Plébiscité pour devenir maire de Meursault, Denis Thomas a aussitôt enfilé son casque de président de « Beaune et Pays beaunois Tourisme » pour faire la guerre à la Covid. Analyse d’une situation hors norme et remerciements en passant à nos amis frontaliers, qui reviennent en force goûter nos vins !

Denis Thomas, maire de Meursault et visage (découvert, pour la photo) du tourisme beaunois. © D.R

Au soir du 14 mars, le chaud et le froid envahissent l’esprit de Denis Thomas. Les urnes ont parlé. Les Murisaltiens en ont fait leur maire, avec un score africain, 85 % de votes « pour ». Mais il va falloir confiner la France dans deux jours. Pour celui qui est aux manettes du tourisme en Pays beaunois depuis de nombreuses années, un secteur qui représente à lui seul 10 % de l’emploi salarié local (2,5 fois plus que la moyenne nationale !), c’est un printemps glacial et un été très incertain qui s’annoncent.

« Nous capitalisons habituellement sur 1,2 million de nuitées et 1,6 à 2 millions de touristes, soit autant que le département des Deux-Sèvres et son marais poitevin ou que la ville de Strasbourg ! » Puis l’élu enfonce le clou de la comparaison : « 202 restaurants, autant qu’à Bordeaux ; 80 hôtels, autant qu’à Blois et Chambord réunis. » Vus comme ça, les enjeux sont bien positionnés.

Beaune et le Pays beaunois en trait d’union

Denis Thomas est un homme du train et de la nature qui aime observer le ciel. Il apprécie que ce dernier ait retrouvé de sa virginité bleue. Cela rappelle pourtant que les Américains et les Asiatiques n’ont plus accès au tarmac des aéroports, jusqu’à nouvel ordre. L’Office de tourisme intercommunal, confronté à la situation, « a donc joué son rôle de trait d’union entre le monde du tourisme et les opérateurs ». Beaune a fait cette année le deuil de sa clientèle habituelle. Même si les chapitres du Clos Vougeot reprennent en fin d’année, la base d’hébergement et de restauration beaunoise devra se passer au moins jusqu’au printemps prochain des populations à fort pouvoir d’achat ayant traversé les océans. Contraint par la situation, l’Epic présidé par Denis Thomas s’est aussitôt mis à l’ouvrage : « Il a fallu un véritable plan d’accompagnement au déconfinement, en maintenant nos moyens de communication malgré la chute vertigineuse de nos propres ressources puisque nous dépendons principalement de la taxe de séjour. »

Les Hospices sont l’aimant touristique de Beaune et du Pays beaunois. Leur gratuité en juin a contribué à un dynamisme plus ou moins retrouvé. © Beaune Tourisme

Haut de gamme entre Paris et Lyon

La production de vidéos promotionnelles a été accélérée. Mais le soutien vient aussi bien de l’argent que de l’information. Les acteurs du tourisme, qui constituent un maillage très diversifié de TPE et de travailleurs indépendants, ont été désemparés face à la crise sanitaire et à ses conséquences. Le conseil et la multiplication des visioconférences, surtout quand il s’agit de composer avec la jungle des aides et des solutions possibles, sont devenus une pratique quotidienne pour les personnels de l’Office de tourisme intercommunal. À contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles.

Habituellement, Le Cep, le plus coté des hôtels de Beaune, réalise 70 % de son chiffre avec 72 nationalités étrangères, dont un tiers d’Américains.

Alors, pour motiver ses troupes et les touristes, Denis Thomas sort un argument simple et efficace : « Entre Paris et Lyon, Beaune est l’évasion haut de gamme, une destination soucieuse aussi de l’environnement, comme en témoigne le succès fou de notre bassin de baignade Beaune Côté Plage à Montagny. » Le président de Beaune Tourisme situe le rayonnement de son territoire dans un cercle tracé au compas, de 400 kilomètres de rayon. Lausanne bien évidement et, à peu de choses près, Bruxelles et Munich sont dans la cible. Du coup, la Bourgogne et sa capitale des vins retrouvent avec plaisir nos amis belges, suisses, allemands ou bien hollandais, fortement attachés au pinot noir et au chardonnay de nos terroirs.

Jean-Claude Bernard, propriétaire de l’hôtel Le Cep, l’un des plus prisés du Pays beaunois. © D.R

Belges et Suisses au rendez-vous

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Jean-Claude Bernard, le propriétaire du Cep, présente un tableau assez apaisant de la situation : « On a fait une projection jusqu’à avril, sans les avions et leurs passagers, et on devrait franchir cette zone de turbulences. » Habituellement, le plus coté des hôtels de Beaune réalise 70 % de son chiffre avec 72 nationalités étrangères, dont un tiers d’Américains. Il fait le plein en forte saison. En juillet 2020, grâce à nos voisins européens, le taux d’occupation est de l’ordre de la moitié, ce qui est un moindre mal.

Il est intéressant d’ailleurs, de voir comment ce secteur du CHR garde globalement le cap. Peut-être voit-il au loin un éclaircissement de l’horizon, dans la nouvelle donne annoncée du tourisme local. Parmi les décisions d’urgence prises en juin, la gratuité des Hospices a ainsi drainé un public différent. « C’est sur ce genre d’effet de levier, en mesure de mettre au jour de nouveaux centres d’intérêt, que nous devons aussi travailler », en déduit Denis Thomas. Beaune et le Pays beaunois, comme tant d’autres territoires poussés à la remise en question, est donc face au défi de la diversification de son attractivité.   

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