DBM et DijonBeaune.fr dressent le portrait de 22 personnalités qui compteront particulièrement en Côte-d’Or en 2022. Les profils sont variés, volontairement centrés sur l’art de vivre et l’économie. Le tout est bien rangé par ordre alphabétique.

Patrick Alexandre, président de Crossject et « papa » de Zeneo, système d’auto-injection d’urgence. © Crossject

Patrick Alexandre, le Dijonnais qui pourrait valoir un milliard

Président du directoire de Crossject

Ainsi qualifiait-on, lors de notre dernière entrevue en 2016, le patron de Crossject. Patrick Alexandre n’a jamais été aussi proche d’une ambitieuse commercialisation pour Zeneo, son système d’auto-injection sans aiguille propre aux situations d’urgence. « Chaque boîte est pré-chargée avec le principe actif, l’usager n’a aucune manipulation à effectuer », commente l’intéressé, qui a basé sa pérennité sur la production de 8 composants compatibles, dont il a la propriété exclusive. « Dans sa première phase, Zeneo concernerait au bas mot 150 000 personnes à risque entre crise d’asthme, épilepsie ou overdose aux opioïdes, particularité américaine qui cause plus de 100 000 morts par an. » Crossject s’est lancé dans la phase de production test, « 10 000 unités pour alimenter des dossiers d’enregistrement complexes. » La stabilité du process et la reproductibilité sont les enjeux du moment. Dans le viseur, une autorisation de mise sur le marché d’ici deux ans au mieux, « notre sésame à partir duquel nous pourront commencer les ventes, en lien avec des distributeurs dont c’est le métier ». Patrick Alexandre mène un navire au destin mondial, avec des perspectives dépassant le milliard d’euros. Ce qui n’empêche pas de se soucier de la présence historique et culturelle du secteur pharmaceutique à Dijon : son pôle R&D est installé dans le parc Mazen-Sully, et deux de ses composants essentiels sont produits à Gray (Haute-Saône). Son équipe de chercheurs franchira une énorme étape après 20 ans d’aventures. Le capitaine voit déjà l’après : « Je n’ai pas vocation à être ici ad vitam, mais je veux voir Zeneo aller jusqu’au marché et sauver des vies. Si on m’avait dit que j’en prendrai pour 20 ans, j’aurais réfléchi (sourires). Mais là, on voit le bout du tunnel, ce n’est pas le moment de laisser tomber ! »

Alexandra Bouvret dirige les cuisines du château du Clos de Vougeot. © Iannis Giakoumopoulos

Alexandra Bouvret, cheffe en mondovision

Cheffe du château du Clos de Vougeot

Elle est la première femme à diriger les cuisines du Clos Vougeot. Depuis l’été 2021, Alexandra Bouvret (36 ans) navigue dans cette extraordinaire mission gourmande entre sûreté de l’expérience et simplicité, prenant la suite d’Olivier Walch après vingt ans de bons et loyaux services. La jeune femme originaire de Corcelles-les-Cîteaux se souvient par cœur de ses débuts, le 15 mars 2009 : « J’ai commencé par les croûtons des œufs meurette. Après une dizaine d’heures à bosser un dimanche, je me suis demandé où je venais de débarquer… » Réponse : dans le temple mondial des vins de Bourgogne, siège de la confrérie des Chevaliers du Tastevin, où elle assume à présent 16 chapitres par an et les réceptions qui rythment la vie de la plus importante confrérie bachique au monde, le service de la Table de Léonce, sans compter les privatisations de toute nature. « Dans un contexte difficile, elle a enfilé le costume en trois secondes. Servir le prince Albert ou le président de la République, rien ne lui fait peur », loue Arnaud Orsel, l’intendant général de la confrérie. 2021 fut le millésime de la transition. Arrive celui de la confirmation !

