À la marge de sa 60e vente des vins, DijonBeaune.fr passe en revue l’appellation Nuits-Saint-Georges à travers plusieurs mots ou chiffres clés. Épisode 3 : les grands personnages, dates et lieux symboliques de Nuits.

> Épisode 1 : Nuits, sa ville et son appellation
> Épisode 2 : Nuits, ses pierres et ses climats

1905

Le 13 avril, le syndicat agricole et viticole de Nuits-Saint-Georges voit le jour. Une poignée de propriétaires se met d’accord pour la « défense des intérêts agricoles et l’organisation d’une caisse de crédit pour l’achat en commun de machines et matières nécessaires à l’exploitation… » Nuits a développé depuis un sentiment d’appartenance fort, qui traverse les générations. Le syndicat compte désormais une cinquantaine d’adhérents, entre Nuits et Prémeaux. Présidée depuis quinze ans par Yvan Dufouleur, elle se montre audacieuse, avec la création d’une Maison des vignerons et soucieuse de faire goûter ses particularités au salon annuel les Nuits au Grand Jour.

Dragon

Nuits est une terre de légendes sous bien des aspects. Vers l’an 300, le preux chevalier Saint-Georges de Lydda aurait ainsi délivré de son épée une ville sous l’emprise d’un dragon. Plus tard victime de persécutions antichrétiennes de l’empereur Dioclétien, il terminera en martyr, supplicié de nombreuses façons, mais demeurant à jamais le symbole du bien triomphant du mal. Son culte s’est essentiellement répandu au XIIIe siècle, pour arriver jusqu’à Nuits via des saintes reliques apportées par les hommes d’Église. Saint-Georges est ici présent pour l’éternité.

Saint Georges et le dragon par Paolo Uccello (vers 1470).

Jules Verne

Dans ses divagations Autour de la Lune (1869), Jules Verne propulse le vin local dans la voie lactée : « Enfin, pour couronner ce repas, Ardan dénicha une fine bouteille de Nuits, qui se trouvait “par hasard” dans le compartiment des provisions. Les trois amis la burent à l’union de la Terre et de son satellite. Et comme si ce n’était pas assez de ce vin généreux qu’il avait distillé sur les coteaux de Bourgogne, le Soleil voulut se mettre de la partie. »

Sous-marin

Il aurait participé à l’exfiltration d’agents français du voilier Ouvéa, au large de l’île Norfolk, dans le milieu des années 80. Quelques années avant la guerre du Golfe, à laquelle il fut aussi convié. Le sous-marin nucléaire d’attaque « Rubis », après plus de 40 ans de se(r)vice, a fait honneur à son rang. Quel rapport avec la Bourgogne ? Nuits, mon amiral. La ville fut, de 1996 jusqu’à sa récente retraite, la marraine de ce précieux Rubis. Le maire de l’époque Bernard Barbier avait signé une charte de parrainage en guise d’amitié navale, accueillant chaque année une délégation de sous-mariniers pour les grands événements de la ville, semi-marathon et Vente des vins en tête. L’ingéniosité nuitonne, qui est allée très haut (lire « Apollo XV »), est insubmersible.

1962

Avant-guerre, les Hospices de Nuits-Saint-Georges connurent une vente aux enchères, pour le millésime 1937. Mais l’exercice, encore approximatif, fut vite interrompu par le conflit mondial. La première véritable vente des vins des Hospices de Nuits demeure le 13 mars 1962, sous la halle du village. Le préfet de Côte-d’Or Jean Chapel était là, à déguster les vins avant la vente. Les femmes, elles, étaient gentiment priées d’aller voir ailleurs. Autre époque… « Devant un très nombreux public et dans la fumée des cigarettes », comme l’explique un reportage, la vente à la bougie (clôture des enchères à l’extinction des deux chandelles) permet de rapporter 13 millions d’anciens francs, soit 130 000 francs (environ 200 000 euros). Loin des quelque 1,9 million d’euros qui constituent le record de 2021.

