Corcelles-lès-Cîteaux sort d’un épisode médiatique douloureux, qui a vu son maire démissionner et entraîner l’élection d’un nouveau conseil municipal. Samia Djemali est la dépositaire de cette nouvelle ère plus apaisée. Avec le sens de l’engagement et la lucidité qui la caractérise, l’élue prend toute la mesure de cette responsabilité. Et compte bien inscrire son action dans la durée.

Notre rubrique commence toujours ainsi : quel est votre lien intime avec le village ?

Nous sommes arrivés en 2008 dans la commune, avec l’envie de s’installer dans une maison où l’on verrait grandir nos enfants « au vert » et surtout avec nos moyens. Corcelles-lès-Cîteaux a été une évidence : une petite commune avec une école, un collège à proximité bien desservi et à 20 minutes de mon travail, de grands espaces verts… Le tout à portée de Dijon et de la Côte de Nuits. Les principaux critères étaient réunis. Je suis immédiatement tombée sous le charme.

Sans revenir sur les raisons de ce Plus Belle la Vie sauce corcelloise, quels sont les ingrédients municipaux d’un « monde d’après » apaisé ?

S’il existe une recette, après un mois de prise de fonction dans des conditions que je vous laisse imaginer, je suis preneuse (sourires)… Bien heureusement, la commune est déjà apaisée du seul fait de ne plus être sous les projecteurs pour de mauvaises raisons. Au-delà de ce feuilleton, c’est une belle aventure humaine qui démarre, avec une équipe motivée, des habitants qui nous soutiennent, et une petite communauté qui nous suit encore plus depuis notre arrivée sur les réseaux sociaux. Pour le reste, vous me reposerez la question dans un an !

Corcelles-lès-Cîteaux a fait les choux gras des médias. À part ça, on s’y sent bien ?

Comme toutes les communes, Corcelles a son histoire et elle se perpétue par la présence de familles installées depuis plusieurs générations. Ces dernières années, de nouvelles familles se sont installées et vont pouvoir écrire les nouvelles pages de notre histoire commune. Nous avons le privilège d’avoir une forêt et de grands espaces qui permettent de belles balades. Tout est réuni pour vivre en famille ou profiter de sa retraite paisiblement.

Au regard des conditions de cette élection, vous avez prôné l’indulgence pour vous et le nouveau conseil municipal. Est-ce à dire que vous êtes maire-intérimaire ?

Je me présente souvent comme une femme de conviction, entière et engagée. Lorsque nous avons traversé cette période inédite dans le village, je n’ai pas hésité à adhérer à ce mouvement collectif de citoyens en colère. Mais à ce moment-là, aucun de nous n’avait imaginé réellement que nous allions occuper cette place. Aujourd’hui, j’ai été élue maire et j’assume pleinement cette responsabilité. J’ai évidemment prôné l’indulgence : comment ne pas rester humble face à cette responsabilité ? Comment prétendre que tout sera parfait ? Nous avons quatre ans devant nous et je vous confirme que nous ne nous engageons pas pour un simple intérim.

Cela dit, votre démarche politique n’est pas nouvelle. Comment définiriez-vous votre style ?

Je ne pense pas avoir un « style », mais s’il faut faire des comparaisons avec nos politiques, je dois très certainement être en décalage… Issue de la société civile, je suis avant tout travailleur social. Mon engagement est envers les autres. Ma candidature pour les départementales était claire : mon but, si j’avais été élue, était d’apporter mon expertise du terrain. Je demeure proche de plusieurs personnalités politiques locales et issues de différents partis. Je crois avant tout aux personnes et à la sincérité de leurs actions plutôt qu’aux blocs politiques traditionnels.

S’appeler Samia Boudjemah-Djemali et incarner une autorité de la République, par les temps qui courent, c’est grave docteur ? 