Dom Pierre-André Burton a remplacé dom Olivier Quenardel en septembre 2021. © Edouard Barra

Dom Pierre-André Burton, nouveau protecteur de Cîteaux

Père abbé de Cîteaux

2021 aura été une année exceptionnelle pour l’abbaye de Cîteaux. Celle de l’arrivée d’un nouveau berger pour la communauté, après 28 ans d’abbatiat de dom Olivier Quenardel, arrivé à la limite d’âge de 75 ans. De nationalité belge, le nouvel abbé, qui fut pendant 7 ans le père supérieur de l’abbaye cistercienne, aujourd’hui fermée, de Sainte-Marie-du-Désert près de Toulouse, fut le premier étonné de son élection car on désigne habituellement un frère issu de la communauté concernée. Lui qui n’était venu que deux fois ici sait ô combien sa responsabilité est grande : « En tant que “maison mère” de l’ordre cistercien, l’abbaye de Cîteaux représente bien plus qu’une simple communauté de moines. Il en incombe des obligations ecclésiales, mais aussi sociales et patrimoniales. » Dès 2022, le nouveau père abbé souhaite avancer avec ses paires sur la création de maisons de retraite pour les frères qui ne peuvent plus demeurer dans leur communauté. Et poursuivre l’action de l’association Cîteaux Mater Nostra créée par son prédécesseur afin de restaurer et de mettre en valeur les bâtiments de l’abbaye de Cîteaux classés monuments historiques, en particulier le définitoire du XVIIe siècle. Il en va de la mémoire collective de la famille cistercienne et bien au-delà.

Antoine Carré passera la main de la présidence des JA21 en mars prochain. © Edouard Barra

Antoine Carré, l’amour est dans le près

Président des Jeunes Agriculteurs de Côte-d’Or

DBM voulait s’intéresser au sort des agriculteurs. Les jeunes en particulier. Il était temps d’interroger Antoine Carré : il raccroche en mars. Le président des JA 21 a « fait le boulot » pendant quatre ans, dans un syndicat de 250 adhérents, répartis sur une quinzaine de cantons. Comme toujours, l’amour est dans le près : « C’était à mes yeux l’échelon parfait pour conserver un bon lien avec le terrain. » Son successeur aura les mêmes combats : faire entendre les réalités d’un « métier passion, patrimonial car souvent familial, mais en souffrance », composer avec les aléas climatiques et des normes européennes qui, bout à bout, peuvent fragiliser des cultures comme celles du colza, veiller à la qualité des aides, surveiller l’évolution du loup, qui gangrène la Haute-Savoie pas si lointaine… La Côte-d’Or demeure il est vrai une terre à haut potentiel, « une vraie petite France faite de vignes, d’élevage, de plateau mixte et de zones intermédiaires, avec une agriculture dynamique. Je suis fier de défendre ce département, où la profession est solidaire ». Gérer une exploitation, en 2022 plus que jamais, supposera « une maîtrise des charges, la nécessité d’investissements et d’innovation ». Antoine a par exemple fait le choix du photovoltaïque sur les toits de son exploitation de Verrey-sous-Salmaise. L’ère est à la transition agroécologique. Sur ce point, pas d’inquiétude. « C’est dans sa nature : l’agriculteur a toujours su s’adapter. »

Philippe Delin, avec un des producteurs partenaires affichés sur ses briques de lait 100% BFC. © Jean-Luc Petit

Philippe Delin, tout un fromage

Président de la Fromagerie Delin

Le patron de la fromagerie éponyme promet encore de belles choses en 2022. Au-delà des investissements courants, après les lancements de fromages militants de la région (Côte-d’Or, Nuiton et Crémeux de Bourgogne à la truffe bio pour ne citer qu’eux), il va créer sa propre ligne de conditionnement du lait, redonnant ainsi à la Bourgogne-Franche-Comté un outil qui lui faisait défaut. Ce lait, justement, alimente quatre sites de production : Chevillon en Haute-Marne (où il investit 2 millions d’euros) ; Juchy en Seine-et-Marne, Montbéliard dans le Doubs et la Laitière de Bourgogne-Franche-Comté en Côte-d’Or. Après avoir mis en photo sur les briques les éleveurs fournisseurs de ses fromageries, très attaché à la valorisation de leur travail, Philippe Delin va distribuer sur le marché des laits « départementalisés » qui revendiquent crânement leur zone de production. Tout ça plus un magasin de 300 m2 qui sera construit en fin d’année sur le parking du siège à Gilly-les-Cîteaux n’est en fait que la partie visible des projets de l’infatigable entrepreneur.

