Hôtel, brasserie, bar à vins, pavillon culturel… D’ici le printemps 2028, la mue de l’espace Crébillon offrira une nouvelle stature œnotouristique à Nuits-Saint-Georges. Désireux d’en faire un site totem sur ce « kilomètre vin » entre Dijon et Beaune, Marc Fortunato et Éric Carrière dévoilent leur projet en exclusivité pour DBM.

Sous le jugement du beffroi, en plein centre-ville de Nuits-Saint-Georges, l’édifice attend sagement son heure. Propriété de la mairie depuis les années 50, le site Crébillon a été cédé en juillet 2022 pour 1,125 million d’euros. Cet ensemble bâtimentaire de 3 300 m2 va accueillir un programme mêlant hôtellerie de haut standing, restauration, brasserie, bar à vins et pavillon œnotouristique, le tout organisé autour d’un jardin paysager accessible en lieu et place de l’actuel parking. Du début à la fin, la Ville restera partenaire de ce projet, dont la finalisation est espérée en mars 2028. Il repose sur une vision large du territoire et sur l’idée qu’il faut doter le vignoble de la Côte de Nuits, mais aussi celui des Hautes-Côtes, d’un lieu totem.
Comme une tour génoise
À ce titre, la municipalité nuitonne a sollicité l’investisseur et promoteur Marc Fortunato, jusqu’ici très ancré dans l’agglomération dijonnaise. « La ville m’a demandé de présenter un lieu pour Nuits, un projet structurant, qu’elle ne savait pas vraiment par quel bout attaquer. Dès ma première visite, je leur ai proposé de faire un site « kilomètre 20 », un peu comme une tour génoise entre Dijon et Beaune, où l’on rapprocherait la Côte et les Hautes-Côtes, sur la trame des vignerons et des domaines », décrit Marc Fortunato.
Ce nouveau cœur de ville sera tourné vers « l’expérience client et visiteur, immersive, liée à la gastronomie, à l’histoire et au vin ». Marc Fortunato n’en est pas à son coup d’essai, ayant déjà à son actif la remarquable refonte de la cour Bareuzai et du centre Dauphine, à Dijon. Pour sa première incursion nuitonne, la sensibilité reste la même : attirer un flux de visiteurs, qu’il convient de ralentir aux abords des espaces commerciaux.
Pour cela, le promoteur a imaginé un site traversant, doté de quatre entrées, connectant les rues Crébillon, Thurot et Sonoys. « Nous allons créer deux accès sur la rue Sonoys, un accès pour aller en cœur d’îlot, devant l’espace œnotouristique, et un autre en face de l’office du tourisme où nous allons recréer une insertion moderne et un passage rue Crébillon. Nous allons rabaisser un imposant mur pour redonner de la transparence, et conserver le petit passage historique qui va traverser le bâtiment », détaille l’aménageur.
Avec des spécialistes locaux comme l’architecte Paul Godart (Godart + Roussel), Grégory Ferrigno pour la direction artistique, ou l’agence Olive Noire en ce qui concerne la création du bar à vins, Marc Fortunato et Eric Carrière ont imaginé le Clos Crébillon (brasserie, bar à vins, hôtel et suites 4 étoiles, pavillon œnotouristique dédié à la Côte de Nuits et ses Hautes-Côtes) comme un site traversant, doté de quatre entrées.
Brasserie by Yohann Chapuis
Le projet repose sur plusieurs piliers complémentaires. Outre un hôtel quatre étoiles d’environ 30 chambres, qui mêlera parties anciennes rénovées et nouvelles constructions pour offrir une expérience haut de gamme sans élitisme excessif, l’ensemble comprendra une brasserie bistronomique portant la signature du chef étoilé Yohann Chapuis, à la tête de l’Écrin à Tournus et déjà associé à Éric Carrière pour le restaurant La Riotte à Paris.
Le bar à vins attenant (lire encadré ci-contre), réparti sur deux niveaux, sera justement l’affaire du caviste nouvellement implanté en zone artisanale de Nuits-Saint-Georges. « Il ne s’agit pas de privatiser un site stratégique. Nous serons qualitatifs, avec des ambitions, mais en restant ouverts sur le public », promet le duo d’investisseurs.
Plus loin, un pavillon œnotouristique, pour l’instant présenté sous l’appellation Pavillon de la Côte & Hautes-Côtes de Nuits, sera le cœur narratif du projet. « Un lieu de vérité, au pied du beffroi, pour raconter les domaines, leur histoire, leur terroir, avec des outils numériques et de l’intelligence artificielle pour enrichir l’expérience », explique Marc Fortunato, évoquant également la mise en place d’un escape game à la sauce locale.
