Nouveau mode de gouvernance, grand projet de structure, parking supplémentaire, champ photovoltaïque, festival art et vins, fresques de haute volée : qui va dire que la Karrière s’est endormie sous l’effet Covid ? Sûrement pas Pierre et Thomas Lignier. Confessions du père et du fils, sous la bénédiction du vice-président André Valognes.

Pierre et Thomas Lignier, au côté du vice-président de l’association Vill’Art André Valognes, sur le site de la Karrière à Villars-Fontaine. © Christophe Remondière

Faut-il refaire l’histoire de La Karrière pour en comprendre le sens ? Dans les grandes lignes, oui. Parce que cette histoire commence il y a une dizaine d’années, dans la tête en ébullition d’un maire un peu fou, qui veut faire de son irréductible petit village des Hautes-Côtes de Nuits, Villars-Fontaine, un lieu d’expression de l’art contemporain. Puis qui découvre sur le territoire communal un espace oublié, une carrière d’exploitation de Comblanchien abandonnée, une cicatrice dans le paysage idéalement conçue pour devenir un grand théâtre naturel de la culture.

La suite on la connaît. « Depuis 2016 tout s’est emballé », avoue le « coupable » de cette épopée. Pierre Lignier, du haut de ses 82 ans, ne semble pour autant pas vouloir baisser le rythme. Il reconnaît même à la crise sanitaire certaines vertus décisives : « Le Covid nous a coupés net dans notre élan, mais à quelque chose malheur est bon, cela nous a donné du temps et permis de prendre du recul. » Dans le silence forcé du monde de la culture, La Karrière a été contrainte de redessiner son avenir. Ce qui n’effraie pas l’homme. Il peut bien évidemment s’appuyer sur ses fidèles, tous ces bénévoles de l’association Vill’Art conduite par son conseil d’administration, prêts à en découdre sur le terrain, dès que le feu vert sera donné. 2021 ne sera pas vide de contenu, loin s’en faut. Mode 2 reviendra pour une fresque magistrale fin juin, juillet donnera naissance à la première édition d’un bel événement « art et vin », BaKus (lire encadré). Il y aura bien aussi une nouvelle édition du festival. Même si ce millésime se présente comme un millésime de transition, il sera bien vivant.

Nouvelle approche graphique

L’acteur technique du premier volet de la mutation, c’est Thomas Lignier. Vous avez demandé le père, voici le fils. Thomas s’intéresse de près au dossier paternel depuis de longs mois. Il a une solide formation marketing sur laquelle baser sa démarche : « Nous défendons un travail de co-création, il nous fallait apporter une cohérence globale à notre projet, renforcer la dimension authentique et légitime de La Karrière dans le domaine artistique. Nous avons donc fait appel à une agence de communication. »

L’agence dijonnaise JPM décroche le job. Et propose une première approche graphique réussie, en voie de finalisation, qui déterminera par le biais de codes couleurs différents et des accroches adaptées, une déclinaison intelligible des différentes propositions de La Karrière entre festival, patrimoine, visites, créations, expositions…

Pierre Lignier, le maire de Villars-Fontaine, et son fils Thomas veulent mettre « l’ADN associatif sous haute protection. Il ne faut pas oublier en effet que l’art urbain est venu ici grâce à de ‘‘vieux’’ ruraux. » © Christophe Remondière

Art urbain et vieux ruraux

Plus de 100 000 personnes ont découvert la magie de Villars-Fontaine dans les cinq premières années. Se pose alors, comme une évidence, la question de la gestion de l’après. Sans Pierre Lignier et sa troupe de bénévoles, sans cet élan populaire incroyable, la commune ne serait jamais devenue propriétaire du site. Pas plus que La Karrière ne se serait imposée, en aussi peu de temps, contre vents et marées politiques parfois, comme le lieu culturel majeur entre Dijon et Beaune, au cœur du territoire des Climats. Cette question de l’après est d’abord une question de gouvernance. La Communauté de communes Gevrey-Nuits a manifesté sa volonté d’accompagner le développement du dossier « Karrière », tant d’un point de vue juridique que dans le soutien à l’opérationnel. Lors d’un récent conseil municipal, la commune de Villars-Fontaine, tout en se montrant fermement attachée à la propriété du site, a de son côté validé le principe d’une évolution qui conduira à la création d’une structure de gestion adaptée à son développement. « L’ADN associatif sera mis sous haute protection, préviennent cependant les responsables de La Karrière. Il ne faut pas oublier en effet que l’art urbain est venu ici grâce à de ‘‘vieux’’ ruraux. »

Ce joli clin d’œil rappelle que l’âge moyen des capitaines du navire est plus proche des œuvres de Soulages que des graffs de Banksy. Le casting des figures fondatrices de La Karrière ne laissait pas supposer une telle ouverture d’esprit à l’endroit de pratiques artistiques inattendues entre nos vignes. Là réside justement le génie d’une aventure hors des sentiers battus qui, aujourd’hui, bénéficie du soutien de nombreux mécènes et de grandes institutions comme l’État et la Région.

Au bénéfice de la trêve covidienne, Pierre Lignier a donc planché sur la construction d’une structure exemplaire qui fera de La Karrière l’outil culturel de ses rêves. Sans rien dévoiler de plus du cahier des charges, on sait que l’éco-construction et une architecture digne du message créatif qu’est censé dégager le lieu, avec des matériaux de réemploi, seront en tête de chapitre. On pourra y boire et y manger local. Y organiser des spectacles et des expositions du 1er janvier au 31 décembre de l’année. Y abriter, c’est essentiel, des artistes en résidence. Sur les hauteurs de la carrière, pousseront un parking et un grand champ photovoltaïque. Ils renforceront l’image d’un site culturel majeur en devenir, à la hauteur des enjeux de son époque. L’après virus se dessine déjà entre les pierres de Comblanchien.


BaKus : 12 vignerons, 12 artistes

12 vignerons, 12 artistes réalisant chacun une œuvre en direct, le temps d’un week-end, du 16 au 18 juillet. BaKus est l’une des nouveautés de cette saison aux contours encore incertains. Leitmotiv de l’événement : « Déguster une appellation révélatrice de son climat, contempler l’œuvre qu’elle aura suscitée. Cette rencontre permettra à l’amateur de mieux appréhender et comprendre la relation au temps qui est au cœur de l’œuvre de l’artiste. » DBM est partenaire de BaKus. Nous publierons dans notre édition de la mi-juin, ainsi que sur notre site DijonBeaune.fr, les portraits croisés de chacun de ces duos réunis aux noms de l’art et du vin. Les domaines côte-d’oriens seront présents pour une dégustation qui sollicitera tous les sens, entre deux conférences et concerts le soir.

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