L’imitateur dijonnais Christian Legal aura à peine eu le temps de roder son nouveau spectacle à Paris. Confiné dans la foulée en Côte-d’Or, il ronge son frein en attendant le retour sur les planches.

Par Dominique Bruillot

11 mars 2020, théâtre du Gymnase à Paris. Julien Doré et Jean-Louis Aubert ouvrent le show. Façon Ruquier dans On n’est pas couché, l’humoriste et imitateur fait défiler ceux qu’on ne recevra pas ce soir : Muriel Robin, Jean-Pierre Bacri, Benoit Poelvoorde et les autres. Fidèle à lui-même, Christian Legal fait son « état des lieux de la société médiatique, de la téléréalité, de la politique, des peoples ». L’artiste est heureux. Cette première de « Christian Legal se l’imite #AuxDégatsDesLieux » a nécessité des mois et des mois de préparation…

Retour au bercail

« Une belle première, parce que ce fut une belle dernière aussi », ruminera-t-il plus tard. Covid l’invisible, et donc inimitable, a renvoyé aussi sec tout le monde à la maison. Le Dijonnais et ses 100 voix en l’air sont confinées au bercail. Comme tout le monde du spectacle, l’humoriste envisage un clap de fin pour 2020. Même si, au moment où nous l’avons appelé dans sa maison du canton de Mirebeau, il y a quelques semaines, il travaillait sur un report de sa programmation à la rentrée.

Pas de chance non plus, la problématique sanitaire le rejoint vite aussi : « Ce confinement, je le vis sur deux plans : mon épouse est médecin, la peur de la viralité est palpable dans la salle d’attente, la peur de ramener ça à la maison aussi. » Et la télémédecine ne peut pas tout.

« Je ne m’attends pas à des miracles, ça prendra des mois pour nous, on sera la cinquième roue du carrosse. »

C’est donc le moment du retour aux sources. « On a la chance d’être à la campagne, je fais du bois, je range… » Ainsi que de l’éloignement des proches, de sa fille notamment, qui est à Montréal pour y suivre un parcours Sciences Po. Le quotidien passe par les réseaux sociaux. Facebook et Instagram Live sont les derniers remparts contre l’oubli, avec tous les travers qui vont avec. Le temps d’une rigolade, Christian Legal y croise ses amis Grâce de Capitani ou le charismatique collectionneur de l’émission Affaire conclue, Pierre-Jean Chalençon.

Rêve de sagesse

Il repense alors à son travail d’observateur de la société, à mi-chemin, à certains égards, entre l’animateur et le journaliste. « Je fais le constat des « dégâts » des lieux, puis je les transforme sur scène », dit celui qui s’inquiète pour la filière culturelle dont il connaît bien la fragilité. « Je ne m’attends pas à des miracles, ça prendra des mois pour nous, on sera la cinquième roue du carrosse. »

La lumière viendra peut-être de l’âme humaine : « Si seulement tout ça pouvait donner un peu plus de sagesse, nous permettre de prendre de la hauteur sur les choses, de partager des moments heureux et de l’amour… mais j’ai peur que le naturel revienne au galop. On ne va pas le contredire sur ce point, notre ami Christian Legal. Lui qui passe le plus clair de son temps à s’imprégner des défauts et des excès de l’Homme pour en faire le spectacle, a toute légitimité pour douter. En attendant le retour sur les planches, il a en revanche, dans la drôle de période que nous traversons, une belle matière à décortiquer et triturer. Il n’est donc pas impossible que la deuxième représentation de son nouveau spectacle s’enrichisse d’un contenu viral, aux accents post-Covid. Elle fera tomber de nouveaux masques, c’est certain.

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