Jamais la question de l’hébergement des jeunes n’a autant été posée. La crise sanitaire a entrainé la précarité dans le quotidien des jeunes. Dans ce contexte troublant, la vie en studette n’est heureusement pas la pire de toutes. Trois jeunes locataires de l’École des Métiers Dijon Métropole en témoignent.

Faire des études est une chose, bien traverser cette période en est une autre. La question de l’hébergement est toujours sensible. Le prix, la disponibilité, l’état, la situation… il y a tant et tant de bonnes raisons de faire fausse route que le choix d’une résidence liée à un établissement est bien volontiers indiqué. L’École des Métiers Dijon Métropole a vu cela avec une certaine ambition. Près de 8 millions d’euros ont été investis dans un programme d’hébergement qui comprend plus d’une centaine de chambres (dont 40 prévues pour 2 personnes) et surtout une cinquantaine de studettes.

La studette procure un sentiment d’indépendance. C’est un mini appartement équipé de tout ce qu’il faut, avec quelques inconvénients en moins (Sodexo assure le ménage régulièrement) et des services communs en plus : billard, écran géant pour les soirées foot et télé, amphi, etc. Enfin, en temps normal. Depuis le couvre-feu, il n’est plus question d’en profiter. Françoise Belot, responsable socio-éducative et des hébergements, le dit elle-même : « Les internes souffrent beaucoup plus en cette période, car ils sont seuls. » Même sans les loisirs courants et les grandes retrouvailles entre voisins, la vie en studette demeure supportable, quel que soit le profil du locataire. Nous en avons rencontré trois. Ils n’avaient pas l’air de se plaindre.

Tanguy par exemple. À 18 ans, il a quitté Montceau et le bassin minier (pas si « Tanguy » que ça !) pour suivre une formation en alternance, entre le Castel de Très-Girard et l’Ecole des Métiers. Pour lui, le choix d’une studette s’est imposé naturellement : « J’aurais pu être logé à Morey-Saint-Denis par mon patron Didier Petitcolas, mais sans voiture… Je préfère fidéliser un logement ici, c’est plus intéressant financièrement parlant. » 350 euros par mois dont 150 couverts par l’APL, le calcul est vite fait, « d’autant que le Grand Frais n’est pas très loin et que je me sens chez moi ». Au besoin, Tanguy prend place à la table du CFA. En tant qu’apprenti de l’établissement, son Opco (filière de compétence) prend en charge la moitié des 6 euros que peut lui coûter un repas en formule self.

Vite, une blanquette de veau

Eymeric vient de Nontron, en Dordogne, dans le beau Périgord vert. À 26 ans, il est en deuxième année d’un master spécialisé en machines agricole à Agrosup, une exclusivité dijonnaise. Eymeric partage sa formation avec Pellenc, un groupe du Vaucluse qui fabrique et commercialise des machines à vendanger. Il apprécie surtout de pouvoir réserver sa studette pendant deux semaines (250 euros) ou à la journée (33 euros), à quelques kilomètres d’Agrosup. La résidence de l’université fait en effet le plein. Dans le cas présent, elle est liée à l’Ecole des Métiers par un partenariat. Après avoir évolué durant cinq ans en apprentissage de l’ingénierie mécanique dans le 91, le jeune étudiant a choisi de vivre sa vie en province. Une place dans le 84 lui irait d’ailleurs fort bien. Avec le regret, toutefois, de ne pas pouvoir profiter pleinement de Dijon comme cela aurait dû être le cas.

Pour Damien, 21 ans, la studette, c’est une toute autre histoire. Ce Dijonnais peut désormais se « prendre en charge, faire (sa) cuisine, payer (ses) courses ». Damien a travaillé en insertion à la brasserie du CFA. L’évolution vers l’autonomie est pour lui un grand pas en avant. D’autant, se plait-il à répéter, « que j’ai eu la chance d’avoir été pris en alternance au café-restaurant Les Acacias à Talant ». Symbole de sa liberté, la studette lui permet de mettre en pratique son apprentissage de la cuisine, tout en défendant ses principes : « Je suis pressé de faire ma blanquette de veau et je ne ferai jamais appel à Uber Eats ou Deliveroo pour manger chez moi ! » Voilà qui devrait en inspirer plus d’un. Vive la studette !   


Optique, la bonne branche
C’est la branche de l’enseignement supérieure la plus courue de l’Ecole des Métiers, soit une trentaine d’apprentis qui aspirent à voir plus loin dans leur métier. L’ex-CFA La Noue a en effet lancé ce BTS optique il y a plusieurs années. Il en a fait progressivement une vraie figure de proue de son enseignement, investissements à la clé.
Opticien est un métier qui ouvre sur de nombreuses possibilités. Après un bac S et une année de fac en physique-chimie, la jeune Auxerroise Anaïs, 20 ans, a ainsi voulu « fuir les cours magistraux pour aller vers le concret d’un métier de contact ». Camille, la Creusotine, après une première année de médecine et un vœu non réalisé de devenir kiné, a vu dans l’optique un vif « intérêt pour les lentilles de contact et le secteur paramédical ». Quant à Mathide, du même âge que ses deux camarades, elle suit la voie de sa sœur. Toutes trois se verraient bien, c’est un signe encourageant, à la tête de leur propre affaire. L’EDM, on le répétera jamais assez, forme aussi de futurs chefs d’entreprise.
Ce qui ne sera pas le cas pour Elsa, 24 ans. La jeune femme vote pour le salariat. Elle a quitté Luxeuil-les-Bains et la Haute-Saône pour suivre son mari : « J’étais sur le chemin d’un BTS en Bâtiment, mais je reconnais que la diversité de cette profession, entre la vente, le travail en atelier, les dimensions esthétiques et administratives qu’elle suggère, me comble pleinement. » Elle a raison Elsa, d’autant qu’on aura toujours besoin de lunettes pour voir clair dans ce drôle de monde !

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