle de droit. Sera-t-elle celle des communicants de demain ? Finalement, et je ne le pensais pas non plus, le télétravail n’était pas institué chez les communicants. Il y avait bien le travail en « débordement », ou chacun finit ou continue de bosser à la maison. Je crois à une révolution des pratiques mais pas de suite. Les collaborateurs cherchent surtout en ce moment du lien et veulent revenir dans leur entreprise. Après avoir repris une vie normale, avec certitude, nous devrons proposer dans nos organisations une nouvelle méthode de travail. L’urgence est de ressouder les équipes.

Les coiffeurs ont manqué pendant ce confinement. Comment vous en êtes-vous sortis sur ce point, vous et vos bouclettes ?
Mes proches pensent déjà depuis quelques années que mon coiffeur est en prison. Je n’ai pas manqué d’être moqué car le confinement arrivait au temps de ma coupe bisannuelle. On s’est amusés avec mon épouse, qui a changé de métier le temps de 20 minutes… J’ai même commandé une paire de ciseaux chez le fournisseur de ciseaux d’inauguration d’AVS ! Le même qui m’avait appelé un jour en me demandant ce qu’on faisait des 600 paires par an. Finalement, j’ai plutôt un souci avec les ciseaux…   

Propos recueillis par Alexis Cappellaro
Pour DBM81

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