La formation est au cœur de l’engagement consulaire. Bientôt, les CCI 21 et CCI 71 ne feront qu’une, représentant 48 000 entreprises. Delphine Still et Pascal Leyes, leurs directeurs généraux respectifs, pointent les avantages de ce rapprochement entre deux chambres complémentaires.

Bientôt elle ne sera qu’une, représentant 48 000 entreprises. Soit, à peu de choses près, la moitié du parc entrepreneurial de Bourgogne-Franche-Comté. La future CCI Métropole de Bourgogne, qui regroupera les chambres de la Côte-d’Or et de la Saône-et-Loire, s’organise en amont de son acte de naissance. La mission originelle consulaire restera la même : accompagner le développement des entreprises et des territoires. Sur le terrain de la formation initiale et continue, emblématique de cette mission, ce rapprochement entre les deux CCI sera vertueux. C’est en tout cas ce qu’affirment leurs directeurs généraux, Delphine Still (21) et Pascal Leyes (71).

La fusion entraine une réorganisation générale. Comment comptez-vous protéger voire renforcer les spécificités territoriales dans le domaine de la formation ?
Delphine Still : Côté formation, beaucoup de choses ont été faites et bien faites.  Sous l’impulsion des présidents Xavier Mirepoix (CCI 21) et Michel Suchaut (CCI 71), et des deux élus en charge de la formation Patrick Granday et Antoine Diaz, nos activités formations sont à l’équilibre et bien gérées. Notre service formation est déjà commun aux deux CCI. Il a démontré toute la pertinence de proposer, sur les deux départements, une offre en alternance (16 diplômes de bac+2 à bac+5) et continue pour les salariés des entreprises. Plus de 200 programmes ! La création de la CCI unique va permettre de mutualiser nos autres outils de formation, CFA des métiers de l’automobile, Ecole de Gestion et de Commerce, Ecole Supérieure du Design et du Digital, et ainsi proposer une offre dans de très nombreuses spécialités, du CAP au Bac+5, aux jeunes, aux demandeurs d’emploi, aux salariés et aux chefs d’entreprises. 

Qu’est-ce qui distingue ces deux départements ? Sont-ils similaires ou complémentaires ?
Pascal Leyes : Similaires et complémentaires ! Leur poids économique, leur superficie et leur nombre d’habitants sont très proches. On rapproche donc dans une CCI unique deux territoires équilibrés. La Côte-d’Or est davantage urbaine, avec la métropole dijonnaise, et tournée vers les services et l’agroalimentaire. La Saône-et-Loire a une longue tradition industrielle, avec un maillage de villes moyennes. Les deux départements possèdent le même nombre d’intercommunalitéss, 19 chacun, et nous avons l’ambition de travailler avec elles pour le développement des territoires.

La crise sanitaire bouscule la donne dans les entreprises
et la formation, qui a une tendance naturelle à utiliser la visioconférence. Cela condamne-t-il les cours magistraux dans des salles ?

DS : Nous avons dû nous nous adapter et proposer, dès le premier confinement, des solutions numériques pour permettre la continuité des formations. Et cela a parfaitement fonctionné. Nos formations en apprentissage ou en contrat de pro, nos formations initiales et nos formations continues ont pu majoritairement être dispensées à distance, en déployant des plateformes en ligne. Est-ce qu’il sera difficile de revenir en arrière ? En partie, sans doute. Mais je crois plutôt à un mix de présentiel de distanciel qui peut répondre aux contraintes de déplacement ou de temps. Le lien que doit tisser le trio « apprenant, formateur, entreprise » est indispensable et il passe forcément par les relations sociales et humaines.

