Gevrey-Chambertin héberge 9 des 33 grands crus que compte la Bourgogne. Un record. La commune est elle-même propriétaire de vignes et compte bien faire déguster le fruit de sa production. À 7 minutes de Dijon par le train, c’est la destination idéale pour les visiteurs de la Cité de la gastronomie… et du vin.

La Cité de la gastronomie et des vins change la donne. Elle modifie les flux, attire un public nouveau et propose une double lecture de l’art de vivre à travers l’évocation du Repas des Français qu’elle propose dans ses expositions, mais aussi sa position au kilomètre 1 des fameux climats de Bourgogne. On se souvient alors que, de gare à gare, il faut 7 minutes pour faire le trajet de Dijon à Gevrey-Chambertin. Soit le temps d’un verre pour une immersion au pays des grands crus de Bourgogne. Quatorze fois par jour, dixit la SNCF.

L’âme de la vigne

Gevrey, tout le monde descend. La gare rappelle l’histoire de ce village mondialement connu et pourtant né dans l’humilité et le labeur. C’est un endroit, à la croisée des rails et du terroir, où les tâcherons de la vigne ont longtemps cohabité avec les ouvriers de l’industrie naissante. Rouge sur rouge, la couleur originelle n’est pas prioritairement celle du vin, ici, mais celle du peuple.

Il est d’ailleurs intéressant de souligner que la commune continue à élire des maires de gauche. L’actuel se nomme Christophe Lucand. Historien spécialisé dans le vin, il a signé plusieurs ouvrages de référence, dont Le pinard des poilus (2015) et Le vin et la guerre (2017). Membre de la chaire Unesco Culture et traditions du vin, monsieur le maire a un CV qui se passe de commentaire. Il nous attend à la Halle Chambertin, création municipale qui, après ces années de crise sanitaire, peut enfin trouver son rythme.

L’ancienne halle magnifiquement restaurée et réhabilitée est l’espace culturel où il faut venir pour cerner l’âme de la vigne, l’âme de celles et ceux qui la travaillent. Sa configuration muséographique et numérique est très éclairante. Elle permet de comprendre Gevrey-Chambertin non seulement dans sa dimension de village viticole, mais aussi à travers son attachement à la nature, grâce à l’écrin exceptionnel que lui offre la Combe Lavaux et le secteur Natura 2000 qui la prolonge vers l’ouest. Comme dirait Bibendum : mérite le détour.

1,5 hectare en propriété

Sur place, le maire est accompagné de son adjoint Philippe Humbert, issu d’une grande famille de vignerons locaux. Pour agrémenter la conversation, la halle permet « démocratiquement » (entendez par là sans se faire vendanger le portefeuille), de s’initier, verre en main, à l’appellation locale. Initiation, découverte, amateur : de 20 à 40 euros, et avec le concours de nombreux domaines locaux qui font ici tourner leurs vins, le panel des offres de dégustation est habile et adapté.

« Nous sommes nous-mêmes propriétaires de parcelles, souligne Christophe Lucand. Cela remonte aux années 80, grâce à des jardins achetés par la commune, et destinés au départ à être échangés avec d’autre terrains pour les besoins d’un remembrement. » À l’époque, c’est l’adjoint Fred Humbert qui encadre finalement la transformation en vignes de 0,75 ha issu de ces parcelles. Son frère Philippe, inscrit dans une tradition municipale familiale de longue date, lui succédera à la mairie et doublera la mise. La Ville de Gevrey-Chambertin exploite donc 1,5 ha. Sous la Combe Lavaux, juste à l’ouest de la langue des grands crus, il y a par exemple le climat Les Marchais. Mais aussi les Crais, En Justice, Les Grands Rêts. La ville signe sa fierté d’être propriétaire viticole avec une pierre taillée et récemment plantée au pied de ses vignes.

