À Prissé et Beaune, Vignerons des Terres Secrètes et Nuiton-Beaunoy sont les locomotives bourguignonnes d’une importante démarche RSE. Cette responsabilité sociétale des entreprises est notamment matérialisée par le label Vignerons Engagés. Charles Lamboley, le directeur marketing des deux caves coopératives, nous en dit plus sur le sujet, alors que se tiendra à Buxy les 17 et 18 mars la 7e édition des Rencontres Vignerons Engagés.

Charles Lamboley (au milieu), avec une partie des équipes de Nuiton-Beaunoy. Installée à Beaune et rayonnant en particulier sur les Hautes-Côtes, la cave coopérative mise beaucoup sur le développement durable au service de la qualité des vins. © Michel Joly

Sur l’étiquette, le label des Vignerons Engagés a toutes les raisons d’exister. Mais comment être sûr qu’il ne s’agit pas d’un label de plus ? 

Ah, la jungle des labels ! Tous nous vantent le meilleur. Une chose est sûre, Vignerons Engagés existe depuis 2007. Il a une antériorité et demeure surtout le seul label de la filière vin qui prend en compte l’ensemble du processus de production, du producteur au consommateur. En s’appuyant sur quatre piliers, le référentiel d’audit, mené par l’Association française de normalisation (AFNOR), prend en compte tous les aspects du monde viticole : l’action en faveur de l’environnement (le socle principal), la garantie d’une qualité et d’une traçabilité de la vigne au verre, le soutien au patrimoine local (l’ancrage territorial) et enfin la promesse d’offrir le juste prix.

Prissé, Buxy, Lugny, Viré, Clessé… Pourquoi cette « Saône-et-Loire mania » chez les Vignerons Engagés ?

Le label est né dans le sud de la France, à l’initiative de caves moteurs dans leur région de production (Cave de Tain, Cave de Vacqueyras, Jaillance…). Dans les années 2010, les caves bourguignonnes se sont intéressées à la démarche. Nous avions un peu de retard sur la notion de développement durable et son rôle pour faire évoluer les projets et booster la transformation de nos vignobles. En une décennie, nous avons comblé ce retard et la Bourgogne est aujourd’hui la première région représentée au travers de ce label, ce qui témoigne bien à la fois d’une prise de conscience et d’une dynamique de mutation. Ce label a d’abord intéressé les caves coopératives, et ce modèle viticole est davantage présent en Saône-et-Loire. N’oublions pas que la Cave des Hautes-Côtes Nuiton-Beaunoy, unique coopérative de Côte-d’Or, est également labellisée depuis 2020. Au départ, Vignerons Engagés était destiné aux caves coopératives. Il est en train d’évoluer et de séduire des domaines indépendants et des châteaux prestigieux partout en France.

Les Vignerons des Terres Secrètes (2013) et Nuiton-Beaunoy (2020), dont vous êtes le responsable marketing, sont à fond dans cette démarche RSE. Quel est l’effet avant/après pour chacun ? 

C’est le jour et la nuit ! (sourires) Plus sérieusement, la démarche des Vignerons Associés des Monts de Bourgogne (ndlr, entité regroupant les deux structures) a d’abord permis de faire un bilan et de valider les bonnes pratiques qui existaient déjà au vignoble et à la cave. Puis est venu le temps des projets et de l’amélioration continue : tous les 36 mois, l’ensemble de la labélisation est remise en question via un audit complet des domaines et de la cave. Les efforts sur l’environnement, le sociétal et l’économique doivent être réels et mesurables.

Cela encourage à tenir bon sur la durée…

Oui, il ne faut pas s’arrêter de réfléchir et de travailler en mode projets et commissions, comme nous le faisons beaucoup dans nos caves. C’est très stimulant pour les vignerons et les collaborateurs, cela donne de beaux projets et de belles réussites, l’envie de toujours se dépasser et d’avancer.

Et concrètement ?

L’installation de 1800 m2 de panneaux photovoltaïques sur le site de Prissé, qui nous permet de produire près de 40% de nos besoins annuels énergétiques et qui fait de la cave le premier site photovoltaïque viticole en Bourgogne. L’autre projet important est notre nouvelle gamme Cerço, nos premiers vins bio qui bénéficient d’une démarche collaborative d’éco-conception unique en France, menée par 25 salariés de Nuiton-Beaunoy à Beaune. Côté environnement, nous nous investissons aussi beaucoup avec nos vignerons, en travaillant à la réduction des traitements phytosanitaires, en accompagnant les exploitations avec de la formation aux nouvelles techniques et aux nouveaux outils viticoles.

Vous défendez l’idée que l’écoconception peut être un levier commercial. Le consommateur voit-il vraiment plus loin que le bout de son verre ?