La future CCI Métropole de Bourgogne en chiffres clé
La formation initiale et continue sur les territoires rassemblés de la Saône-et-Loire et de la Côte-d’Or c’est :
– 4 campus à Dijon, Beaune, Chalon-sur-Saône et Mâcon et deux antennes à Ecuisse et Charolles.
– 4 écoles : EGC CENTREST, CFA Auto, SmartCampus, ESADD
– Plus de 1 000 diplômés chaque année dans les formations en alternance
– Plus de 30 diplômes du CAP au Bac + 5
– 90 % d’insertion professionnelle dans les 6 mois qui suivent la formation
– 636 jeunes en apprentissage au CFA Auto à Mâcon
– 148 étudiants en Bac+3 à l’EGC CENTREST dont 25 apprentis, avec un campus à Chalon-sur-Saône et un à Bourg-en-Bresse
– 5 000 salariés et dirigeants d’entreprises formés chaque année

Vos enseignants et intervenants sont majoritairement des chefs d’entreprise. En quoi la CCI se distingue-t-elle des autres sources de formation sur ce point ?
PL : C’est la marque de fabrique de la formation dispensée par la CCI. Chez nous, tout respire l’entreprise ! Le dénominateur commun à toutes nos formations, c’est qu’elles sont faites par et pour les entreprises. Elles ont toutes pour objectif l’employabilité des personnes qui se forment et la réponse au besoin de compétences des entreprises de notre territoire. Voilà ce qui nous distingue. 

DS : Les chefs d’entreprise sont au cœur de notre pédagogie, ce sont nos formateurs, ils sont membres des jurys de soutenance et d’examen, ils recrutent en contrat d’alternance, ils s’impliquent dans nos opérations de promotion des métiers. Nous sommes en lien avec les branches professionnelles pour le déploiement de formations spécifiques telles que les CQP dans l’immobilier ou dans le domaine de l’automobile, les entreprises accueillent les jeunes en stage et nos diplômes sont conçus en concertation avec elles.

Lancée en 2019 par la CCI Côte-d’Or Dijon Métropole avec l’appui d’autres CCI (Saône-et-Loire, Haute-Saône, Doubs), l’Esadd (Ecole Supérieure Appliquée au Design et au Digital), une école supérieure innovante pour les futurs acteurs de l’innovation numérique. © Jean-Luc Petit

Longtemps l’apprentissage a été injustement cantonné à un CAP synonyme d’échec scolaire. Les choses ont-elles vraiment changé ?
PL : C’est une vieille rengaine, il faut arrêter avec ça. Aujourd’hui, on forme en apprentissage de 15 à 29 ans, du CAP au doctorat, dans plus de 400 métiers. Enfin, après des années de promotion, de formation, de lobbying, dans lequel les CCI ont joué un rôle essentiel, l’apprentissage a acquis ses lettres de noblesse et nous formons aujourd’hui par cette voie dans toutes nos écoles et CFA. Cette pédagogie est de plus en plus plébiscitée par les jeunes comme par les entreprises. Les chiffres au niveau national le prouvent : 353 421 contrats en 2019 et 495 000 en 2020. 

De nouvelles filières émergent, avec de nouveaux besoins, dans l’enseignement supérieur notamment. Avez-vous anticipé cette vague ?
DS : Vous voulez parler de web marketing ? De supply chain ? De digital et de design ? De transport multimodal ? D’immobilier ? Oui ! Nous avons déjà une offre en ce sens ou bien travaillons sur des projets bien avancés. Nous avons mis en place il y a 2 ans l’ESADD (École Supérieure Appliquée au Design et au Digital), nous avons ouvert l’année dernière un campus de l’Ecole Supérieure de l’Immobilier avec la Fnaim, nous développons une formation bac+5 en alternance de Manager des achats et de la supply chain, dont Framatome, entreprise locale, valide la pertinence. Nous savons être agiles et réactifs, en capacité à monter des formations en quelques mois pour répondre à un besoin du marché.

PL : L’Ecole de Gestion et de Commerce à Chalon vient d’être visée pour cinq ans par le ministère de l’enseignement supérieur, c’est tout à fait inédit, et notre centre de formation d’apprentis CFA Auto à Mâcon est CFA pilote de la branche automobile. À ce titre, il bénéfice des dernières innovations pédagogiques. Nous sommes clairement inscrits dans l’avenir ! Je tiens à préciser aussi que la qualité de nos formations est un engagement fort de nos élus, et que cette qualité est validée par les certification ISO 9001 et Qualiopi notamment.