Xavier Caron a lancé début 2021 A2ROO, société de livraison à Dijon qui salarie ses collaborateurs. © Jean-Luc Petit

Xavier Caron, livreur éthique

Fondateur de A2ROO

Depuis novembre 2020, on peut voir leurs vélos (cargos pour certains) sillonner les rues dijonnaises. Sorti du logo, pas grand-chose ne distingue les livreurs de l’association A2ROO (prononcer « à deux roues ») de leurs confrères d’Uber Eats, Deliveroo et consorts. En apparence, car les premiers jouissent d’une situation inimaginable pour les premiers : ils sont salariés, avec fiche de paie et protection sociale. À l’origine de cette petite révolution dans l’univers de la livraison à domicile, Xavier Caron est en passe de réussir son pari. Sa démarche a d’abord séduit des restaurateurs concernés par les conditions sociales des livreurs, au premier rang desquels David Zuddas. Depuis d’autres tables ont suivi le mouvement, rejointes par des traiteurs comme Le Gourmet, des producteurs comme La P’tite Ferme de Poiseul ou le Château de Marsannay, des commerçants comme Buropa… En 2022, Xavier Caron compte bien trouver un premier équilibre économique sur sa lancée. Et changer de braquet pour quitter le statut associatif au profit d’une Scop (société coopérative et participative) qui emploiera
quatre à cinq livreurs.

Charlotte Fougère au vernissage de l’importante exposition Quand flamboyant la Toison d’Or, à Beaune. © D.R.

Charlotte Fougère, l’esprit de Guigone

Adjointe à la Culture de la Ville de Beaune 

Beaune met le paquet côté culturel et s’appuie sur sa jeune élue, femme d’engagement et de réseau (elle a notamment créé le cercle d’entrepreneuses Guigone). L’année s’est bien terminée pour l’adjointe à la Culture de la Ville de Beaune, avec le démarrage de l’ambitieuse exposition « Quand flamboyait la Toison d’Or » pour laquelle plus de 150 œuvres artistiques du XVe siècle provenant de Belgique, de Suisse et d’ailleurs ont rejoint trois musées beaunois jusqu’à fin mars 2022. Parmi eux, le musée du Vin, installé dans l’historique hôtel des ducs de Bourgogne, sera l’objet d’un nouveau chantier culturel pour l’année à venir. Le défi est de taille puisqu’il s’agit de remettre en scène les collections d’art et traditions populaires du lieu conçu en 1946 par Georges-Henri Rivière, le père des musées ethnographiques. Un audit est déjà en cours, ainsi que des pistes de réflexion pour la mise en valeur de l’ancienne cuverie abritant de spectaculaires pressoirs du XVIe au XIXe siècle. Le tout en lien avec la Cité des Climats et vins de Bourgogne, plutôt conçue comme un centre d’interprétation, dont l’ouverture est prévue au printemps 2023.  Quant au divorce prononcé début 2021 entre Beaune et le Festival du film policier, Charlotte Fougère y voit l’opportunité de se réinventer : « D’autres projets sont déjà dans les tuyaux. Beaune est une ville de cinéma et de musique, un réseau de partenaires nous a déjà fait des propositions pour la suite. » À suivre en 2022… 

Les travaux de Carmen Garrido pourraient faire considérablement évoluer la détection des cancers du sein. © D.R.

Carmen Garrido, tête chercheuse

Directrice de recherche à l’Inserm Dijon

Avec son charmant accent espagnol et son regard pétillant, ce petit bout de femme débordant d’énergie fait immanquablement penser à Victoria Abril. Mais la comparaison s’arrête là. Son truc à Carmen, ce n’est pas la comédie mais la recherche médicale en faveur de la lutte contre le cancer. Depuis 1995, elle travaille sans relâche sur les protéines de choc thermique (ou HSP) produites par les cellules stressées, particulièrement par les cellules cancéreuses qui sont les seules à expulser ces HSP à l’extérieur via des nanovésicules libérées dans le sang. Partant de cette découverte, la chercheuse suppose que la détection et la quantification de ces marqueurs seraient d’une grande aide pour le diagnostic d’une tumeur. Hypothèse vérifiée et récompensée depuis : en 2021, son équipe commune à l’Inserm, l’Université de Dijon et le Centre Georges-François Leclerc reçoit le grand prix Ruban rose (200 000 euros) pour son travail sur le cancer du sein. Pour 2022, ses perspectives sont toutes trouvées : « Après une validation de nos résultats auprès d’une quarantaine de patients en 2021, l’année sera consacrée à une étude clinique à grande échelle menée sur différents hôpitaux. » Au bout de cette dernière ligne droite, se profile un dépistage par une simple prise de sang : « Par ce biais, on espère pouvoir détecter précocement un cancer du sein, mais aussi assurer un suivi personnalisé de chaque patiente afin de mesurer l’efficacité de son traitement, l’adapter si besoin. » Et de faire le vœu que le Covid laisse son équipe en paix, tant le souvenir de l’euthanasie des animaux de laboratoire lors du premier confinement est encore dans tous les esprits.

