Les anciens de La Noue (1/4) : Isabelle Minini, l’esprit bourgeonnant

Le CFA La Noue n’est plus, vive l’École des Métiers ! Après avoir passé en revue 40 ans d’apprentissage(s) et recueilli les vœux d’avenir des capitaines de navire Alain Tomczak et Christophe Le Mesnil, Dijon-Beaune Mag livre une série de portraits d’anciens. Épisode 1 : la référence des fleuristes, Isabelle Minini.

© Jean-Luc Petit

Par Michel Giraud
Pour Dijon-Beaune Mag #69

Entre deux phrases, une couronne de mariage prend corps entre ses mains expertes. Voilà une hyperactive, fleuriste de son état – ou plutôt maître en art floral – installée au 30 de la rue Chaudronnerie à Dijon. Isabelle Minini est une référence dans la profession. « Je pense être la deuxième femme la plus titrée de France », avance-t-elle sans fausse modestie, en énumérant les nombreux concours auxquels elle a participé. Mais c’est bien son titre de MOF, remis en 1997 à La Sorbonne par une jeune ministre nommée Ségolène Royal, dont elle est la plus fière. 

« Mon père était artiste-peintre, j’ai baigné dans les couleurs. Ma mère était institutrice à la campagne, j’ai été élevée dans un grand jardin plein de fleurs ; cette enfance est pour quelque chose dans mon choix de faire de la composition florale. » Son CAP, Isabelle Minini l’a obtenu en 1983 au CFA La Noue. Un diplôme effectué en un an, en candidate libre, « car j’avais 18 ans à l’époque, dit-elle, et il n’y avait pas de formation pour adulte ». Deux années chez un patron, puis vint rapidement la première boutique sous la bienveillance des parents.

Artiste en herbe

« Son nom est devenu une marque d’excellence », disait le préfet de Côte-d’Or d’alors, Pascal Mailhos, au moment de lui remettre en 2014 les insignes de chevalier de l’Ordre national du mérite et la médaille de Chevalier du mérite agricole. Excellence et apprentissage se greffant bien, Isabelle est professeur au CFA La Noue depuis septembre. Elle est ravie : « L’éthique des Meilleurs Ouvriers de France, c’est de transmettre. Jusqu’ici, j’intervenais sur deux ou trois jours par semaine. Là, il y a un suivi pédagogique avec les élèves, c’est complètement différent. Je travaille avec Christophe Ramet, un collègue. On s’est connus il y a 25 ans, et on se retrouve aujourd’hui ! Lui gère la partie théorique, la botanique notamment, je m’occupe de la pratique. »

Et dans les mots d’Isabelle sonne plus que jamais l’envie de valoriser un « métier d’artiste », gratifiant mais difficile : « Beaucoup d’appelés, peu d’élus, car nombreux sont les étudiants qui lâchent parce qu’il fait froid, qu’on travaille les week-ends, les jours fériés… »

L’art des concessions

L’épanouissement se mérite. Et l’apprentissage est, à voir son enthousiasme, un formidable tremplin pour qui manie un autre art, celui des concessions. « Je veux faire entendre que c’est une voie valorisante, affirme simplement l’élève devenue professeure. C’est en faisant que l’on apprend, en touchant, en manipulant… J’observe que l’apprentissage est revalorisé après avoir été longtemps dénigré. Même nous, les fleuristes, y sommes passés ! Des vendeurs de fleurs mous du bulbe, pas très intelligents, qui font cela par dépit… Or l’apprentissage et tout ce qui en a résulté m’ont permis de voyager partout. J’ai eu une chance inouïe…. » Ses mains s’arrêtent. La couronne de mariage est terminée. Et les bourgeons de La Noue, un par un, grandiront…

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