Sous des airs de paisible bourgade, Saint-Jean-de-Losne est le plus grand port de France en eaux intérieures. Elle est aussi, avec 36 hectares de terre et une vingtaine sous les eaux, la plus petite ville du pays. Voilà qui plante le décor d’une destination aussi méconnue qu’attachante, capable de proposer l’exceptionnel.

Arrivée à Saint-Jean-de-Losne par la Saône, au pied du centre-ville, avant de virer à tribord vers le port fluvial. Située au confluent de la Saône, du canal de Bourgogne et du canal Rhin-Rhône, la cité fut un haut lieu de la navigation commerciale jusqu’au début du XXe siècle, comme en témoigne son musée de la Batellerie. © Jean-Luc Petit

Habituellement, en pleine saison, la voie d’eau est un joyeux fourmillement. Les péniches-hôtels déversent leurs touristes étrangers, des Américains pour beaucoup. Nombreux sont les voyageurs au long cours et les familles qui s’offrent ici une location de bateau sans permis pour une escapade aquatique unique. 2020 n’affiche pas cette couleur, la Covid-19 a débarqué entretemps. On vient de moins loin pour visiter les terres (et les eaux) de Rives de Saône, mais on vient quand même. Depuis son bureau de la société H2O, spécialisée dans l’équipement, la vente et la réparation de bateaux, Jocelyne Gérard surveille le manège incessant : « Il y a quarante ans, mon père Charles s’est installé ici, à Saint-Jean-de-Losne. Personne ne croyait à son idée de  port de plaisance, la ville vivait de la navigation commerciale. » Le résultat a fait mentir les sceptiques des débuts, de belle façon : « Partout où il est aujourd’hui possible de naviguer en France, les gens qui sont sur l’eau connaissent Saint-Jean-de-Losne. » Avec un niveau de prestations qu’on ne soupçonne pas toujours. 

De nouveaux habitants sont en effet venus avec de belles ambitions en suivant le fil de l’eau. Rory et Caroline Macrae ont posé leurs valises, ou plutôt leur péniche dans ce fief historique des mariniers en 2011, après avoir longtemps dirigé une société spécialisée dans la location. Elle est anglaise, lui écossais. « On organisait pour les autres, puis un jour on s’est dit, on va faire cela pour nous », explique le couple devenu un opérateur spécialisé dans le haut de gamme. Rory est à la barre et aux vins, Caroline s’occupe de la cuisine et de l’accueil. Et tout le monde est content.

« Vous les Français, vous rêvez des plages de Californie, mais pour les Américains, le paradis, c’est le calme des rivières françaises, la campagne, une vieille église. Il y a tout ça à Saint-Jean-de-Losne. »

Après tout, pourquoi pas !  

Leur bateau s’appelle Après Tout. Pourquoi pas. C’est une luxueuse péniche avec à son bord cinq membres d’équipage aux petits soins de six passagers au maximum, de riches clients américains ou australiens la plupart du temps. Mais que viennent-ils faire dans cette non-galère ? Réponse : « Vous les Français, vous rêvez des plages de Californie, mais pour les Américains, le paradis, c’est le calme des rivières françaises, la campagne, une vieille église. Il y a tout ça à Saint-Jean-de-Losne. »La croisière fait dans le sur mesure. Golf, visites privées de monuments, jacuzzi sur le pont, grands crus à table, rencontres privilégiées avec des vignerons… le rêve est à bord. La formule fait fureur. Les réservations sont pleines pour 2021, 2022 commence à se remplir. 

Jocelyne Gérard apprécie la diversité de la proposition touristique de son port : « L’eau est une communauté sans barrière sociale, c’est magique. Il y a les croisières intimistes comme celle des Macrae, à plusieurs dizaines de milliers d’euros, il y a aussi les bateaux sans permis, avec lesquels, pour 500 euros la semaine, une famille peut vivre une expérience inoubliable. »

L’Après Tout de Caroline et Rory Macrae, une péniche luxueusement réaménagée pour des croisières « grand cru » appréciées des touristes américains notamment. © D.R

À Saint-Jean-de-Losne, tout le monde au même rythme

Cette cohabitation entre les produits touristiques renforce son sentiment : « Les vacances en bateau ne sont pas seulement pour les riches, l’offre s’est diversifiée. Et puis les bateaux de location sont très bien conçus, il n’y a aucun risque, très peu d’accidents sont à déplorer. C’est idéal pour les familles. Le meilleur âge pour vivre l’aventure, pour moi, c’est quand on a des enfants ! » Des vacances forcement paisibles, hors du temps.

Le fait est que tout le monde, nanti ou pas, avance au même rythme. Le temps est toujours universel sur l’eau, il suit son cours. Comme les autres, les Macrae et leur barge de luxe mettent ainsi deux jours pour naviguer de Saint-Jean-de-Losne à Dijon, le temps de passer les 22 écluses du parcours !

Pas pressé, Rory se laisse gentiment porter par la vague internationale du tourisme fluvial : « En plein centre de Londres, il y a des agents immobiliers qui, en plus des appartements, proposent des bateaux ! » Ils sont nombreux à parler dans toutes les langues, les amants de Saint-Jean.   

De nos jours, la navigation de loisirs a pris le relais, avec un port de plaisance de Saint-Jean-de-Losne d’une capacité d’accueil de 600 bateaux, qui s’anime aux beaux jours. © Jean-Luc Petit

Soyez branché électrique
Rien de tel pour savoir si vous avez le pied marin et pour vivre une première expérience sur l’eau. L’Office de tourisme de Saint-Jean-de-Losne propose à la location des petits bateaux électriques, facilement manœuvrables, accessibles pour toute la famille, pour des balades d’au moins une demi-heure. Les bateaux partent soit en direction de Seurre, soit vers l’Ouche. La virée peut être agrémentée d’une friture au camping Les Herlequins en bord de Saône. 
> Infos et rés. au 03.80.37.15.70 et sur saone-tourisme.fr  

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