La régisseuse du domaine des Hospices de Beaune mène sa barque depuis 2015. © Iannis Giakoumopoulos

Ludivine Griveau, sous les bons auspices

Régisseuse du domaine des Hospices de Beaune

« Et dieu créa Marmaï ! » On l’a laissée fin novembre sur cette formule, soulagée, juste après une inoubliable 161e vente des vins durant laquelle Pio Marmaï a retourné la halle de Beaune. Survolté, l’acteur a excité les acheteurs pour faire monter la pièce de charité à 800 000 euros. Record absolu. La régisseuse du domaine des Hospices de Beaune revenait alors d’une vendange 2021 famélique. Au contact d’une équipe dévouée, à qui elle rend volontiers hommage, elle a une nouvelle fois révélé son talent évident de vinificatrice. Le tout dans un contexte sensible sur les bords, avec des volumes historiquement bas et Sotheby’s comme nouveau partenaire d’enchères qui devait impérativement soigner son entrée. Sur ce dernier point, Ludivine Griveau assume aussi bien les relations publiques (elle parle un bon anglais) que la pression inhérente au job, elle qui rappelle volontiers, par-delà les clichés, qu’être une femme dans le monde du vin n’est pas toujours neutre. Son histoire commence sérieusement à se confondre avec celles des Hospices. Si le ciel de Bourgogne ne nous tombe pas sur la tête, 2022 signera son huitième millésime au sein de cette institution viticole scrutée dans le monde entier chaque année. Son engagement est intact. Respect Ludivine.

Le chef d’entreprise beaunois a repris en main le semi-marathon de Beaune… qui pourrait bientôt s’accompagner d’un marathon. © Iannis Giakoumopoulos

Stéphane Guidot, « semi » conducteur

Chef d’entreprise, co-organisateur du semi-marathon de Beaune 

En revenant au premier plan de l’organisation du semi-marathon de Beaune, Stéphane Guidot renoue avec une vieille histoire. Celle de son père tout d’abord, sans qui l’événement n’aurait jamais eu une telle ampleur. Celle aussi d’une reprise en main par la ville de cette mythique et populaire compétition, malgré les incertitudes d’une élection municipale plutôt turbulente et d’une crise sanitaire contraignante. Ce qui ne nous tue pas nous rend fort semble être la maxime de cet infatigable entrepreneur (multi restaurateur, marchand de vins notamment) qui relèvera en 2022, aux côtés de l’adjoint aux sports Thibaut Gloaguen et de l’indispensable technicien Philippe Dupont, le défi d’un marathon ! En 2021, malgré les contraintes covidiennes, le semi-marathon aura été un plein succès. Le retour aux événements qui l’entourent, dont les mémorables soirées des partenaires aux Ateliers du cinéma et dans le cadre du château de Meursault sont des signes encourageants. En 2022 on ne fera plus les choses à moitié.

L’expérimentée directrice de l’École des Vins tiendra un rôle pédagogique de premier plan à la future Cité des Climats et vins de Beaune. © Iannis Giakoumopoulos

Brigitte Houdeline, à la croisée des cités

Directrice de l’École des Vins de Bourgogne

2022, en Bourgogne, sera l’année des 4 cités promises : la Cité des Climats à Beaune et ses deux sœurs de Chablis et Mâcon, la Cité de la Gastronomie et du Vin de Dijon. Chaque projet se finira à son rythme. Celui de la Métropole tout d’abord, qui programme une inauguration au printemps prochain, après un parcours semé de questionnements. Les autres suivront dans la foulée. Tant et si bien qu’une personne au moins dans la région sera à la croisée de leurs chemins : Brigitte Houdeline. La directrice de l’École des vins de Bourgogne, émanation du BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne) aura la charge d’animer les 70 m2 d’un espace réservé dans la galerie gérée par William Krief à Dijon, avec l’objectif d’inciter les visiteurs à pousser plus loin, au cœur du vignoble, leur curiosité. Des outils vidéo et une animation scénarisée feront le travail. L’École devra par ailleurs organiser son déménagement sur le site de Beaune, sans doute à la fin de l’année. « Nous devrons profiter de cette nouvelle et belle visibilité pour revoir notre offre et proposer, tout en gardant les fondamentaux de l’école, des formules adaptées, plus courtes », analyse Brigitte Houdeline. Qui ne va donc pas chômer !

