Domaine Henri Gouges : un espace réceptif de standing dans la maison familiale

Domaine recherché des plus grands amateurs de la planète vin, le domaine Henri Gouges ne coupe pas pour autant son lien local. Bien au contraire. Après la création d’un espace dégustation à l’été 2023, Grégory et Antoine Gouges font rénover la maison du patriarche pour une vision œnotouristique à long terme. 

Raphaël Febvret (au centre), responsable œnotourisme, entouré de Grégory et Antoine Gouges, cogérants du domaine familial. ©Baptiste Paquot/DBM

L’histoire est connue. Défenseur des vins de lieux, vigneron opiniâtre et charismatique, Henri Gouges (1889-1967) fut le principal arbitre du classement des crus nuitons, lors de la reconnaissance des AOC en 1936. Le « gendarme de la Bourgogne » n’a pas seulement laissé les si reconnaissables étiquettes vertes en héritage. Grégory et Antoine Gouges, quatrième génération, sont aujourd’hui les cousins dépositaires de cet état d’esprit. 

Leur domaine de 14 ha, exclusivement sis sur le finage nuiton, est donc historiquement demandé un peu partout dans le monde. On vient de loin pour goûter au si singulier « pinot Gouges », ce pinot blanc issu d’une mutation produite dans le Clos des Porrets à l’époque d’Henri, qui fait le charme du domaine. 

Export historique 

Le père fondateur fut l’un des premiers à porter son regard outre-Atlantique, en commençant à exporter ses vins dans les années 30, dès la fin de la Prohibition américaine. En arrivant en 2003, Grégory l’arrière-petit-fils a donc pris les rênes d’un domaine « historiquement tourné vers l’export, qui allait jusqu’à 70 % vers les États-Unis dans les années 60 ». Une proportion revenue aujourd’hui – cela est bien sage – à un quart, laissant place à l’Angleterre et plusieurs pays d’Asie : « Nous cultivons 30 à 80 ans de relations avec nos principaux importateurs. » Le domaine fait donc voyager loin l’appellation nuitonne, tout en réservant un quart de sa production au circuit local.

« Nous pourrions très bien viser le 100 % export, mais ces dix ou quinze dernières années, nous avons fait de l’accessibilité notre mot d’ordre », pose Antoine, arrivé en 2011. Cette approche vise aussi à éloigner les dérives spéculatives. « Nos appellations Nuits-Saint-Georges village et le premier cru Clos des Porrets représentent la moitié de notre production et, en dix ans, leurs prix ont suivi une courbe régulière à +10 % », fait observer Grégory, engagé dans la vie du syndicat d’appellation et attentif à la possible spéculation autour du premier cru Saint-Georges, seigneur local promis au titre de grand cru. « Au domaine, nous avons mis en place une commercialisation qui évite les intermédiaires successifs et permet au client final d’obtenir la bouteille au prix juste. » La vente directe rejoint bien cette idée. 

Raphaël Febvret, responsable de l’espace dégustation au sein du domaine Henri Gouges. ©Baptiste Paquot/DBM

« Apprendre quelque chose » 

Cette quête de proximité est passée par d’importants investissements. L’ancien garage du domaine, jadis gendarmerie de la ville, a débarrassé son énorme chaudière et le chariot élévateur pour devenir un bel espace de dégustation à l’été 2023

Raphaël Febvret, spécialiste de l’œnotourisme depuis plus de vingt ans, y accueille en majorité sur rendez-vous à tout instant de la saison, y compris en pleines vendanges. La découverte est au centre du verre, carte géologique interactive à l’appui. « Du sommelier au touriste qui ne connaît pas le pinot noir, mon but est qu’il reparte avec le sourire et le sentiment d’avoir appris quelque chose, sans force de vente », résume le responsable aussi compétent que sympathique, armé d’une bien jolie gamme de quatre dégustations, de 20 à 75 euros.  « Lors d’un déplacement à Hong Kong, une amatrice m’a dit qu’elle était contente de trouver nos portes ouvertes, elle a pris plaisir à passer du temps à Nuits », relève Antoine, fils de restaurateurs et donc heureux de l’arrivée de Bourgeon, « une bonne nouvelle pour l’attractivité en général », tout comme le projet de faire de la ville une vraie destination jalon entre Dijon et Beaune, ce fameux « kilomètre vin ». 

La maison d’Henri

Le domaine Henri Gouges va plus loin dans son projet d’accueil. D’ici l’été prochain, la maison familiale attenante sera transformée en espace réceptif de standing, ouvert aux privatisations, sous la supervision de l’architecte local Baptiste Moretti (agence Archicosme).

« Nous allons refaire au goût d’Henri, avec une atmosphère intimiste », projette Grégory, qui a vécu ici-même ses tendres années. Les amateurs en quête d’une expérience œnotouristique plus poussée, avec découverte de vieux millésimes, verticales et autres accords mets-vins sur demande, seront servis. « C’est en proposant un maximum d’offres que l’on fera venir un public large », prophétisent les cousins. Qui prouvent que l’on peut encore ressentir de près et voir loin.