Les médias adorent le présenter comme l’artiste favori de la famille royale britannique. Installé dans une ancienne ferme de l’Auxois, Paul Day ouvre les portes de son atelier où il façonne la matière pour libérer sa vision cartoonesque de la sculpture urbaine.

Paul Day dans son atelier de l’Auxois, en janvier 2022. © Iannis Giakoumopoulos

De Paul Day, en surface, on pourrait évoquer cet accent british, léger, dont on ne peut se défaire, qui vous titille l’oreille. Ce serait un peu facile, franchement. Il y a bien d’autres choses à découvrir chez Paul Day. Comme cette décontraction amicale, cette attention sincère, cette façon qu’il a de s’excuser car il aimerait continuer à avancer sur sa statue en résine mais, dès qu’une question l’interpelle, c’est-à-dire tout le temps, s’arrête, enlève ses lunettes, plonge ses yeux azur dans le vague et réfléchit. Bref, Paul Day ne se la joue pas artiste maudit. Il est sympa, voilà.

Paul n’a pas toujours été comme ça. Dans sa prime enfance, ce timide compulsif a trouvé le dessin comme moyen d’en dire un peu sur lui-même. Ce langage a été confronté à une révélation : les peintures de Bruegel. Paul est alors entré aux Beaux-Arts à 20 ans, « sans rien connaître à l’histoire de l’art, donc avec beaucoup de complexes ». Le premier jour de son année préparatoire, il a rencontré sa future épouse, avec laquelle il vit dans son joli coin au bout de la vallée de l’Ouche. « Catherine m’a beaucoup tranquillisé sur ce point », loue-t-il.

Paul Day et la Bourgogne, ou « les poils de nez d’un géant »

Catherine est accessoirement la fille de sir Michael Edwards, prix littéraire 2019 de la Paulée de Meursault. Pour la peine, beau-papa avait reçu 100 bouteilles de meursault ce jour-là. Les repas de famille ont dû être joyeux. Paul, en bon chevalier du Tastevin, ne dit pas autre chose, même s’il témoigne que les premiers contacts avec la Bourgogne vineuse peuvent être rudes, surtout quand on traverse le Mâconnais en plein hiver : « À 23 ans, j’avais un peu de mal à imaginer toute la sensualité des grappes de raisin ; les ceps ressemblaient plutôt aux poils de nez d’un géant qui venait de passer une semaine dans les mines à charbon. » Lovely !

L’atelier de l’artiste recèle de morceaux de statues plus ou moins achevées, de croquis, d’œuvres exposées dans sa galerie personnelle, toutes avec une profondeur captivante. © Iannis Giakoumopoulos

Astérix and Obélix

Paul, son truc à lui, c’est la terre. Il la travaille avec l’obsession du relief, dans la maîtrise des perspectives, en évoluant sans cesse sur un fil entre dessin et sculpture.« Ça ne m’intéresse pas de faire une statue : ce que j’aime, c’est raconter une histoire, trouver les a-côtés et les valoriser. » Quand on lui suggère que ses personnages pourraient réchapper d’une BD, il le prend comme un compliment. « J’ai été élevé aux aventures d’Astérix et Obélix, dont la traduction anglaise est délicieuse, très respectueuse des intentions originelles. »

Le sculpteur en a gardé le goût des personnages cartoonesques, « des gueules cinématographiques » aussi. Paul les croque, puis les « teste » en petit format, avant de leur donner plus d’ampleur grâce à cette terracotta qui sommeille dans de nombreuses poubelles disséminées dans un atelier qui a tout de la caverne d’Ali Baba. 

© Iannis Giakoumopoulos

Chouchou royal, really ?

En ce moment, il travaille sur une statue en résine, sorte de remake de Samson et Dalila. Un couple d’un autre style que sa gigantesque statue des amoureux (9 mètres de haut, 20 tonnes) qui orne la gare de Saint-Pancras à Londres. Sans doute la plus médiatique de ses réalisations (qui lui colle un peu trop à la peau de son propre avis), qui a « créé des histoires folles, particulièrement émouvantes, de gens qui se sont rencontrés dans cette gare et en ont fait un lieu de pèlerinage ». Et ce statut de chouchou de la famille royale, alors ? « Pas plus qu’un autre. Mon travail passe systématiquement par une mise en concurrence avec d’autres artistes. Ce sont des petits raccourcis de journalistes qu’il faut accepter », évacue l’intéressé dans un sourire.

D’ailleurs, se sent-on encore un citoyen de la couronne après 30 ans de l’autre côté de la Manche ? Le garçon de Horsham (Sussex) confirme, balaie quelques caricatures sur la perception du Brexit, mais s’estime avec humour « un peu bloqué dans l’Angleterre d’il y a 30 ans ». Tout près, lovés autour d’un poêle à bois d’un autre temps, Badger et Lucy soufflent. Le premier des deux cane corso tient son nom de Breaking Bad, « la seule série que j’ai regardée de ma vie, qui m’a complètement époustouflé ». On pourrait conclure en écrivant qu’un englishman digne de ce nom a toujours un chien. Ce serait un peu facile, non ?

Rubrique en partenariat avec Wall Street English,
le n°1 des cours d’anglais pour tous

Tous les épisodes « Wall Street English »
🇬🇧 #11 Paul Day, sculpteur bourguignon d’adoption
🇺🇸 #10 Tobias Yang, directeur du Château de Chailly
🇺🇸 #9 Becky Wasserman, adieu à une grande dame du vin
🇦🇺 #8 Jane Eyre, ex-coiffeuse devenue Négociante de l’année 2021
🇺🇸 #7 Brittany Black, créatrice d’une librairie anglophone
🇬🇧 #6 Christopher Wooldridge, le docteur vélo et mister bike de Dijon
🇺🇸 #5 Alex Miles, personnage multicasquette et fin gourmet
🇬🇧 #4 Deborah Arnold, Dijon et sa cité des dukes
🇬🇧 #3 Jasper Morris, pape des dégustateurs en Bourgogne
🇦🇺 #2 Kevin Pearsh et ses totems de Commarin
🇬🇧 #1 Clive et Tanith Cummings, protecteurs de l’abbaye de La Bussière

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