Delphine Jeauneau va ouvrir au cœur de Dijon le premier café-restaurant employant des personnes avec autisme. © Iannis Giakoumopoulos

Delphine Jeauneau, cordon bleu

 Gérante du café-restaurant inclusif Les Délices Bleus à Dijon

Dijon aura son premier café-restaurant solidaire et inclusif. Les Délices Bleus, c’est pour début 2022. Baptiste, Adrien, Théodore et les autres, tous concernés par l’autisme, y feront le service, la cuisine, le nettoyage, et toutes les petites tâches normales d’un métier normal. Delphine Jeauneau voulait justement « sortir du schéma « tout-adapté », placer le handicap au cœur de la ville et donner des perspectives séduisantes à des jeunes adultes à un tournant de leur existence, pas toujours bien accompagnés après l’adolescence ». Delphine est la maman de Baptiste. La fondatrice de l’association On T.E.D pour l’Autisme connaît le sujet par cœur. Elle a pris son bâton de pèlerin, avec le soutien d’entrepreneurs locaux sensibles à la nature du projet et a fini par trouver le lieu idéal, rue des Godrans. Son équipe est « concernée à fond », à l’image du jeune chef Julien Mosak. Et la pénurie de recrutement dans le secteur, alors ? « Connais pas : rien que pour le poste de chef, j’ai reçu 20 candidatures ! » La cause est noble, le cadre 100% rénové, les horaires souples, 30 couverts et autant en terrasse à assumer, une offre restauration maîtrisée à base de produits locaux, tout fait-maison… Pour Delphine, qui ne restera jamais bien loin, c’est le début d’une nouvelle vie. « Deux ans de travail et de rencontres inspirantes. 2022 pour moi comme pour ces jeunes, c’est le rêve qui se concrétise. » 
* Du mardi au jeudi (8h-17h) et du vendredi au samedi (8h-22h)

William Krief sera l’un des acteurs de la Cité de la Gastronomie et du Vin de Dijon. © Iannis Giakoumopoulos

William Krief, le vrai goût de cité

Président du groupe K-Rei, impliqué dans la Cité de la Gastronomie et du Vin de Dijon

Patron du groupe familial K-Rei, ce professionnel de l’immobilier a franchi les portes du monde de la cuisine en découvrant, auprès d’Eiffage, les nombreuses facettes du dossier d’aménagement de l’après-hôpital, à l’entrée sud de Dijon. Il a mordu à pleines dents dans le menu que lui suggérait alors la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin. Au point de dépasser sa mission originelle de gestion des 8 000 m2 de la partie commerciale du projet. William Krief s’implique personnellement dans son espace expérientiel culinaire, investissant quelques millions d’euros via sa filiale Village gastronomique qui coordonnera l’ensemble du pôle culturel (les expositions temporaires et permanentes) avec l’espace commercial. Au printemps, quand la « CIGV » (acronyme usité en interne) s’ouvrira enfin au public, on découvrira alors les trois restaurants qu’il a confié à Epicure, la société de Julien Bernard, avec leur cave de 3 000 vins, ainsi que l’espace partagé de cuisine (600 m2 répartis sur 3 niveaux) qu’il s’est réservé pour faire le show avec les chefs d’ici et d’ailleurs. Après une aussi longue mise en bouche, il sera temps alors de passer à table pour apprécier le vrai goût de la Cité.

