1 923 000 euros, soit +19% par rapport à 2020. La 60e vente des vins des Hospices de Nuits a fait tomber plusieurs records, dimanche 14 mars 2021 au Château du Clos de Vougeot. La générosité des acheteurs est toujours aussi virale. Et l’appellation Nuits-Saint-Georges n’en finit plus de progresser.

Maître Hugues Cortot a été pour la seconde fois l’animateur de cette 60e vente des Hospices de Nuits. Une nouvelle réussite pour un professionnel apprécié, qui inscrit l’événement dans une nouvelle ère. ©D.R.

En dépit de tout, certains voyants étaient au vert : d’abord un millésime 2020 « de très haute tenue, sur toutes les cuvées, grâce à un nouveau travail admirable de Jean-Marc Moron et son équipe », estimait Laurent Delaunay, acheteur historiquement lié à l’événement. Ensuite une charité bien ordonnée par les organisateurs, avec prise d’enchères facilitées et retransmission en direct au plus grand nombre. Enfin, la formule à la bougie définitivement révolue, grâce à l’arrivée l’an passé de Maître Hugues Cortot. Le commissaire-priseur est unanimement apprécié. « Un pro avec de l’humour et le sens de la formule, qui connait sa salle et la tient », résume un autre habitué.

Avec 1 923 000 euros récoltés, cette 60e vente est donc « historique », comme on dit un peu facilement aujourd’hui. Les 113 pièces de vin du domaine des Hospices de Nuits se sont arrachées à un rythme soutenu – « ce qui est très fort quand on pense qu’il y a quelques décennies, certaines pièces ne trouvaient même pas preneurs ». Longtemps, la cinquantaine d’acheteurs in situ a même cru dépasser la barre des 2 millions. « Le nombre total d’acheteurs a augmenté de 20% par rapport à l’édition précédente – qui avait déjà connu une hausse de 50% par rapport à 2019. Même si certains acheteurs internationaux n’ont pu participer en raison du contexte, cela démontre un fort intérêt porté aux vins du domaine et à cette vente caritative », apprécient les Hospices de Nuits. Parmi eux, les maisons Bichot (premier acheteur avec 18 pièces moyennant 325 000 euros), Faiveley, Delaunay et Dufouleur ont fait honneur aux traditions, en se montrant particulièrement actifs. Il en est de même pour Thibault Liger-Belair. Dans son style tout en sobriété, le vigneron nuiton a fait tomber un autre record en agitant son paddle n°321 pour le compte d’un client au téléphone : l’ultime pièce des Saint-Georges, le plus convoité des premiers crus nuitons, est partie à 32 000 euros. Jamais 228 litres de vin des hospices n’avaient grimpé à cette altitude.

Quand la confrérie fait honneur à ses fondateurs

La pièce de charité appartient aussi à la postérité. Grâce au système de souscriptions permettant à tout le monde d’acheter des bouteilles, 49 380 euros seront légués à l’Institut Pasteur, parrainé par Erik Orsenna. Trois fois « cas contact » sur les trois derniers mois, l’académicien a dû se limiter à une présence en visio. « Tu as beau être un Immortel, je veux te garder encore un peu », lui aurait ordonné son médecin d’épouse. Ainsi soit-il. D’autant que notre environnement demeure fragile. Frédérique Chegaray, la directrice adjointe de l’Institut Pasteur, en a apporté une autre illustration en remplaçant au pied levé le docteur Jean-François Chambon, positif au vous-savez-quoi. Au bout du compte, Nuits-Saint-Georges aura fait honneur aux 2 700 chercheurs des 130 unités de recherche de l’institut.

La confrérie des Chevaliers du Tastevin a aussi montré l’exemple. Malgré son sommeil forcé entre ses vénérables murs vougeotins, elle a acquis comme chaque année une pièce des premiers crus Rue de Chaux et Saint-Georges. « Pour le premier, l’explication est simple : nous sommes ici entre nos murs du Clos de Vougeot, la confrérie a son siège à Nuits, rue de Chaux, et la cuvée se nomme Camille Rodier. Pour les Saint-Georges, nous optons pour la cuvée Georges Faiveley, rendant ainsi hommage à nos deux fondateurs. Nous servons ce vin lors de nos chapitres, après plusieurs années de vieillissement avantageux. Nous comptions justement tenir un chapitre de la Vente nuitonne ; cette idée ne retombe pas et nous espérons bien pouvoir l’organiser l’an prochain », développe Arnaud Orsel. Le jour J, l’intendant général de la confrérie bachique s’en est donné à cœur joie, paddle à la main. « C’était une vraie réussite en dépit des circonstances. Les Hospices de Nuits, avec une centaine de pièces pour environ 2 millions d’euros, ne sont pas si éloignés de la moyenne observée à Beaune avec 600 pièces pour 14 millions. Je rejoins le constat du maire Alain Cartron : Nuits ouvre la saison du vin, Beaune la referme. » Pour les deux hospices vignerons, 2020 restera donc un millésime inoubliable. Pourvu que les prochains le soient encore, si possible pour d’autres raisons.

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