À Mâcon, le centre de formation d’apprentis CFA Auto dépendant de la CCI 71 est un CFA pilote de la branche automobile. À ce titre, il bénéfice des dernières innovations pédagogiques. © Jean-Luc Petit

Entre « qualifiante » ou « diplômante », la définition d’une formation rivalise de subtilité. Le diplôme n’est plus la seule quête du graal pour réussir dans sa vie professionnelle ?
DS : Bien sûr, les talents personnels (les softs skills), le comportement individuel, les valeurs, le sens de l’initiative, tout ceci contribue à l’accomplissement et à la réussite personnelle. Et nous l’encourageons ! Le diplôme reste néanmoins une porte d’entrée nécessaire vers l’emploi. 

PL : À côté des diplômes de l’Éducation nationale types CAP ou BTS, nous dispensons des diplômes visés, des diplômes de branches professionnelles, des diplômes du réseau CCI… tous mis en place, évalués et validés par les entreprises. Nous diplômons et nous qualifions. C’est une garantie de réussite professionnelle, car nous formons dans des métiers qui embauchent et pour répondre aux besoins des entreprises. Des diplômes qui ont les pieds sur terre donc !

La finalité d’un parcours de formation, c’est l’emploi et la réalisation de l’individu dans son emploi. Est-ce toujours aussi simple ?
PL : Nous avons une vision globale de l’ensemble du parcours, qui commence par la promotion des métiers et la relation école-entreprise, passe par le conseil à l’orientation (nous avons spécifiquement créé La Fabrik de l’orientation pour accompagner les jeunes dans l’orientation), la formation puis l’accompagnement à l’insertion professionnelle, en lien toujours avec les besoins en compétences des entreprises et nos réseaux professionnels. C’est cette chaine vertueuse qui tend à garantir que le parcours de formation conduira à un emploi. 

DS : Nous apportons aussi un soin particulier à l’accompagnement personnalisé des jeunes, à travers des équipements performants, du matériel pédagogique de pointe, du conseil individualisé, du coaching, du lien social etc. Et ça marche : près de 90 % de ceux que nous formons, quelles que soient les filières, trouvent un emploi dans les mois qui suivent.


Ils témoignent

  • SMARTCAMPUS : « Régulièrement, nous embauchons des alternants SmartCampus au sein de l’entreprise, afin de faciliter leur intégration professionnelle et de détecter des talents. Plusieurs alternants ont été recrutés en CDI à l’issue de leur alternance. » Framatome
  • CFA Auto : « J’ai moi-même été apprenti. Après une longue carrière comme salarié et comme chef d’entreprise, j’ai pris la direction en 2017 du pôle MAN Dijon. J’ai toujours cru à l’apprentissage : j’embauche des apprentis pour les former et les garder ensuite. C’est une chance d’avoir à proximité un CFA qui forme aux métiers de l’automobile. » Armand Coquelin 
  • ESADD : « Apprendre en faisant ! Voilà ce qui m’a séduit dans cette école, qui réunit design et digital. Pendant mon Bachelor, l’ESADD me permet de mener des projets numériques de A à Z, au plus près des entreprises et accéder ainsi aux métiers de la création numérique. » Julie D.
  • EGC : « Leadngo propose des solutions de marketing digital et de développement commercial B2B externalisées. Dans le cadre de nos activités, j’intègre chaque année un étudiant de l’EGC et c’est une opportunité pour nous de disposer localement des compétences de jeunes diplômés formés au marketing et au commerce. » Eric Mermet, président de Leadngo
  • CCI Formation :  « Dans le cadre du développement de son Ecole Supérieure de l’Immobilier (ESI), la FNAIM a voulu être plus proche de ses adhérents pour leur permettre de recruter des collaborateurs formés, notamment en Transaction Immobilière. Nous avons signé une convention avec le pôle formation de la CCI 21 dans le cadre d’un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) avec l’aide du Conseil Régional BFC, de notre Opérateur de Compétence (OPCO EP) et de Pôle Emploi. En seulement deux ans, avec les moyens et la logistique de CCI Formation, nous avons avec des agents immobiliers investis et des formateurs CCI compétents, permis à plus de 45 demandeurs d’emploi d’être formés et d’intégrer une agence immobilière pour retrouver un travail. » Luc Millet, président FNAIM BFC

 

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