Yannick Morizot fêtera le cinquantenaire du mythique circuit Dijon-Prenois. © Bénédicte Manière

Yannick Morizot, un demi-siècle de piste

Président du Circuit Dijon-Prenois

Le circuit mythique bourguignon tourne comme une horloge bien réglée, attirant à lui, tout au long de l’année, des passionnés qui le privatisent. La crise sanitaire l’a privé de ses grands événements, mais une gestion sage et éclairée de son président Yannick Morizot lui a permis, dans l’attente de jours meilleurs, de finaliser sa grande mutation avec la construction d’un pitbulding totalement dédié aux événements d’entreprise. En 2022, tout est prêt pour renouer à plein régime avec un monde normal. Dijon-Prenois va célébrer ses 50 ans. Yannick Morizot aura à cœur de faire de ce millésime 2022 un millésime de référence. Une date clé à retenir déjà, le 26 mai, puisque ce fut, en 1972, le jour de l’inauguration officielle du Stade Automobile de Dijon-Prenois avec son tracé initial de 3,289 km. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Alain Prost a toujours le record du tour. La bataille entre René Arnoux et Gilles Villeneuve en 1979 est toujours la vidéo la plus virale du sport automobile. Et le circuit s’est renforcé dans sa dimension patrimoniale, irriguant l’économie locale de ses dizaines de milliers d’utilisateurs et visiteurs.
À 50 ans, il est en pleine forme. Comme son président.

Séverine Pétilaire-Bellet a repris l’Hostellerie de Levernois et le Château de Sainte-Sabine. © Studio Bergoend

Séverine Pétilaire-Bellet, « Mademoiselle » est en marche

 Propriétaire de l’Hostellerie de Levernois et du Château de Saint-Sabine

L’annonce est spectaculaire. Après un parcours remarquable, Susanne et Jean-Louis Bottigliero transmettent en juillet 2021 leurs deux établissements : la belle et étoilée Hostellerie de Levernois, l’hyper romantique Château de Sainte-Sabine. Plutôt que de « cession », le couple le plus côté du secteur CHR côte-d’orien, très investi dans le territoire, préfère alors évoquer une « transmission ». Séverine Pétilaire-Bellet, l’heureuse élue, s’inscrit en effet dans la continuité de leur histoire. Elle les avait rencontrés il y a fort longtemps, en tant que stagiaire, au château de Gilly-Les-Citeaux dont le jeune Jean-Louis avait la charge. Puis, après avoir croisé à nouveau la route de son mentor au Martinez à Cannes, elle deviendra « Mademoiselle », en œuvrant au côté de sa nouvelle protectrice, la reine de Courchevel, Raymonde Fenestraz alias « Madame ». La « transmission » a été réalisée en douceur. Séverine Pétilaire-Bellet ne s’arrêtera pas en si bon chemin. 2022 sera, on s’en doute, l’année de réalisation de ses projets. Que nous suivrons avec joie et délectation à la table étoilée de Philippe Augé.

Le directeur de l’Opéra de Dijon (qui regroupe le Grand Théâtre et l’Auditorium) navigue à vue en 2022. © Mirco Magliocca

Dominique Pitoiset, ouverture toute

Directeur de l’Opéra de Dijon

À la tête de l’Opéra de Dijon depuis janvier 2021, le metteur en scène et scénographe d’origine dijonnaise a connu un retour au bercail difficile suite à une riche carrière internationale. Après avoir assisté impuissant à l’annulation en série des spectacles en début de saison, le concert de Gilberto Gil organisé à l’Auditorium en novembre fut comme un retour à la vie. Une belle illustration aussi de sa volonté d’ouvrir la scène lyrique à d’autres genres artistiques, en partenariat avec des acteurs culturels locaux, en l’occurrence Zutique Productions et La Vapeur. Pour 2022, le directeur espère avant tout que la reprise d’activité se consolide (les salles de spectacle sont loin d’avoir retrouvé la fréquentation d’avant la crise sanitaire) afin que le public puisse découvrir en masse et « en live » la programmation de l’Opéra de Dijon : de l’art lyrique bien sûr (dont un Cosi fan tutte de Mozart produit par la maison et mis en scène par Dominique Pitoiset lui-même), mais aussi de la musique symphonique, de la danse, du cirque… Et d’avancer en parallèle sur les nombreux projets présents dans les cartons, qu’il s’agisse d’un mini festival de musiques contemporaines sur Dijon ou d’une collaboration avec la Cité de la voix à Vézelay. Toujours avec le même mot d’ordre : ouverture toute !

Joy-Astid Poinsot fait des merveilles à Arnay-le-Duc, dans l’établissement familial qu’elle a repris avec son époux Alexis Blanchard. © D.R.