Henri Gouges

Défenseur charismatique des vins de lieux, personnage opiniâtre et fédérateur, Henri Gouges (1889-1968) demeure l’un des papes de la viticulture de terroir, raisonnée et raisonnable, persuadé que « le vin se fait à la vigne ». Impliqué dans la jeune confrérie des Chevaliers du Tastevin, il fut le principal arbitre du classement des crus nuitons lors de la reconnaissance des appellations d’origine en 1936. Transparence et humilité seront ses guides. Pas question de classer les Saint-Georges sur la plus haute marche : il en possède la majeure partie et n’est pas certain de la pertinence d’une reconnaissance en grand cru. Mieux vaut miser sur la qualité homogène et équitable du coteau nuiton, et donc la qualification en premiers crus. Mort dans sa cuverie, pendant les vendanges de 1968, ce mythe bourguignon laissera à ses descendants le soin de conduire le domaine avec une philosophie intacte. Grégory Gouges, rejoint par son cousin Antoine, est aujourd’hui à la barre.

Henri Gouges, véritable figure nuitonne, a été attaché à la notion de terroir bien avant les autres. Voulant éviter le conflit d’intérêt (il en était alors l’un des principaux propriétaires), il évita de faire classer auprès de l’Inao le climat des Saint-Georges en grand cru, misant plutôt sur une classification harmonieuse du vignoble nuiton en premier cru. © Domaine Gouges

François Thurot

« Ici naquit François Thurot (1727-1760), corsaire, lieutenant des frégates du roi, chef d’escadre », dit la plaque sur une maison du centre-ville. L’intrépide Thurot quitta la mer des premiers crus pour le large, au service de Louis XV. Son existence sera mouvementée et courte : il tombera à 33 ans sous les canons anglais, au large de l’île de Man, et reposera éternellement en Écosse. Amis lecteurs, naviguez fièrement rue Thurot, le sextant rivé sur les caves ouvertes !

Paul Cabet

Fils de tonnelier nuiton, Paul Cabet (1815-1876) a sculpté sa légende en bonne partie à Dijon. Élève favori de François Rude devenu son neveu par alliance, il restera lié à la cité ducale avec La Résistance, son chef d’œuvre commandé par la Ville de Dijon pour la place du Trente-Octobre. Observation de la nature, réalisme, souci du détail : le statuaire nuiton avait toutes les qualités d’un bon vigneron. Depuis 1933, un monument sculpté à sa mémoire par Paul Gasq, orne la façade du beffroi. Juste retour des choses.

Félix Tisserand

Fils de tonnelier nuiton (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?), son génie précoce l’a très vite happé dans les sphères scientifiques nationales, entre Paris et Toulouse, loin de sa ville natale dont le collègue porte aujourd’hui le nom. À 18 ans, François-Félix Tisserand (1845-1896) avait le choix entre Polytechnique et l’École Normale… Au sein de la seconde, son directeur des études scientifiques, un certain Pasteur, le recommandera chaudement à l’Observatoire de Paris. « Il est de notoriété, parmi les astronomes et les mathématiciens les plus compétents, que seul, en France et en Europe, M. Tisserand était capable d’entreprendre et de mener à bien cet immense travail qui fait le plus grand honneur à la France », écrira-t-il plus tard à propos du Traité de Mécanique céleste, ouvrage fondamental de Tisserand, encore étudié aujourd’hui. Son buste veille sur la place de la mairie, en mémoire d’un astronome ayant brillé par ses capacités et ses qualités humaines. 

Apollo XV

Au bas mot 350 000 km. C’est le voyage qu’a entrepris une étiquette de Nuits, cuvée Terre-Lune, grâces aux trois astronautes d’Apollo XV en 1971,  David Scott, Alfred M. Worden et James B.Irwin. Sur proposition du sénateur-maire d’alors, jamais à une originalité près (lire Bernard Barbier), les Américains ont baptisé Saint-Georges le cratère le plus proche de leur alunissage, au nom de l’amitié entre Bourgogne et Oncle Sam, après leurs invitations répétées à la table du château du Clos de Vougeot et en terres nuitonnes. La place du Cratère-Saint-Georges en tire son origine. Éternelle et réciproque reconnaissance.