Oui ! La perception du consommateur évolue, il a bien conscience que le monde qui l’entoure bouge très vite et que ses choix en matière de consommation ont un réel impact sur la société et sur l’environnement. Les plus jeunes se montrent les plus sensibles à cette nouvelle façon de produire et de concevoir le vin. Quand on leur parle de production raisonnée, de préservation des ressources ou de gestion durable des matières, ils comprennent très bien les tenants et les aboutissants. Ils sont nés avec ces notions de préservation de l’environnement. L’éco-conception est un levier à prendre en compte dans la production viticole.

Être un Vigneron Engagé, cela commence à la vigne. Quel progrès a-t-on fait sur ce point par chez nous ? 

Effectivement, le point de départ c’est la partie vignoble. Elle est capitale pour produire des grands vins. Nous nous sommes engagés réduire de manière drastique les produits phytosanitaires. Le conseil d’administration des Terres Secrètes a pris l’engagement en 2018 d’arriver à 0 % de produits CMR (Cancérigène-Mutagène-Reprotoxiques) utilisés en 2021. Mission accomplie. De même, nous avons un suivi très pointu avec une équipe de techniciennes vignobles qui accompagne et encadre l’ensemble de nos vignerons. Cela permet de faire progresser les pratiques des exploitations quant au travail du sol (labours, griffages, piochage…), aux campagnes de traitements ou bien lors d’évolutions techniques du matériel viticole. Bref, on ne reste pas sur ses acquis ou ses pratiques !

La gestion durable d’une exploitation est aussi une considération générationnelle. Le ressentez-vous ? 

Comme pour les consommateurs, les nouvelles générations de vignerons ont un œil plus averti sur la gestion durable et les pratiques plus vertueuses. Mais il ne faut pas pour autant stigmatiser les anciennes générations ou bien vouloir les opposer. Aujourd’hui, les jeunes qui reprennent les exploitations ont souvent davantage de « bagage », avec très souvent des expériences dans d’autres régions, domaines ou même à l’étranger avec d’autres pratiques culturales. Lorsqu’ils reviennent sur le domaine familial ils ont à cœur de faire évoluer les pratiques, de mettre leur signature. Nous avons de plus en plus de demandes de conversion en agriculture biologique et même en biodynamie. La cave est véritablement à l’écoute et accompagne toutes les exploitations dans ce sens. C’est aussi son rôle et chacun doit pouvoir y trouver sa place en fonction de ses aspirations personnelles, mais toujours dans l’intérêt du collectif.

L’époque est aux vins « sans ». Face à ce constat, est-ce plus que jamais le moment de pousser le bouchon du RSE ?

Bien sûr. Au-delà de la production viticole, la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) permet de dresser un bilan et de définir des objectifs stratégiques autour du développement durable. Dans une époque aussi mouvementée, la bienveillance vis-à-vis des collaborateurs, des vignerons ou des acteurs qui gravitent autour de nos caves est un point fondamental. Elle permet de traverser bien des crises. Cette intelligence collective se retrouve aussi dans les relations commerciales. Apaisées, elles permettent de se projeter de manière plus durable et ainsi d’assurer la pérennité de la cave, de ses vignerons et collaborateurs et par effet de ricochet de son tissu local.

Les Rencontres Vignerons Engagés se tiendront à Buxy cette année.

Les 17 et 18 mars à Buxy, après deux ans de reports, la 7e édition des Rencontres Vignerons Engagés sera ouverte à tous, adhérents ou non. Avec notamment un atelier « comment parler de mon métier ». La Bourgogne n’est pas encore assez mûre sur cet aspect ?

Nous avons la chance d’accueillir pour la deuxième fois en Bourgogne les Rencontres Vignerons Engagés (après Prissé et Lugny en 2016). Pas moins de 300 professionnels de toute la France viticole sont attendus. Les ateliers doivent permettre aux participants d’en tirer un bénéfice et il est vrai qu’au sujet de la communication sur le métier, on remarque souvent une difficulté à faire passer les messages. Le métier de vigneron est fabuleux et véhicule des images extraordinaires dans l’imaginaire du consommateur. La Bourgogne n’échappe pas à la règle. Même si de plus en plus, avec la rareté de certaines cuvées ou les prix stratosphériques atteints par certains grands crus, l’amateur en oublie le rôle du vigneron et son rapport à la terre.

Que faire alors ?

Il faut être vigilant sur ce point et ne pas laisser croire que la Bourgogne n’est destinée qu’aux amateurs fortunés. Il y a de nombreux vins, appellations, domaines qui restent accessibles à tous. Sur ce point, je crois que les vignerons, les domaines et les caves ont un véritable rôle à jouer sur la communication positive du métier. Forcément, les réseaux sociaux sont des accélérateurs pour la visibilité de nos métiers. Sachons les utiliser à bon escient pour faire la promotion de notre belle Bourgogne !

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