Joy-Astrid Poinsot, retour Chez Camille

Cheffe du restaurant Chez Camille à Arnay-le-Duc

Sans le retour de Joy-Astrid Poinsot, fille prodigue d’Armand et Monique Poinsot, la belle adresse de l’ancienne Nationale 6 aurait disparu à jamais. De là-haut, Edouard Herriot, qui fut l’un de ses plus célèbres clients ne se serait jamais remis de la disparition de Chez Camille. Cuisinière talentueuse, c’est à Paris que Joy-Astrid a pourtant voulu faire ses armes. Elle y a même brillé dans l’émission Top Chef. Elle y a croisé un autre cuisinier, Alexis Blanchard, surdoué des abats selon la presse parisienne, qui deviendra son mari. Le couple s’est formé puis s’est préparé gentiment à revenir au pays Arnaytois pour redonner à Chez Camille bien plus que le lustre d’antan, le goût des plaisirs de la cuisine bourgeoise. Alors qu’Alexis invente des pâtés en croûte à tomber par terre, ramenant (et il fait bien) de sa précédente vie son andouillette chausson Henri IV, Joy-Astrid sert son talent dans le cuivre de ses casseroles. Quenelle de brochet et Parmentier ont alors les saveurs d’un repas filmé par Claude Sautet. Avec le fumet de l’intelligence. On entend le bruit délicat des couverts qui ne laissent rien les assiettes, subtilement couvertes de fil d’or par la faïencerie de Longchamp. Chez Camille, on a rafraichi les murs tout en gardant l’ADN de la belle maison, on fait à nouveau travailler 11 personnes. En 2022, d’autres projets vont consacrer le grand retour de l’une des plus belles adresses bourguignonnes.

Le directeur du Parc national de forêts a du pain sur la planche pour 2022. © Jean-Luc Petit

 Philippe Puydarrieux, l’homme du Parc

Directeur du Parc national de forêts

En poste depuis janvier 2021, le directeur du Parc national de forêts, ne manque pas de pain sur la planche, lui qui doit donner du sens et de la substance au territoire fortement boisé qui s’étend entre Châtillonnais et Haute-Marne. « Depuis un an, beaucoup de choses ont été faites, mais en arrière-boutique. Il y a tout un travail de préparation ingrat et invisible qui se fait, des signatures de convention avec les collectivités territoriales, les offices de tourisme, le CAUE… et des appels d’offre soumis aux contraintes administratives des marchés publics. » Tout ce travail en amont a dernièrement débouché sur les premiers panneaux et balises qui signalent sur le terrain les limites du parc. Mais aussi sur la création officielle de la réserve intégrale, la plus grande de France (3 100 ha), qui servira de laboratoire à ciel ouvert pour les scientifiques. Pour 2022, Philippe Puydarrieux s’est donné pour objectif que « le territoire soit prêt à accueillir les visiteurs l’été prochain ». Une perspective concrète qui s’entremêle avec d’autres projets structurants comme la mise en place de villes portes du cœur du parc et de lieux d’accueil du public comme la Maison de la Forêt à Leuglay. Avec toujours, en toile de fond, une équation difficile à résoudre : concilier activités économiques, bien-être des habitants et préservation de la biodiversité.

Le directeur espagnol de l’OIV débarquera bientôt à Dijon. © D.R.

 Pau Roca, le vin géopolitique

Directeur de l’Organisation internationale de la Vigne et du Vin (OIV)

Après une année 2021 pleine de changement, le directeur général de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), l’Espagnol Pau Roca, s’attend à une année 2022 encore plus mouvementée. En effet, désireux de quitter des locaux parisiens trop exigus et trop coûteux, l’« Onu du vin » a choisi Dijon en octobre dernier pour installer son nouveau siège. Et l’heure est déjà aux cartons, puisque le secrétariat de l’OIV, soit une quinzaine de personnes, s’installera à Dijon dans des locaux temporaires dès septembre 2022. En attendant, d’ici 2024 (année du centenaire de l’OIV), la fin de la rénovation de l’hôtel Bouchu d’Esterno, le bâtiment du XVIIe siècle classé monument historique choisi pour abriter durablement l’organisation internationale en plein centre-ville. Le tout à deux pas de la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin qui doit ouvrir en mai prochain, et pour une durée 50 ans minimum. L’histoire entre Dijon et l’OIV ne fait que commencer…

Le directeur du MuséoParc a trouvé les ingrédients pour attirer et fêtera les 10 ans du site. © Guillaume Liochon