Le nouvel « OT » Gevrey-Nuits
Alexandre Plaza (au premier plan) a été élu le 14 mars dernier. Le nouveau président de l’Office de tourisme intercommunal Gevrey-Nuits entame avec enthousiasme et énergie son mandat qui concerne, faut-il le rappeler, un territoire majeur de la Bourgogne : la prestigieuse Côte de Nuits, les Hautes-Côtes et la belle plaine cistercienne. De quoi mettre une belle pression. Pour l’opérationnel, un directeur vient tout juste d’être recruté. Adeline Jeunot va en effet rejoindre la Cité des Climats et vins de Bourgogne à Beaune, pour une mission marketing transversale entre Chablis, Beaune et Mâcon. Son successeur se nomme Paul Rompler. Originaire de la plaine de Saône, il a voyagé un temps du côté de la Corse avant de revenir en Bourgogne pour prendre part notamment à l’aventure d’une start-up spécialisée dans le booking éco-responsable. Président, directeur… le nouvel « OT » est donc armé pour passer à la vitesse supérieure, y compris sur son bel événement de rentrée Gevrey Wine Food & Music (lire pages 74-75 du DBM 93). gevreynuitstourisme.com

Turnover gourmand et château accueillant

Le « domaine » est confié à quelques noms qui ne trompent pas sur leurs origines locales. Roy, Livera, Bernollin et Humbert bien sûr sont les vignerons de la cause municipale. La cave Nuiton-Beaunoy, l’unique coopérative viticole côte-d’orienne (lire pages 86-87 du DBM 93), en est la vinificatrice. Ce qui rappelle, en passant, que la première coopérative du département fut créée ici, à Gevrey. Mais cela est une autre époque, déjà bien lointaine.

L’actualité gibriaçoise est plutôt du côté de l’impressionnant renouveau de ses tables. José Gonzalez, l’inarrêtable patron du Clos Napoléon à Fixin, vient d’ouvrir Les Griottes, établissement qui succède à l’adresse historique Chez Guy, avec les conseils de l’étoilé Guillaume Royer. Pas très loin, de l’autre côté de la rue, c’est Philippe Poillot (Le Clos du Roy) qui implante un ambitieux site traiteur, avec un espace réception très bien pensé. D’autres nouveautés traduisent bien la mutation actuelle de Gevrey-Chambertin. À l’image de l’Hôtel Ô’Rouge, repris et transformé par les frères Petitcolas (Castel de Très Girard, La Gentilhommière, Grands Bourgognes) et le bouillonnant vigneron local Philippe Charlopin.
À un jet de bouteille, le château de Gevrey (XIIe siècle) sera bientôt en capacité de recevoir. Son rachat en 2012, avec deux hectares de vigne, par un investisseur chinois avait beaucoup fait parler. Ce haut-lieu de l’esprit clunisien (en photo) devrait entamer une nouvelle vie, plus accueillante. « Il est splendide et réhabilité dans les règles de l’art. Nous allons embellir son environnement proche et travailler à un partenariat, pour aller dans le sens d’événements ouverts à tous », projette le maire. De quoi susciter une curiosité supplémentaire.

Gevrey, au bout du compte, est un territoire plein de contrastes. De souche ouvrière, entre vigne et chemin de fer, la cité bénie par Bacchus rayonne dans le monde grâce à ses grands crus et célèbre régulièrement avec ferveur son roi Chambertin. C’est tout cela que l’on peut voir, goûter, ressentir et apprécier à 7 minutes seulement de la gare de Dijon.

Devenez tâcheron d’un jour !
Dans les anciennes halles du village, on peut découvrir le métier de vigneron, les climats du vignoble bourguignon et, bien entendu, déguster des gevreys grâce aux œnomatics utilisables avec une carte payante. Voilà pour la mission régalienne de la Halle Chambertin. Mais on peut aller plus loin. Estelle Py, conseillère attitrée, propose des visites dans les vignes. « Tâcheron d’un jour » est une formule attractive qui, pendant 2 heures et au gré des saisons (on peut donc y aller plusieurs fois à des périodes différentes), permet au visiteur de comprendre sur le terrain, les deux pieds dans le terroir, ce qu’est par exemple un cycle végétatif ou quelles sont les questions posées au titre de la protection de l’environnement. Muni d’une petite sacoche et de quelques outils, le « stagiaire touristique » met réellement la main à la pâte. Il en repart alors avec une petite idée des efforts à consentir avant de pouvoir mettre un vin en bouteille… et le déguster !

Halle Chambertin, Office de tourisme : 03.80.34.38.40

One thought on “Gevrey-Chambertin… à 7 minutes de la Cité !”

  1. Cet article me fait chaud au coeur . Les noms de vignerons amis de ma famille avec lesquels mes parents , bien que « petits vignerons » partageaient les mêmes vicissitudes , l’évocation de mon village effectivement laborieux ……..me rappellent ce que j’ai pu connaître de mon village …. Gevrey avait besoin d’un nouveau souffle . Je viendrai bientôt tester le sens du vent .

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