Le 31 juillet 1971, Apollo 15 se pose sur la Lune. Les deux pilotes descendent de leur LEM (module lunaire) et montent à bord de leur modulo-jeep rendue célèbre par les télévisions du monde entier. Après avoir parcouru quelques kilomètres, ils s’arrêtent au bord d’un cratère de 2 km de diamètre qu’ils baptiseront Saint-Georges : James Irwin y dépose une page de la Bible, et David Scott une étiquette de la fameuse cuvée Terre-Lune de Nuits-Saint-Georges. © NASA

Bernard Barbier 

La saga Barbier mériterait un ouvrage entier. Bernard (1924-1998) en serait le personnage principal, tant le sénateur-maire (cinq mandats de 1969 à 1995) aura marqué durablement Nuits, sa « petite ville au grand nom », par son tempérament et son sens du marketing territorial (lire TGV, entre autres). Issu d’une famille de négociants, cet homme du vin et d’influence commença par diriger le négoce familial Moingeon-Gueneau frères, spécialisé dans les effervescents. Plus tard, outre sa carrière politique, il demeura constamment dans les hautes sphères de sa corporation : président des syndicats de producteurs de vins mousseux, il fut aux premières loges de la reconnaissance de l’AOC crémant de Bourgogne en 1975 ; membre du comité régional de l’Inao, il participa au sacre de nombreux savoir-faire régionaux et s’opposa farouchement à la loi Evin… Avant lui, son père Pierre Barbier, maire de la ville dans les années 50, fut des fondations de la confrérie des Chevaliers du Tastevin. Bernard en deviendra Grand Maître plusieurs années durant, laissant le flambeau à son fils Vincent, toujours présent aujourd’hui, à l’aube des années 2000.

TGV

Samedi 21 juillet 1984, on baptise à grand renfort de nuits le TGV 77, nommé sobrement « Ville de Nuits-Saint-Georges ». Cette nouvelle opération de marketing territorial (lire Bernard Barbier), essentiellement symbolique (Nuits n’est pas sur une ligne TGV),doit célébrer le lien entre la commune et le chemin de fer : déjà en 1849, une locomotive portait le nom de Nuits-Saint-Georges, alors située à neuf heures de Paris. Cette implantation ferrée et la gare avaient alors beaucoup aidé la ville à affirmer son indépendance vis-à-vis de Beaune. 

Beffroi

Son carillon rythme toujours la vie des Nuitons. Rappelant les liens qui unissent Bourgogne et Flandres dans l’histoire, le beffroi nuiton se dresse fièrement depuis le début du XVIIe siècle au centre-ville. Jadis tour de garde puis hôtel de ville, il est inscrit aux monuments historiques depuis le 24 janvier 1947. Sa façade recouverte de vigne vierge (dans les années 1900, ce furent des affiches publicitaires) est accompagnée d’un hommage au sculpteur Paul Cabet.

Le beffroi et la lune, deux belles histoires d’amour nuitonnes. © Jean-Baptiste Feldmann

Bolards

À environ 1,5 km du centre-ville, sur la rive gauche du Meuzin, le site des Bolards abrite plusieurs sanctuaires romains, alors solidement implantés dans la région, dont le plus imposant en forme d’hémicycle est dédié à Mithra, divinité héroïque populaire au sein des armées romaines. On retrouve également des habitations, caves (tiens donc !) et autres ateliers. 

Église(s)

Sa pierre blanche si reconnaissable a été extraite à une poignée de kilomètres d’ici (lire calcaire). Installée dans le quartier des vignerons, près du coteau, Saint-Symphorien (XIIIe) est l’une des deux églises de la ville avec Saint-Denis, plus récente (XIXe siècle). Cette dernière abrite notamment un superbe orgue de 1878. Sa toiture si reconnaissable fend le ciel nuiton.

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