La Vente des Hospices de Nuits-Saint-Georges repose sur une alchimie particulière où se croisent un système hospitalier en réforme, un rapport au terroir exceptionnel et une ville qui a l’esprit de fête. Décryptage.

Soyons clair. En 2021, Beaune totalise 12,6 millions d’euros, Nuits-Saint-Georges tutoie les 2 millions d’euros. Les deux ventes aux enchères ne jouent pas dans la même cour des Hospices. Un rapport de 1 à 6 qui n’explique pourtant pas, à lui seul, l’explosion médiatique beaunoise. Mais est-il vraiment nécessaire de comparer ?

La capitale du pinot noir, 5 400 habitants, a son identité. Sa nature fondamentalement paysanne, que nous soulignons par ailleurs, n’a rien de commun avec la flamboyance commerciale de la capitale des vins de Bourgogne. Et puis, le maire de la ville le rappelle plus simplement : « Nuits-Saint-Georges vit avec sa vente depuis deux ou trois générations, Beaune a plus de 160 années d’histoire derrière elle. »

Nouvelle donne

Depuis quelques années, Alain Cartron s’adapte à la nouvelle donne consécutive à la fusion des centres hospitaliers de la région (Arnay-le-Duc, Nuits-Saint-Georges et Seurre) avec le Centre Philippe le Bon. Laquelle a donné naissance à un établissement supervisant près de 1 000 lits : les Hospices Civils de Beaune. Première conséquence directe, le maire perd le Conseil d’administration de son hôpital et la présidence qui va avec. Deuxième impact : un cadrage commun des deux domaines hospitaliers, qui conservent à leur tête deux régisseurs emblématiques : Ludivine Griveau (Beaune) et Jean-Marc Moron (Nuits). Cette réforme voulue par l’État a des vertus que personne ne conteste vraiment. Elle rebat aussi les cartes de l’autorité territoriale. Le premier magistrat nuiton, en bon général à la retraite, mobilise donc ses troupes pour que sa ville conserve sa marge de manœuvre et son identité. 

Sur un plan purement politique, Alain Cartron, élu premier magistrat depuis 2008, ne cache pas quelques inquiétudes : « Cette réforme présente le risque d’éloigner le service public de la population, à vouloir faire du gros avec du petit, ça ne marche pas toujours ». Sur le registre de la solidarité qui définit la vente elle-même, mais dont il n’est plus l’organisateur officiel, il salue volontiers « une bonne entente entre le système hospitalier et la Ville ».

Nuits capitale

Le maire ne manque pas, alors, de souligner que « c’est au champ politique de venir au secours de la vie sociale ». La fête, en ce sens, est le vecteur de l’écoute de l’autre. Les enchères sont passées à l’ère du numérique, mais les événements qui se greffent autour d’elles, sont les activateurs positifs du moral de chacun. Il était temps, « car cela fait deux ans qu’on ne s’embrasse plus, qu’on ne se sert plus la main mais on sent bien que petit à petit ça se relâche, que le printemps est le signal du renouveau, que nous avons vraiment tous besoin de faire la fête ».

Nuits assume sa dimension nationale, voire locale, a contrario de Beaune qui joue sur un registre mondial. « Dijon est la capitale de la Bourgogne, Beaune la capitale des vins de Bourgogne, Nuits-Saint-Georges la capitale des viticulteurs », martèle un nouvelle fois Alain Cartron, qui se réjouit en passant, de l’effet Unesco : « Le classement mondial attire des gens en quête de vins authentiques, soit une clientèle très sympa et les viticulteurs se mettent à ouvrir des caveaux. »

Nuits au Grand Jour, le salon organisé contre vents et marées par le syndicat local (lire pages 92-94 du DBM 91), illustre cette volonté farouche qu’ont les faiseurs de grands vins, à rester connectés avec la population environnante. Avec la meute géante et joyeuse du semi-marathon qui fête tout juste ses 20 ans (lire pages 102-104 du DBM 91), puis le traditionnel et très attendu Salon du chocolat organisé par l’indispensable association La Cabotte (lire pages 98-100 du DBM 91), l’esprit de fête s’empare non seulement des papilles des dégustateurs, il s’infiltre dans les têtes et fait courir les jambes.

Encore plus solidaire

Au milieu de tout ça demeure un enjeu de taille, qu’il faut préserver à tout prix : la spécificité de la vente de charité et l’élan de générosité qui va avec. En une dizaine d’années, comme l’indique notre infographie ci-dessus, le produit des enchères a pratiquement quadruplé. Une envolée caractéristique du marché spéculatif bourguignon.

Dans une certaine mesure, cette envolée profite à l’association bénéficiaire de la vente de la pièce faite à son profit. Mais pas pleinement. En 2012, la fédération française des chiens guides d’aveugles avait empoché 31 000 euros. L’année dernière, sous l’égide d’un Erik Orsena confiné, l’Institut Pasteur, pourtant sous le feu des lumières covidiennes, a récolté un peu moins de 50 000 euros. Alors que dans le même temps, le prix moyen d’une pièce a, tout comme le chiffre d’affaires global, été multiplié par 4. 

Il y a donc encore de l’espace pour faire monter les enchères solidaires. La morale de l’histoire ne doit pas laisser entendre que la courbe de la générosité grimpe moitié moins vite que la courbe spéculative des vins.  En ce millésime exceptionnel du renouveau et de retrouvailles, placé sous le charme de la chanteuse d’origine nivernaise Élodie Frégé, soyons sûr que la pièce de charité – un assemblage inédit des 9 premiers crus du domaine – fera un grand bond en avant. Pour le bonheur des bénéficiaires et acteurs de l’association APF France Handicap. Il n’y a pas de raison pour qu’il en soit autrement. 

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