Si vous pensez à mes origines, j’ose espérer que non, ce n’est pas grave ! J’aime à penser que c’est simplement surprenant. Je suis doublement fière d’avoir été élue en tant que femme et ayant des origines dans une commune rurale. Pour mes parents qui m’ont élevée sur les principes de respect de la République française, c’est aussi une très grande fierté. Je suis une fervente défenseuse de la laïcité. Je ne suis pas naïve pour autant et il faut dire la vérité : les élections municipales ont révélé que certains habitants, pour cette raison ou pour une autre, n’étaient pas prêts à reconnaitre ma légitimité dans des fonctions de représentation. Mon challenge sera de leur faire voir les choses d’un autre angle.

Se pose la question de la féminisation de la fonction. Si nos calculs sont bons, vous êtes la 146e sur 698 en Côte-d’Or. Être madame le maire, exploit ou non-événement ?

Parler d’exploit serait prendre la grosse tête, dire non-événement serait comme minimiser la fonction… (sourires) Force est de constater que la proportion de femmes maires en France est encore très faible. Avant qu’une femme décide de s’engager en politique, elle se pose mille questions, dont la principale est sans doute : serais-je à la hauteur ? Et ensuite, aurais-je vraiment le temps entre travail, enfant, maison… Un homme a sans doute moins ce genre de problématique, parce que je pense que la politique, pour un tas de raisons, reste un monde masculin.

Dans votre cœur, il y a aussi Montbard et la Fontaine d’Ouche.

Je suis effectivement originaire de Montbard. Une bonne partie de ma famille y réside et j’y suis très attachée. J’ai quitté le cercle familial à 18 ans pour poursuivre mes études à Dijon. La Fontaine d’Ouche, j’y ai vécu quelques années et me suis surtout investie en tant que salariée, d’abord puis présidente bénévole à l’Association Manège, une structure de petite enfance qui a permis de soutenir de nombreuses familles face au handicap, de 1999 jusqu’en 2016 et la fermeture de la structure. J’en garde de très bons souvenirs. Si j’avais la possibilité, j’ouvrirais un nouveau manège. 

L’insertion sociale et le handicap sont au cœur de vos préoccupations. Quel est le sens de cet engagement ?

Éducatrice spécialisée de formation, j’évolue en tant que cheffe de service dans le secteur médico-social auprès d’adultes en situation de handicap. Ce domaine me rend épanouie depuis plus de 20 ans. La France compte environ 12 millions de personnes en situation de handicap, soit près d’un Français sur cinq. Un grand nombre reste sans solution quant à l’accès à leur pleine citoyenneté et à leur autonomie. Depuis la loi « handicap » de 2005, les politiques en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap se sont multipliées, pourtant les objectifs définis sont encore loin d’être tous atteints. Malgré toutes les initiatives en France, mon point de vue est que nous sommes très en retard. C’est tout le sens de mon engagement.

Corcelles, pour revenir à nos moutons, n’est qu’à un jet de fromage des moines de Cîteaux. L’air spirituel et la paix finiront-ils par triompher de tout cela ?

Il faut l’espérer ! Je recommande d’ailleurs vivement le cîteaux et une visite de ce formidable patrimoine en quête d’une rénovation. Concernant notre village, une vague de solidarité est arrivée, les Corcellois nous montrent chaque jour leur reconnaissance. Ce renouveau doit entraîner de l’espoir, mais aussi faire appel à l’audace et à l’implication de tous pour répondre aux réels enjeux, aussi bien dans la commune que sur le territoire. Ces efforts partagés feront émerger des solutions équilibrées pour que chacun puisse vivre en toute sérénité et surtout en sécurité, dans un cadre de vie et un environnement respecté et respectable. Une page s’est tournée, et nous allons tous ensemble en écrire de nouvelles. 

En Côte-d’Or comme ailleurs, le « monde d’après » a réaffirmé la place du maire dans le destin d’un territoire. DBM et DijonBeaune.fr invitent un casting d’élus devant l’objectif de Jean-Luc Petit pour récolter leur témoignage. Les autres épisodes de notre chronique « Face au maire » :
• Christophe Lucand (Gevrey-Chambertin)
• Thierry Falconnet (Chenôve)
• Ludovic Rochette (Brognon), président des Maires de Côte-d’Or
• Fabian Ruinet (Talant)
• Jean-François Dodet (Saint-Apollinaire)
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