La 160e vente des vins des Hospices de Beaune va commencer ce dimanche 13 décembre à 14h. Le produit de la pièces des présidents sera destiné aux hospitaliers victimes du Covid-19 en France. Il règne une drôle d’atmosphère à Beaune, entre silence et force tranquille de l’espérance.

Les Hospices de Beaune, ce dimanche 13 décembre au matin. © Alexis Cappellaro

Nous y voilà. Un mois après l’impensable annulation de dernière minute, la 160e vente des Hospices de Beaune a bien lieu ce dimanche 13 décembre 2020. Ouf. Mais n’en rajoutons pas une couche. Les journalistes de tous horizons ont déjà relaté, avec la gourmandise des scénarios rocambolesques, ce « oui-non-oui-puis-finalement-non ». On a lu par exemple que Nicolas Rolin et Guigone de Salins, les « pôvres », devaient s’en retourner dans leur tombe ! Dans l’entretemps, devinez quoi, on a justement trouvé là où reposait le fondateur des Hospices de Beaune, à 50 km d’ici, dans le sous-sol éternel d’Autun. Chacun est libre d’y voir un signe ou pas… On n’en dira pas plus, non plus, sur dans les rues désertes de la ville, ni sur tout ce qu’il manque à cette vente des vins des Hospices de Beaune pour qu’elle en soit totalement une. 2020 est définitivement un millésime hors du commun.

Au nom de Marie-Cécile

François Poher ne dit pas autre chose. Lors de la traditionnelle conférence de presse, ce dimanche matin, le directeur des Hospices a fait le récit d’un 160e anniversaire « sur lequel nous nous projetions il y a un an, pour célébrer ce que nous sommes depuis près de six siècles et l’engagement de nos hospitaliers, avec du blanc partout dans la ville ». Le coronavirus, hélas, a hissé son pavillon noir. Une centaine d’hospitaliers beaunois ont été touchés par le virus dans l’exercice de leur fonction. Marie-Cécile, une aide-soignante, y a même laissé sa vie. Tout cela donne une autre couleur à l’événement.

 Il y a aussi, de l’autre côté de la lumière, « 600 bébés nés à Beaune depuis le début de la pandémie ». Ils sont ceux de l’espérance. Ludivine Griveau, elle, fait état de « 630 bébés » : 474 pièces de rouge et 156 de blanc, réparties en 50 cuvées. La régisseuse du domaine « ne pensait pas si bien faire en intitulant ce millésime « l’inoubliable » ». Avec sept équipes mobilisées pour « aller chercher le raisin dès qu’il est bon à prendre », elle a pris soin de 60 hectares de vigne. Lesquels ont donné de beaux raisins avec une précocité qui devient habituelle : premières vendanges le 17 août à Chaintré mais aussi à Meursault, « dans l’idée de ne pas récolter des blancs sans acidité », fin le 29 août. Soit 100% de vendanges sous le soleil de la Bourgogne. 

« Autant mobilisé qu’à l’accoutumée »

En cuverie, le pinot noir a été éraflé à 100% cette année, avec des préfermentations très longues et très froides, « pour aller chercher le fruit ». Sa majesté chardonnay, lui, a été « facile à travailler, avec des pressurages modérés, des jus bien écoulés et tout de suite très savoureux, qui n’ont pas nécessité de correction d’acidité ». 

En ce moment, les fûts attendent leurs généreux acheteurs. Ils en frémissent d’avance : les fermentations des blancs « sont enclenchées, mais elles pourront se terminer chez les éleveurs, ce qui est très important car chaque acheteur pourra retrouver la patte du vigneron à qui il confie son futur vin ». Ainsi soit-il entre nos rangs de vigne. Que chacun se rassure, nos ceps respectent la distanciation, ils sont vigoureux et immunisés. Tout va très bien sur ce point.

Idem sur le plan logistique, comme l’a confirmé Aline Sylla-Wallbaum, la directrice générale du pôle luxe de l’opérateur de vente Christie’s : une vingtaine de professionnels seront sur place pour prendre les enchères, idem à Paris. « Tout le monde est autant mobilisé qu’à l’accoutumée, y compris du côté des acheteurs avec 171 enregistrés pour 80 paddles (ndlr, les panneaux servant à signifier une enchère) pour une centaine d’acheteurs en ligne sur Christie’s Live. »

La salle de vente, dans une configuration inédite cette année. © Alexis Cappellaro

La pièce des présidents scrutée

Certaines choses ne changent pas. La pièce des présidents sera toujours particulièrement scrutée. La vente des 228 litres de Clos de la Roche « Les Froichots », élevés dans un fût du domaine du Château de Chambord grâce à un partenariat inédit, profitera aux hospitaliers de France victimes du Covid-19, représentés par la Fédération hospitalière de France (FHF) et le Comité de gestion des œuvres sociales (CGOS). L’an passé, un Corton Bressandes était parti à 260 000 euros. Le maire de Beaune Alain Suguenot en espère au moins autant, adressant au passage un petit coucou au premier acheteur de la vente depuis vingt ans ans, Alberic Bichot, présent en salle de presse ce matin. Il le faut, au nom de la sainte tradition et des progrès de l’hôpital : grâce au produit de la vente, par exemple, un service de rééducation cardio-vasculaire au centre hospitalier Philippe le Bon pourra vivre dès janvier 2021.

Cela réjouit le cœur de Guillaume Papin, venu représenter la FHF et les 5000 établissements publics de santé qui en dépendent. Soit un million de professionnels de toute nature. Le parrain de la fédération, Marc Lavoine, qui fera grimper les enchères par visio, sera donc le porte-voix d’un « hôpital public loin d’être sorti d’affaire, d’où la nécessité de rappeler à chacun que la prudence est de rigueur en ces périodes de fête ». Pour les malades et ceux qui les soignent, à Beaune comme ailleurs, nous avons le devoir d’espérer. À Ludivine Griveau la formule finale : « Le pare-brise sera toujours plus grand que le rétroviseur. »

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