Michel Rouger, 10 ans déjà

Directeur du MuséoParc Alésia

En 2021, saison tronquée par la crise sanitaire le directeur du MuséoParc Alésia a dû se satisfaire des chiffres de fréquentation du site : quelque 46 000 visiteurs, soit 6 000 de plus qu’en 2020, mais encore loin des 80 000 enregistrés en 2019. En 2022, sont but sera de « retrouver la belle dynamique amorcée avant l’arrivée du Covid », notamment en faisant revenir les étrangers (15 % des visiteurs en 2019, contre 9 % en 2021), les scolaires et les groupes autocaristes qui ont fait défaut ces deux dernières années. Pour ce faire, point de potion magique, mais une offre alléchante construite autour du nouveau parcours permanent, interactif et ludique, proposé depuis l’été dernier. À partir du 15 février 2022, la prochaine saison promet « un rendez-vous marquant tous les mois, des choses inédites pour attirer de nouveaux publics et des événements étoffés ». Entre autres, un spectacle pyrotechnique sera programmé en mai pour la Nuit des musées, et le festival Image sonore reviendra à l’été avec une surprise encore secrète. De plus, en cette année qui marquera les 10 ans du centre d’interprétation, l’entrée sera gratuite pour les enfants nés, comme le MuséoParc, en 2012 (et toujours pour les enfants de moins de 7 ans).

Marion Savoy incarne et défend le potentiel de l’énergie hydrogène à Dijon. © Jean-Luc Petit

Marion Savoy, madame Hydrogène

Responsable de la webTV H2/H24 

Né dans le BTP, le groupe Rougeot basé à Meursault a beaucoup parié ces dernières années sur les nouvelles énergies, l’hydrogène en particulier. Sa filiale, rebaptisée il y a peu Colibri Énergie, a pris son envol sur le chantier des futures stations à hydrogène de Dijon Métropole. Désireux de devenir un acteur majeur de la filière hydrogène en France, Rougeot produit non seulement des solutions technologiques, mais aussi de l’information, comme en témoigne sa web TV nationale H2/H24. Deux fois par mois, Marion Savoy y réalise une émission afin de porter la voix de l’hydrogène auprès des professionnels et du grand public : « C’est un peu de l’évangélisation écologique, car il faut cultiver les gens sur ce sujet qui fait beaucoup parler, mais demeure énigmatique pour beaucoup. » 2022 sera en tout cas à marquer d’une pierre blanche avec la mise en service de la première station à hydrogène dijonnaise, alimentée par l’usine d’incinération des ordures ménagères. Le carburant ainsi produit fera rouler les quatre premiers camions-bennes à hydrogène de la métropole. Puis les déchets ramenés par ces derniers seront brûlés pour fabriquer l’électricité qui transformera de l’eau en hydrogène. La boucle sera ainsi bouclée, ouvrant la perspective de nouveaux cercles vertueux.

Nathalie Voisin forme avec son frère Thierry un binôme conquérant à la direction de la JDA. © Jean-Luc Petit

Nathalie Voisin, JDA virale

Directrice générale de JDA Dijon

Avec son frère Thierry Degorce, elle a attrapé un virus qu’elle revendique volontiers. Le président et la directrice générale sont arrivés en 2015, sur la pointe des pieds, avec leur vécu de dirigeants d’entreprise (le groupe de maintenance immobilière Iserba, fondé par leur père Henri, basé dans l’Ain) et l’envie de bien faire en terrain inconnu. « Le basket, on n’y connaissait pas grand-chose au départ », dit humblement l’intéressée. « Il a fallu s’entourer de gens très compétents, appréhender un niveau d’endettement élevé, consolider les bases, assainir la situation avant de pouvoir développer. Maintenant, nous entrons dans une nouvelle ère », témoigne la maman d’une véritable branche financière et commerciale au sein du club, sa spécialité. D’un point de vue structurel, le rapprochement avec le handball féminin était le premier étage de la fusée pour être « un club omnisports mixte, à dimension européenne ». 2022 est plus que jamais le money time, où il faut « piloter un modèle économique associant à notre petit monde des activités complémentaires : gastronomie, vin, événementiel, immobilier sont autant de passerelles pour que JDA Group Entertainment trouve son équilibre. » Environ 70 collaborateurs de toute nature sont fidèles à ce projet hors du commun dans le paysage sportif.  Nathalie Voisin œuvre dans la discrétion, telle est sa nature, privilégiant l’efficacité des actes. Une attitude contaminante, si le mot est permis.

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