« Nous ne faisons pas une cité, mais un lieu de vie qui s’insère, au milieu des vieilles pierres et des ruelles, dans l’histoire locale des domaines. » La démarche a du sens. Elle s’appuie sur les nombreux atouts du territoire, qui concentre une grande partie des grands crus rouges de la Bourgogne et dispose d’un patrimoine historique et vinicole riche, sous-valorisé jusqu’ici.
Un bar à vins autour des productions nuitonnes
Au cœur de ce projet, le bar à vins est pensé comme l’un des lieux les plus vivants de l’espace Crébillon. Implanté sur deux niveaux d’environ 80 m² chacun, il doit devenir une étape incontournable pour les amateurs comme pour les curieux. « Le bar à vins, c’est le lieu pivot de notre projet », affirme Marc Fortunato, soulignant sa capacité à accueillir convivialement la diversité des publics. En lien avec les Caves Carrière et le syndicat d’appellation nuiton, le bar, dont la conception est confiée à l’agence dijonnaise Olive Noire, offrira une sélection approfondie des crus de la Côte de Nuits, présentée dans un cadre architectural chaleureux et stimulant. Deux salles privatisables, des espaces séminaires et la possibilité d’associer des animations culturelles ou privées (comme des mariages ou conférences) complètent l’ambition de faire de ce lieu un véritable carrefour œnologique et social, reflet du terroir nuiton et de son dynamisme.
Lieu convivial et de partage
Aux côtés de Marc Fortunato, l’ancien footballeur devenu entrepreneur du vin Éric Carrière participe à la conception des espaces de restauration. Ensemble, ils envisagent la brasserie sur le modèle d’établissements bistronomiques contemporains, portés par une « carte classique de bons produits, estimés au bon prix ».
Deux salles de séminaire et des espaces privatisables sont également prévus. « L’idée est de créer un lieu convivial, accessible à tous, tout en vivant une expérience ancrée dans la culture locale. L’essentiel, cependant, se situe dans la qualité de l’accueil et des équipes que nous mettrons en place », souligne Éric Carrière.
Cette transformation s’accompagne de lourds travaux d’aménagement urbain, destinés à ouvrir le site sur son environnement immédiat. Un nouveau parking de près de 90 places est en cours de réalisation à proximité, tandis que l’ancien espace de stationnement fera place à un jardin paysager.
Planètes alignées
Ce Clos Crébillon, qui nécessitera environ deux ans de travaux après l’obtention des autorisations, entend créer un point d’ancrage nouveau dans l’offre touristique et viticole de la Côte de Nuits. Au-delà des aspects architecturaux et techniques, c’est l’ambition de faire de Nuits-Saint-Georges un lieu d’agrégation du vin et de la culture qui anime les porteurs du projet. Marc Fortunato souhaite logiquement que les Nuitons et les domaines locaux « s’approprient cet espace ».
Le jeu en vaut la chandelle. Alors que sa halle accueillant les petits et grands événements de la vie locale vient d’être rénovée et que son ancien hôpital en cœur de ville deviendra une résidence de caractère tournée vers les jeunes actifs (lire encadré ci-dessous), Nuits-Saint-Georges voit ses astres nuitons s’aligner de manière inédite. La ville a toujours eu, il est vrai, un rapport particulier avec le ciel. Il se passe aussi de belles choses sur sa terre ferme.
Aménagement : l’hôpital Saint-Laurent version François 1er
Le projet Crébillon ne sera pas le seul à métamorphoser le cœur de Nuits-Saint-Georges. L’ancien hôpital Saint-Laurent (vidéo ci-dessous), rue Henri Challand, a été vendu par les Hospices Civils de Beaune au Groupe François 1er, via sa filiale MH Burgundy, pour environ 2,7 millions d’euros. Après avoir restauré l’Hôtel-Dieu de Dijon pour l’ouverture de la Cité de la gastronomie, le groupe souhaite faire de cet édifice du XVIIe siècle une résidence de 66 appartements (T1 à T3) d’ici 2028.
Le cabinet d’architecture Perrot & Richard (Ritz, Théâtre de l’Odéon, place Vendôme…) a imaginé un ensemble susceptible de séduire de jeunes actifs. « Nous en avons besoin pour soutenir la création de nouveaux emplois », se réjouit le maire Alain Cartron. Des espaces communs (coworking, buanderie collective…) seront aménagés au rez-de-chaussée. La chapelle sera sanctuarisée et réouverte au public, tandis que les Hospices Civils de Beaune conserveront la gestion des mobiliers de l’apothicairerie, de la cloche et de la vierge de Pitié. Les jardins ont été confiés aux bons soins d’une référence du paysagisme français, Michel Desvigne.






